PortailAccueilFAQRechercherS'enregistrerConnexion

Partagez | 
 

 Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas 
AuteurMessage
Shizukanaru Noakuma

avatar

Messages : 118
Date d'inscription : 07/04/2014
Age : 24
Localisation : Archipel Konomi/ Quelque part dans West Blue
Humeur : Indifférent

Feuille de personnage
Nom, Prénom, Âge, Faction,Berrys:
Niveau:
6/1000  (6/1000)
Expérience:
215/400  (215/400)

MessageSujet: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   Lun 14 Avr - 0:23

La mer était calme, plate, placide. Pas une vague à l'horizon. Je tentais de rabattre ma capuche sur mon front afin de me protéger du soleil mais comme à chaque fois, je me rappelais qu'elle avait toujours été trop courte, laissant apparentes mes cornes. L'océan est ce que je trouve le plus proche de moi. Il est infini comme mon éternelle jeunesse, insensible lorsqu'il s'agit de voler une vie, calme et monotone ne ressentant qu'un seul sentiment, la colère, qui déchaine ses vagues et fait sombrer tout ce qu'il y a autour de lui.

C'était la seule chose à laquelle je pensais, seul, à bord de ma barque en train de ramer. Mes supérieurs et moi-même avions convenus que j'irais seul sur l'île afin d'être plus discret. Un adolescent seul – qui ne porte pas l'uniforme des Marines qui plus est – attirera beaucoup moins l'attention qu'un bâtiment complet avec escorte jusqu'au port. J'avais pour ordre de m'arrêter d'abord à Goa pour faire un premier état des lieux ainsi qu'une évaluation de la puissance des hommes poissons. J'avais hoché la tête pour donner mon assentiment. Peu m'importait où j'allais du moment que je rencontrais ces étranges hominidés pour leur poser des questions sur leurs origines et s'ils avaient entendu parler d'une espèce comme la mienne. Et bien sûr je devais avant tout accomplir la mission que m'avait donné le colonel Fury : libérer l'archipel de cette menace. Il ne m'avait pas précisé si je devais les arrêter ou les tuer, seulement que j'avais carte blanche. Cela signifiait donc qu'il préférait que je les tue. Il me le précisait toujours quand il voulait des prisonniers.

Je m'arrêtai un instant de ramer. On m'avait donné une carte et une boussole pour aller directement à Goa, je ne devais plus être très loin. Surtout qu'on ne m'aurait pas donné une simple barque vide si l'île était trop éloignée. La main en visière, j'observais l'immense étendue salée qui me faisait face puis tournait lentement et prudemment sur moi-même. Là. J'avais un peu dérivé de mon chemin mais je voyais bien une île à quelques kilomètres de ma position. Si je la voyais, cela sous entendait que tout éventuel homme poisson présent sur l'île me repérait aussi. De toute façon, je n'étais pas là pour être discret.

Je ramai pendant une bonne demi-heure avant d'arriver enfin sur une plage déserte. Sable fin, arbres tropicaux, rochers chauffés par le soleil, c'était un lieu propice à la détente et à la farniente. A condition bien entendu d'oublier les énormes sillages de boue, les débris de verres, le sang séché et les cadavres de bâtiments qui jonchaient la route juste derrière ladite plage où je venais d'arriver. Visiblement, les choses avaient dégénéré dans le coin. Tranquillement, sans m'émouvoir de ce passage, je mis ma barque sur la plage, la tirant dans un coin ombré et caché afin de pouvoir visiter la ville, tout du moins ce qu'il en restait.

L'air était remplie d'une odeur maritime : algues, embruns, écumes. Mais rien ne sentait la fumée ou quoique ce soit qui évoquait un incendie. En observant attentivement les tranchées à terre, je me rendis compte que je n'avais aucune idée de comment elles avaient été faites. De tailles monstrueuses, elles creusaient un demi-cercle d'au moins cinq cents mètres de rayon, la terre était retournée comme lors d'un séisme, elle était plus sombre par endroit signe qu'un liquide l'avait trempée – sang ou autre – et des échardes de bois la parsemaient. J'allais avoir à faire à une masse de frappe très très forte. Un peu plus loin après quelques maigres minutes de marche j'arrivais enfin devant quelques habitations.

Il était absolument certain que ce n'était pas le centre de Goa ici. Goa ne pouvait raisonnablement pas être composée de quatre maisons seulement. Si l'on pouvait encore appeler ça des maisons. Deux d'entre elles étaient littéralement renversées, les toits enfoncées dans le sol, les portes à hauteur de lucarne. C'était un spectacle assez imposant je devais le reconnaître. Mais pas assez pour que je m'arrête le contempler. Les deux autres maisons n'étaient que débris et je ne pouvais pas affirmer qu'elles aient été des habitations d'ailleurs, peut-être étaient-ce des commerces. Toujours est-il que les propriétaires des bâtiments étaient regroupés entre eux et pleuraient à chaudes larmes.

D'après leurs conversations entrecoupées de sanglot, une famille avait été tuée car incapable de payer la somme exigée par les hommes poissons. Mes soupçons se confirmaient : je les avais loupés de peu. Le groupe épleuré se tourna vers moi. Curieusement, ils virent d'abord la seule et unique chose qui représentait mon appartenance à la Marine et non pas mes cornes contrairement aux autres. Un petit garçon, les yeux encore humides de larmes, vint même tapoter ma boucle de ceinture, l'emblème de la Marine. Il n'en fallut pas plus pour que ces quelques infortunés se regroupent autour de moi, murmurant, espérant, demandant une aide, des nouvelles d'un éventuel sauvetage de mes supérieurs. Je les ignorai et continuai de promener mon regard sur les dégâts matériels tout en ajustant mon sweat pour qu'il couvre ma ceinture. Je ne voulais pas me retrouver de nouveau confronter à ce genre de rencontres pathétiques.

Ces villageois avaient disposé les corps en ligne, les uns à côté des autres. Deux adultes, deux enfants. Voilà qui pourrait m'intéresser, j'allais enfin pouvoir voir concrètement les dégâts que les hommes poissons pouvaient infliger à des corps humains. Je n'étais pas déçu du voyage. Les enfants avaient été étranglés avec tant de force que des fragments d'os ressortaient de leur gorge, leurs yeux étaient gris et semblaient sur le point de sortir de leurs orbites. Les parents étaient dans un état encore plus sanglants. Ils semblaient avoir été mangés. Ils portaient des marques de crocs à des endroits où ils étaient censés avoir de la chair. Je n'avais pourtant pas entendu dire qu'ils mangeaient les humains. Ou alors était-ce une tentative pour impressionner encore plus leurs prisonniers ? Garder une main mise sur eux par la peur ? Peut-être. Toujours est-il que je devais garder en tête de ne pas laisser les mâchoires m'approcher ou même me faire frapper trop durement. J'avais beau ne pas être humain, je ne guérissais qu'à peine plus vite qu'un humain basique, cela était mon seul avantage avec Angry. J'allais devoir ruser pour les combats, il était hors de question que je finisse comme un vulgaire repas.

Les survivants me regardaient maintenant avec crainte et colère. Ils avaient finalement remarqué que je n'étais pas humain. A moins que cela ne soit dû à mon intérêt pour leurs morts qui était mal vu. Je trouverai sans doute plus d'informations en centre ville, c'est au cœur de Goa que je devais aller.

Paisiblement, je me détournais des cadavres et avançais droit devant moi. Même si ces bâtiments étaient en périphérie de la ville, cette dernière ne pouvait pas se trouver bien loin, l'île était bien trop petite pour ça. Je n'avais qu'à suivre les routes défoncées ou les pleurs au loin pour trouver mon chemin. Au bout de quelques mètres, mon raisonnement se vérifia et je trouvais des arbres déracinés  et d'innombrables marques de violence gratuite envers le paysage de cette île. J'ajoutais un penchant pour les démonstrations de force à la liste des caractéristiques de mes adversaires tout en continuant d'observer silencieusement ce qui m'entourait. C'est ainsi que je vis la désolation qu'était Goa. Toutes les maisons avaient été comme déracinées et retournées de la même façon que celles vues tantôt. C'était d'autant plus impressionnant que le village entier était dans cet état, pas un seul bâtiment n'avait été épargné. Même les structures en métal ou en béton n'avaient pas résisté aux attaques des hommes poissons, preuve irréfutable de leur puissance physique monstrueuse. C'était la ville entière qui saignait et appelait à l'aide. Les habitants étaient repliés sur eux-même mais pleuraient à chaudes larmes, certains exprimaient leurs douleurs par des cris indistincts tandis que d'autres restaient plantés bêtement devant leurs morts, l'air hagard et perdu. Les blessures, mortelles ou non, semblaient être les mêmes qu'observées précédemment. Je n'avais donc plus rien à faire ici.

Avec indifférence, je rebroussai chemin et m'apprêtai à refaire la courte distance qui me séparait de ma barque. Maintenant que je savais plus ou moins à qui j'avais à faire, je pouvais partir vers l'île de Kokoyashi sans aucun problème. Je n'avais pas fait quelques pas qu'on me saisit par la manche. C'était une gamine. Les yeux rougis par les larmes, le nez dégoulinant de morve, du sang coulant de son front, elle tenait dans son autre main une peluche décapitée. Elle ne me parla pas mais se contenta de pleurer en me serrant convulsivement la manche.

D'un geste sec, je tentai de me défaire d'elle, sans résultat. Je lui saisis donc la main et tirais avec plus de force qu'elle, la repoussant entièrement d'un même mouvement. Pas stable sur ses jambes, elle s'effondra, misérable, pendant que je m'éloignai sans un mot, sans un regard pour elle.


Revenir en haut Aller en bas
Shizukanaru Noakuma

avatar

Messages : 118
Date d'inscription : 07/04/2014
Age : 24
Localisation : Archipel Konomi/ Quelque part dans West Blue
Humeur : Indifférent

Feuille de personnage
Nom, Prénom, Âge, Faction,Berrys:
Niveau:
6/1000  (6/1000)
Expérience:
215/400  (215/400)

MessageSujet: Re: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   Ven 18 Avr - 4:00

Aurais-je été dans la norme si j'avais ressenti une quelconque affliction ou sentiment de pitié pour ces gens ? Aurais-je dû faire un geste pour ces enfants ? Non pas que cela me pose un problème mais j'avais vu le regard hostile des autres autour de moi. Mon comportement les avait dérangés. Choqués même. Mais pourquoi ?

C'était ce à quoi je pensais pendant que je remettais la barque à la mer. Je ferais mieux de penser à un plan plutôt qu'à ces futilités. Je n'allais pas me pointer juste comme ça en espérant que les hommes poissons allaient gentiment m'ouvrir leur porte et me laisser les abattre, les uns après les autres. Et puis je ne pouvais pas tous les tuer. Le meurtre de masse ne me gênait pas, entre autre chose, mais je savais que c'était au-delà de mes capacités physiques. Non, je devais faire comme avec toute organisation : la décapiter pour que ses membres ne réagissent plus. Peut-être que la base sera contente que je ramène des prisonniers de mon propre chef pour une fois.

Une fois la barque à flot, je sortis boussole et carte afin de partir vers Kokoyashi comme convenu. Il restait la question de comment entrer et trouver le chef à résoudre. Peut-être devais-je faire un petit tour dans Kokoyashi, chercher un homme poisson isolé et me battre avec, sans Angry, pour estimer leur potentiel ? Cette tactique pourrait faire l'affaire. Cependant, si je me prenais trop de coups, j'allais avoir du mal à faire face au chef après. De toute façon, si j'étais trop épuisé, je n'aurais qu'à faire une sieste dans les environs. Rames en main, je commençais mon court voyage jusqu'à Kokoyashi. Si j'en croyais la carte, je n'avais qu'une quinzaine de minute de voyage, je me demandais combien de temps cela prenait aux hommes poissons.

La première chose que je vis lorsque Kokoyashi se profila à l'horizon fut une sorte d'ananas poilu d'environ une cinquantaine de mètres de hauteur pour dix de largeur. C'était sans conteste la tour la plus laide qu'il m'ait été donné de voir. Certes, je n'avais pas vu grand chose du monde mais je pensais pouvoir certifier que c'était une pièce unique de mauvais goût qui se dressait sous mes yeux. Et incontestablement pas humaine, cela au moins je pouvais l'affirmer avec certitude. En grosses lettres, telle une pancarte indicative, était écrit maladroitement Tansui Kingdom. Voilà qui avait le mérite d'être clair et d'éclaircir ma situation : je me trouvais devant le repère du chef, visiblement appelé Tansui. Tranquillement, je manoeuvrais ma barque et changeais de cap, tout en continuant de longer la côte afin de repérer le village de Kokoyashi. Je voulais voir s'il avait souffert du même traitement que Goa.

Tandis que je ramais à un rythme soutenu, le paysage défilait, long et monotone sous mes yeux. Les côtes escarpés rapetissaient à vue d'oeil pour devenir des plages et j'aurais bientôt fait d'en atteindre une où accoster. Beaucoup d'hommes s'émerveillaient devant la nature. En regardant profondément les embruns maritimes, cherchant même à y voir toute sa profondeur ou encore en contemplant fixement les falaises, rien ne venait en moi. Rien ne s'éveillait. De toute façon, si quelque chose venait à poindre, comment saurais-je ce qu'il représentait, comment mettrais-je un nom dessus ?

Ma quête d'identité me paraissait bien confuse depuis vingt ans mais cela s'aggravait à chaque mission et donc à chaque sortie dans le monde extérieur. Un bruit sourd retentit et mon corps se balança mollement d'avant en arrière. La coque venait de rencontrer du sable, j'étais arrivé sur une plage. Je refis les mêmes gestes qu'à Goa avec précision et mécanisme. Enfin, je me mis en route en direction des fumées que j'apercevais dans le ciel. Elles m'avaient l'air naturel, issues de cheminées et non pas d'un incendie. Le vent souffla, s'engouffra dans mon sweat que je n'avais pas senti s'ouvrir pendant mon court voyage entre Goa et Kokoyashi. La brise froide caressa mon torse nu et fit virevolter mon collier de cuivre et mes pendants en argent cliquetèrent lourdement. J'allais devoir fermer mon sweat de nouveau si je ne voulais pas qu'on remarque de nouveau ma ceinture.

Alors que j'entrais paresseusement dans Kokoyashi, bien à mon rythme, je pouvais constater que cet amas de bâtiment – que d'autres appelleraient charmante bourgade – était plus ou moins intact par rapport au désastre qu'était Goa. Etrange. Les hommes poissons étaient-ils dénués de bon sens ou de logique ? Kokoyashi avait-elle une plus grande importance ? Ou était ce seulement une question d'apparat vis à vis de Tansui Kingdom ? Les rares habitants, qui étaient dehors, rassemblèrent leur affaire ou leur progéniture – quelle importance, c'était sensiblement la même chose – et me fuirent comme la peste, rentrant pressement dans leur maison. J'avais toujours fait peur ou au moins intrigué mais là, c'était inédit.

C'est alors que je compris qu'on me faisait de l'ombre. Au sens propre comme au figuré. Un mastodonte d'une taille sans doute incomparable se tenait derrière moi, son ombre m'engloutissant de par sa taille démesurée.

Paisiblement, je me retournais et fit face à une créature quelconque. L'homme – à moins que ce ne soit une femme peu gâtée par la nature – était énorme comme je l'avais deviné à son ombre. Il portait un t-shirt couleur écume avec une fleur bleu marine au milieu ainsi qu'un fragment de tatouage visible en partie sous une manche. Sa peau était légèrement grisâtre et ses lèvres étaient telles que j'aurais pu penser qu'elles n'étaient que deux bananes posées l'une sur l'autre. Mais cela encore n'était rien comparé à ses yeux. Globuleux ne suffisait pas. L'idée m'effleura l'esprit qu'il devait être né avec des culs de bouteille dans sa structure osseuse globulaire mais je doutais que ce soit possible scientifiquement parlant. Toutefois, j'étais moi-même un mystère scientifique, alors pourquoi cette personne ne le serait pas ? Venait donner la touche finale à ce tableau originale, une coiffure communément appelé palmier, qui ornait le haut de son crâne.

Les deux bananes qui lui servaient de bouche s'ouvrirent et je pus entendre le son de sa voix.

– T'es pas humain ni du coin, toi, lâcha-t-il platement.

Imperturbable, je continuais de le fixer en l'ignorant royalement. Hormis sa laideur sans pareil, rien ne m'indiquait qu'il était un homme poisson, d'autant plus que des humains laids, cela existait aussi. Comme je l'avais fait avec les cadavres humains, je m'approchais de lui et l'observai attentivement sous divers angles quand je remarquai enfin un détail qui ne laissait aucune place au doute : des mains palmées.

– J'vais t'emmener au boss, il va te faire casquer le prix d'entrée, renifla-t-il en essayant de m'attraper par la capuche.

Souplement, je me défilais en me baissant, étudiant ses pieds par la même occasion. Il ne portait pas de chaussure, avait-il une peau plus épaisse ? Je pensai que je tenais mon premier objet d'étude tandis que le mastodonte refaisait une tentative pour m'attraper. Naturellement, je changeai mes pieds de position, pied gauche en avant, pied droit en renfort à l'arrière, et attrapa de ma main droite le poignet qui s'approchait de moi. Fronçant l'endroit où il était supposé avoir des sourcils, l'homme-poisson mit plus de force dans son geste. Mes pieds s'enfoncèrent légèrement dans le sol et, si ma position ne bougea pas d'un poil, tout mon corps recula de deux centimètres.

– T'es définitivement pas humain, grogna mon futur sujet d'analyse. Je suis Gyaro et je vais t'amener à Tansui, il sera intéressé par tes capacités.

Alors qu'il s'apprêtait à faire un second mouvement vers moi, je lui tirai le poignet afin de prendre de l'élan puis me servit de son corps massive pour l'escalader et le frapper, les deux jambes tendues, dans une frappe rotative. Lâchant son bras, je me réceptionnai souplement au sol, les genoux pliés, pendant qu'il titubait, à peine sonné. Je n'avais pas mis beaucoup de puissance dans ce coup du fait du manque d'élan mais cela m'indiquait tout de même une résistance développée. Avec une frappe pareille, j'aurais assommé et donné un torticolis à n'importe quel humain.

L'homme-poisson aussi se rendit bien compte que je n'étais pas à prendre à la légère. Après un court moment en garde, il m'attaqua de nouveau. Plus rapide, notai-je. Trop rapide. Il m'avait saisi à la gorge et me portait à bout de bras comme si je n'étais qu'un enfant, ce que somme toute j'étais malgré mes trente années estimées passées sur cette terre. Je sentis tout de suite dans sa prise qu'il n'essayait pas de me tuer mais de me faire perdre connaissance par asphyxie. Avec mes deux mains, je saisis ses poignets et, de façon perfide et à faire le plus de douleur possible, je lui enfonçais mes ongles durs et pas coupés dans la chair tendre entre ses tendons et ses veines, à l'endroit précis où se trouvait des nerfs chez les humains, et la même chose je l'espérais, chez ce mutant.

Pendant que je commençais à voir des tâches sombres danser devant mes yeux, mon futur cobaye grimaçait de douleur. Bien, il avait quelque chose de sensible à cet endroit. J'allais perdre connaissance quand il me relâcha, massant ses poignets meurtris.

– P'tit con, ça fait mal s'insurgea-t-il.

Je profitais du fait qu'il n'avait pas l'intelligence de profiter de mon étourdissement pour me mettre hors de sa portée. Une force de la nature sa poigne. Enfin, il se décida à tenter une nouvelle attaque mais j'avais largement eu le temps de reprendre mes esprits. Nous courions tous les deux l'uns vers l'autre, je ne savais pas encore comment j'allais l'attaquer quand je le vis fléchir ses genoux. Une attaque basse. Tout comme lui, je me mis dans une position basse, les jambes fléchies. Il tenta de faire un balayage mais trop tard, tel un ressort, j'avais détendu mes jambes et mon genou percuta de plein fouet son menton. Puis prenant appui de la pointe des pieds sur son corps, d'une main, je me mis en équilibre sur sa tête pour ne chuter que plus durement avec mes talons sur sa nuque.

En deux bonds, je me mis hors de sa portée et attendis. J'avais porté tous les coups mettant KO un homme, bien qu'un seul homme n'aurait pas pu les supporter en un seul combat, plexus solaire, menton et nuque sont les points les plus importants dans un combat au corps à corps. Alors qu'il faisait mine de se relever, je m'assurai qu'il reste à terre en lui donnant un dernier coup de latte dans la tête. Cette fois-ci, il ne bougea plus.

Il était clair que je n'avais pas eu à faire à l'élite des hommes poissons. Celui-ci était pataud, pas très intelligent et pourtant, j'allais porté quelques temps la marque violacée de sa prise sur mon cou. Remarquant un petit bosquet à l'écart, je le saisis par son t-shirt et le tira tant bien que mal – plus de mal – vers l'abri couvert qui masquerait légèrement ses cris de souffrance lorsque je lui poserai quelques questions personnelles.

Une fois posé près d'un arbre, je lui attachai rudimentairement les mains et le torse au tronc le plus épais que j'avais pu trouver. Puis je lui assenai une mandale pour le réveiller. Ce qui fut fulgurant. Remarquant sa position fâcheuse, il me demanda :

– Et maintenant ?
–  Maintenant, tes cris de douleur vont me chanter toute la vérité sur tes origines.

Gyaro:
 





Dernière édition par Shizukanaru Noakuma le Lun 28 Avr - 15:54, édité 1 fois
Revenir en haut Aller en bas
Shizukanaru Noakuma

avatar

Messages : 118
Date d'inscription : 07/04/2014
Age : 24
Localisation : Archipel Konomi/ Quelque part dans West Blue
Humeur : Indifférent

Feuille de personnage
Nom, Prénom, Âge, Faction,Berrys:
Niveau:
6/1000  (6/1000)
Expérience:
215/400  (215/400)

MessageSujet: Re: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   Dim 20 Avr - 23:27

L'homme poisson n'avait pas compris ce que j'entendais par là. Je l'étudiais soigneusement en me demandant par quoi j'allais commencer. Le genou me paraissait bien. Scrupuleusement, je posais ma main droite sur son genou, faisant glisser mes doigts dans les interstices de sa rotule, pendant que de la gauche, je touchais mon propre genou à titre de comparaison. J'enfonçais alors mes ongles en dessous de sa rotule ce qui lui arracha une grimace. Pour moi aussi c'était douloureux. Il semblerait que nous soyons fait de la même manière pour ce qui était de cette articulation. Je passais ensuite à ses pieds qui m'avaient intrigué pendant notre combat. Les miens étaient particulièrement sensibles et il m'était impensable de sortir sans chaussure.

Méticuleusement, je les observais. Forcément, ils étaient très sales. Ses orteils étaient palmés tout comme ses doigts, cette partie là aussi devait être peu sensible pour qu'il se permette d'être pieds nus. Comme tout à l'heure, j'enfonçais mes ongles dans la fine peau – à moins que ce ne soit une membrane. Cette fois-ci, je sus immédiatement que j'avais touché un point sensible car il cria.

– Pas les membranes ! Ça fait mal! Mais qu'est-ce que tu me veux à la fin !

Je l'ignorais et continuais d'appuyer avec plus de force. Il cria d'autant plus et je sentis la membrane se déchirer sous mes ongles tandis que du sang coulait légèrement. Vraiment sensible. Je passais ensuite à sa voute plantaire, mes pouces roulant sur la peau rêche. Le dessous de ses pieds n'étaient pas tendre comme les miens mais dur comme un cuir épais. Intéressant. Les hommes poissons semblaient partager, comme moi, des caractéristiques avec les humains mais aussi s'en distinguer par petites touches subtiles. J'avais hâte de découvrir nos différences. Déjà, la plus frappante, il n'avait pas de cornes comme moi. Cela ne me découragea pas pour autant. Qui sait, peut-être venait-il d'une contrée voisine à la mienne.

Minutieusement, je cherchais un bijou qui serait un item de pouvoir comme Angry. Rien. Cette race serait-elle une première fausse piste ? Pour le savoir, j'allais devoir le questionner. Instinctivement, je portais ma main à ma gorge meurtrie. Je ne voyais l'utilité de parler que dans des cas de ce genre : l'interrogatoire. Une de mes caractéristiques qui ne plaisait pas du tout à mes supérieurs ou ceux qu'ont m'avait dit être mes camarades. Sans sommation, je lui décochai à pleine puissance un coup de pied latéral, frappant du talon, sa rotule. Effet immédiat. Il hurla et sa rotule émit un craquement significatif. Luxée si ce n'était cassée. Les avantages d'être un artiste martial, je savais où frapper pour faire mal et engranger un maximum de dégât.

– J'ai quelques questions à te poser. Si je doute de tes réponses, chacune de tes articulations subira le même traitement.

Il me regarda comme si j'étais fou et pourtant je ne voyais pas de peur dans ses yeux. Etrange.

– Tansui sait tout ce qui se passe sur cette île, il te fera payer au centuple quoique tu me fasses.

Impassible, je fis le tour de l'arbre auquel je l'avais attaché, lui prit les doigts et leur fit subir une torsion à 90° degrés. Ces phalanges émirent le bruit significatif d'os qui se brisent et ses doigts restèrent parfaitement perpendiculaires au dos de sa main.

– Tu ne parleras que pour répondre à mes questions.

Il se tut, serrant convulsivement les dents. De douleur ou de rage, je ne saurais le dire.

– D'où est issu votre race?

– Comment pourrais-je savoir une chose pareille ? Les humains savent-ils d'où ils sont nés, non. Hé bien nous c'est pareil.

J'aurais essayé.

– As-tu déjà rencontré quelqu'un de mon espèce d'où tu viens?

– C'est la première fois que je rencontre quelqu'un de ton espèce mais la prochaine fois que je te croise toi ou quelqu'un de ta race, ma revanche sera violente.

Regardant autour de moi, je cherchais un caillou qui pourrait lui faire comprendre que seules ses réponses m'intéressaient. J'en trouvais un parfait pour ce que j'allais faire. Sa pointe qui m'avait interpellé sortait de poing refermé. A l'aide de mes propres jambes, j'immobilisais sa jambe gauche, la droite étant inutilisable après ce que j'avais fait subir à son genou, et délicatement, je découpais la membrane entre son premier et second orteils. De toutes les choses que je lui avais infligé, ce fut celle qui le fit le plus hurler. Il faut dire que, bien que pointu, la pierre ramassée n'était pas propice à ce genre de travail alors le découpage ne fut pas très net ou franc.

– Pas de paroles que tu ne saurais tenir. Combien êtes vous sur cet archipel ?

Il ne savait rien de mon espèce, c'était un fait. Autant donc obtenir des informations relatives à ma mission.

– L'équipage complet de Tansui sera près à t'accueillir pour te faire la peau. Quand ils verront que je tarde à rentrer, ils vont venir me chercher, me trouveront, délivreront, et je te ferais subir à l'identique chacune de mes blessures,éructa-t-il

De nouveau, je lui immobilisais la jambe gauche et m'attaquai à la membrane entre le second et le troisième orteil. La pierre ripa et je lui entaillai méchamment l'un de ses orteils. Je n'entendais plus ses cris tellement j'étais concentré sur ce que je faisais. Ma tâche finie, je pris le morceau sanguinolent et le jetais sur lui.

– Je t'avais dit de ne répondre strictement qu'à mes questions.

– Tu es un psychopathe cruel et amnésique par le dessus le marché ! Tu ne m'as jamais dit ça.gémit l'homme-poisson de douleur.

Je réfléchis quelques instants. Il est vrai que je lui avais seulement dit de ne pas proférer de menaces qu'il ne pourrait pas tenir. De toute façon, c'était plus ou moins une menace qu'il venait de dire alors mon acte était totalement justifié. Et puis peu m'importait. Ce n'était pas moi qui souffrais et cela ne me posait aucun problème moral.

– Un chiffre précis.

– J'en sais rien ! Une quarantaine peut-être.

Ah oui. Tout de même. Je ne pouvais définitivement pas aller frapper à Tansui Kingdom pour attaquer de front.

– Votre spécialité?

– Tu ne sais vraiment rien de nous, constata-t-il atterré. Je m'approchais de son coude et il me répondit très vite : Tout dépend de l'espèce qu'on est. Certains pratiquent le karaté, d'autres utilisent des armes, ou encore parfois nos spécialités physiques en lien avec la mer. Par exemple, dans l'île d'où on vient, il y en a un qui se servait de ses lèvres développées comme d'un pistolet à eau.

– Pourquoi vous en prenez vous à Goa mais pas à Kokoyashi?

– Aucune raison particulière. Ils ont tenté de nous enfler sur l'argent, ils ont payé d'une autre manière. Kokoyashi a respecté les règles, on ne leur fait donc pas de mal. Pas physiquement du moins.

– Quels bâtiments de la marine avaient vous coulé ?

A ce moment-là, je vis qu'il comprit pourquoi j'étais là.

– Seulement deux. La Marine a très vite compris qu'elle ne pouvait pas nous débusquer alors on s'est arrangé avec la base régente d'East Blue. Ils ne nous signalent plus et on ne coule plus leur bateau.

Ce fut moi qui compris soudainement. J'étais l'opportunité parfaite pour la Marine. Une arme top secrète qu'ils pensaient indestructibles. Ils n'avaient rien à perdre à m'envoyer ici, du moins le pensait-ils. J'avais été utilisé. Les hommes poissons ne pouvaient pas leur reprocher quoique ce soit sur une éventuelle traitrise de par ma présence vu qu'officiellement, je n'existais pas – à moins de fouiller dans les bons dossiers – et si je réussissais à les débusquer d'ici, ce serait la Marine qui en prendrait toute la gloire. C'était bien pensé.

Pas le moins du monde perturbé par cette révélation de traitrise à mon encontre, je me demandais ce que j'allais pouvoir poser de plus comme questions mais rien ne me vint à l'esprit. Je l'avais salement amoché mon prisonnier. Il ne pourrait sans doute plus jamais marché à cause de son genou  et sa jambe gauche ne valait guère mieux avec les membranes que je lui avais ôtées.

Ma pierre pointue toujours en main, je m'approchai de lui, il tenta de se débattre une fois de plus et l'arbre émit un craquement. Heureusement que je l'avais choisi bien épais. Comme un poignard, je tenais la pierre en prise inversée, pointe vers le bas, et frappais rapidement et successivement de chaque côté de la nuque épaisse de mon prisonnier. Je devais avoir touché soit l'artère thyroïde supérieure ou la veine du même nom car aussitôt le sang se déversa à gros bouillon. Les mains poisseuses du sang de ma victime, je le laissais là et cherchais un point d'eau.

Je m'étais sali le visage, les mains et les avant bras avec cette histoire. Heureusement, ma précieuse veste avait miraculeusement été épargné. Auquel cas, le cuir, ça se lavait bien.



Revenir en haut Aller en bas
Shizukanaru Noakuma

avatar

Messages : 118
Date d'inscription : 07/04/2014
Age : 24
Localisation : Archipel Konomi/ Quelque part dans West Blue
Humeur : Indifférent

Feuille de personnage
Nom, Prénom, Âge, Faction,Berrys:
Niveau:
6/1000  (6/1000)
Expérience:
215/400  (215/400)

MessageSujet: Re: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   Mar 29 Avr - 1:52

Le sang coulait, s'écoulait, glissait de ma peau et ne faisait plus qu'un avec l'eau. Malgré tous mes efforts, j'en avais encore sous les ongles. Peu importe, j'avais l'habitude d'avoir du sang sur les mains. J'avais abandonné ma victime il y a quelques minutes maintenant, il devait être mort à l'heure actuel, vidé de son sang. Je me devais de partir, l'amas de chair qui était autrefois un homme poisson m'avait prévenu qu'on viendrait le chercher, il serait préférable quand je ne sois plus là quand les renforts arriveront.

Tranquillement, je me relevais et marchais en direction de Tansui Kingdom. Je n'avais aucune idée de la distance que j'avais à courir mais je m'en moquais. J'avais tout le temps que je voulais devant moi. De plus, j'attaquerai de nuit et le soleil ne se coucherait pas avant quatre heures au minimum selon mes estimations, cela me laissera largement le temps de faire quelques repérages à la faveur d'une semi pénombre et peut-être même de dormir un peu. Après tout, les hommes poissons aussi devaient dormir. Sans doute. Peut-être. Peut-être pas. J'en savais strictement rien en fait. Mais je partais du postulat qu'ils dormiraient probablement, comme beaucoup de créatures sur cette terre, la nuit.

En étudiant un peu le bâtiment une fois sur place, je pourrais établir par quelle voie j'allais entrer dans le domaine. Puis je tuerai au fur et à mesure ces pirates les uns après les autres dans leur lit – toujours en partant du principe qu'ils en avaient. Si ce n'était pas le cas ou pire, s'ils dormaient dans des réfectoires, j'allais devoir ajuster un peu ma méthode. Une fois de plus, peu m'importait, la Marine voulait me tester, bien, j'allais par la même occasion tester mes propres limites ainsi que celle d'Angry.

Je marchais toujours en milieu boisé et cela semblait ne pas se finir. C'était arrangeant en même temps. Marcher seul dans une plaine m'aurait fait repérer à coup sûr. J'entendis du bruit au loin et je sus que j'allais pas tarder à arriver. Des rires, des cris, des intonations à voix hautes, le brouhaha d'une assemblée en somme. Je ralentis prudemment et observai le ciel. Il prenait une teinte orangée en hauteur et sombrait dans le violet à l'horizon. Une fois de plus, je tirais sur ma capuche et soupirais. Bien évidemment, elle était toujours trop courte pour se rabattre. Les tics sont une des multiples choses de l'humanité que je ne comprenais pas, bien que je semblais les avoir acquis.

Il ne faisait pas encore sombre pour que je puisse faire des repérages sans risquer de me faire voir. Je montais donc dans l'arbre le plus proche et le plus grand afin de me trouver un endroit où dormir mais aussi avoir un point d'observation en hauteur.

Le bâtiment principal était véritablement très laid. Il gâchait l'ensemble de la structure qui était plutôt bien fait sur le plan architectural. Hormis cette tour géante en forme d'ananas, Tansui Kingdom était composé seulement de deux bâtiments supplémentaires, qui encadraient de part et d'autre l'ananas, et d'une immense cours intérieur en sable et plantes exotiques avec des statues rocambolesques que je ne pouvais voir précisément d'où j'étais. Le tout étant bien entendu entouré d'un mur de deux mètres. A priori, les pirates dormaient tous dans la tour ananas. J'estimais qu'il n'y avait pas assez de place dans les autres bâtiments qui devaient tenir lieu d'entrepôts. Cela me poserait problème. Généralement dans une tour, il y a seulement une entrée … et beaucoup d'escaliers. Je n'avais pas de quoi escalader le bâtiment et je n'irais pas loin seulement avec mes propres moyens. Deux étages tout au plus si j'avais de bonnes prises.

Pas soucieux ou embêté pour autant, je redescendis de quelques mètres et me trouva une branche épaisse où dormir, une petite sieste fera passer le temps. A peine les yeux fermés, je me sentis sombrer .

Je me réveillai une poignée d'heures plus tard à cause de la douleur qui semblait éclore partout dans mon corps. Paralysé par la douleur, j'attendais quelques minutes que cette dernière parte puis doucement, je me relevais petit à petit et m'époussetant. J'oubliais souvent qu'il fallait s'attacher pour dormir dans un arbre, j'avais donc l'habitude de tomber pendant mon sommeil. C'était à chaque fois tout aussi douloureux. Méticuleusement, je fis rouler mes articulations, tournais la tête, secouais mes jambes. Pas de dégâts.

Avec un peu de retard, je constatais qu'il faisait nuit et que la lune était obstruée par les nuages. Parfait. Je parcourus la maigre distance qui me séparait de Tansui Kingdom d'une marche rapide, regardant régulièrement autour de moi si personne ne surgissait. Une fois face au mur, je me rendis compte qu'il était plus grand que je ne l'avais soupçonné. L'un des désavantages d'avoir un corps bloqué dans l'adolescence était sans conteste ma petite taille. Même en sautant et avec les bras levés, impossible d'atteindre le rebord du mur et cela d'au moins trente bons centimètres. Je fis le tour au petit trot, espérant une branche, un roc, quelque chose qui me permettrait de dépasser cet obstacle mais rien. Patiemment, je retournais donc devant la porte d'entrée que j'avais dépassé quelques minutes plus tôt. Elle était en bois, bien trop solide pour moi, et de toute façon la détruire ferait un boucan de tous les diables. En l'observant, je remarquais des finitions qui donnaient un rebord horizontal de cinq centimètres maximum au milieu de la porte. De quoi mette le bout des pieds avec un peu d'habileté. Souplement et le plus silencieusement possible, je pris appui sur ce petit rebord, les doigts crispés sur le rebord vertical du second battant de porte afin de ne pas tomber. J'étais dans une position abracadabrantesque avec le bas de mon corps sur le battant de porte gauche et le haut sur celui de droite. Au fur et à mesure, je réussis à me remettre droit et saisit le haut de la porte.

Doucement, je me hissais juste de quoi jeter un coup d'oeil. Personne. Pas de ronde, pas de garde. Etaient-ils inconscients ou juste trop sûrs de leur puissance et du marché passé avec mes supérieurs ? A peine eus-je mis un pied dans le jardin que je me déplaçais à couvert derrière  un drôle de buisson de toutes les couleurs. Qu'il y ait eut des gardes ou non m'importait peu, devoir les chercher dans la tour ananas ne faisait que retarder leur mort. Constatant l'inutilité de me cacher plus longtemps, je me redressais, mis mes mains dans mes poches et fit le tour de l'ananas très laid. Comme je l'avais supposé, il n'y avait qu'une entrée malgré une circonférence importante du bâtiment. Malheureusement, l'architecte n'avait pas représenté les interstices de l'ananas physiquement mais par couleur, ce qui faisait que je n'avais aucune prise pour escalader. J'allais donc une fois de plus rentrer par la porte principale. Quels soldats pouvaient se vanter d'avoir déjà pénétrer par la porte d'entrée d'un repaire d'hommes poissons pirates … Je demanderai à Fury en rentrant.

Machinalement, je saisis la poignet et la tournais. Fermé. Tout de même un minimum de défiance. Une fois de plus, je ne pouvais pas juste défoncer la porte au risque de me faire repérer immédiatement. Si j'avais Angry, si j'avais le poing de la fureur, ce serait si facile de broyer la serrure. Seul, devant cette porte, la main gauche sur le bracelet symbolisant Angry, je fermais les yeux et essayais de me concentrer pour l'appeler. En vain. Je savais que je devais me mettre en colère pour l'invoquer mais j'essayais toujours avant de l'amener par ma seule volonté.

De nouveau, je me concentrais mais pour cette fois-ci me plonger dans la colère, la rage, la fureur ou au moins m'énerver un petit peu pour ne serait-ce que le faire apparaître. Que m'avait-on conseillé déjà ? De penser à des choses révoltantes. Mais … qu'est-ce qui est révoltant ? Je n'avais rien vu de tel depuis mon arrivée sur Konomi. Goa … serait-ce humainement considéré comme révoltant ? Non. C'était le résultat d'une succession de faits : des pirates ont attaqué, les habitants n'ont pas su se défendre, il y a donc eu mis à sac et victimes. Enchainement de faits d'une logique implacable qui n'ont rien avoir avec un quelconque sentiment d'injustice ou de révoltes. Mon comportement avec l'homme poisson ? Non plus. C'était un ennemi, il ne mérite donc rien de ma part.

J'essayais, repensant à la fois où j'avais éviscéré le voleur de Syrup grâce à Angry mais je ne me rappelais pas de ce qu'était ressentir la colère. C'est bien pour cela que j'avais tant de mal à l'invoquer en combat. J'allais chercher un autre moyen d'entrer quand la porte s'ouvrit subitement. Si je ne m'étais pas décalé pendant ma recherche de colère, je me la serais prise violemment dans le nez. Je restais quelques instants derrière la porte, laissant l'individu sortir un peu plus dehors dans ce qu'il croyait être son jardin à l'abri. Silencieusement, je rabattis légèrement la porte, cachant le futur assassinat de cet homme.

– Putain, il fait chier Gyaro. Il peut pas rentrer comme tout le monde à l'heure au lieu de traîner au delà du couvre feu. C'est encore moi qui doit aller le chercher sous prétexte que je suis son frère.

Rapide, je saisis le menton et l'arrière du crâne de ma victime et effectuais une torsion violente à 360° degrés. Il n'eut pas le temps de réaliser ce qui lui arrivait qu'il tombait déjà à terre, mou et sans vie. Cette famille devait avoir été maudite dans une autre vie.

Après l'avoir déplacé de quelques mètres, je rentrais par la porte qu'il m'avait involontairement ouverte. Je fus ébloui quelques secondes par la lumière du hall. C'étaient des secondes où j'étais vulnérable de par mon aveuglement mais personne ne m'attaqua. Lorsque ma vision revint à la normale, j'observais attentivement la pièce. Elle était spacieuse, carré, avec un escalier en colimaçon sur le côté ouest de la pièce, une porte sur ma droite et une en face de moi. Pas de décorations, pas de plans, pas de victimes gémissantes ou autres spectacles qui pouvaient indiquer un territoire pirate. La disposition des lieux mémorisées, j'éteignis de nouveau la lumière. Aucun faisceau lumineux ne filtrait sous les deux portes. Bien, elles étaient soit vides, soit occupées par des personnes endormies. J'hésitais. Devais-je entrer dans ses pièces et y tuer les éventuels occupants ou monter au plus haut pour trouver le fameux Tansui ?

Tuer ceux du rez de chaussé sera au moins déjà cela de fait si je n'arrivais pas à atteindre discrètement le leader mais d'un autre côté, tuer au fur et à mesure les infortunés sur ma route contenait le risque que je n'arrive pas à les tuer tous du premier coup et qu'un d'entre eux sonne l'alerte. Les deux stratégies étaient risquées. Toutefois je décidais de commencer le massacre dès maintenant. Au moins, j'étais sûr d'avoir accompli une partie de ma mission si les choses dégénéraient avant que je ne tue leur capitaine. Fonçant droit sur la porte en face de moi, je tâtonnais seulement une fois avant de trouver la poignée. Lentement et avec délicatesse, je tournais la poignée faisant le moins de bruit possible. Un bruit quasi imperceptible me fit comprendre que la porte n'était pas verrouillée. A peine dans la pièce, je compris que ce n'était pas une chambre. Cela sentait l'animal, la vache plus précisément. Bref, j'étais dans un placard où pendait des vêtements en cuir.

Avec la même prudence, je refermais derrière moi et ouvris la porte à l'opposée des escaliers. Cette fois-ci, je ne sentais rien mais j'entendais le bruit d'une respiration régulière. L'absence de volet ou de rideaux faisait de la chambre une semi obscurité où je voyait un monde gris. Et dans ce monde, il y avait un lit où dormait un homme poisson. Il était bien différent des deux que j'avais tué. Leur race ne ressemblait-elle donc à rien ? Il semblait n'y avoir aucune similitude entre eux hormis dans la partie humaine.

Les doigts raidis, je fondis sur le cou à découvert de ma victime endormie et les enfonça de part et d'autre de la trachée, resserrant ma prise pour étrangler et ne permettre aucun son de sortir de cette gorge que je meurtrissais. Si j'avais eu Angry, j'aurais pu la lui arracher et en finir rapidement. Le pirate se réveilla et j'enfonçais qu'avec plus d'ardeur mes doigts derrière larynx et trachée dans son cou mou comme celui des humains. Par surprise ou manque d'oxygène, le mourant ne pensa pas à utiliser son avantage physique qu'était l'ensemble de son corps. Il ne mit que ses mains autour des miennes pour me faire desserrer. En pure perte. Je sentais les pulsations s'agiter sous ma paume pour finalement cesser. Ainsi donc, il dormait seul. J'avais donc une quarantaine de chambre à visiter ce soir.

Je sortis avec moins de précaution et plus d'empressement de la pièce cette fois-ci et commençait à gravir l'escalier en colimaçon quand je heurtais un corps dur et immense. Le choc fut tel que je rebondis et me retrouva propulser à bas des quelques marches que j'avais franchies. Je n'eus que le temps de voir une bouche qui semblait à l'envers, des bras disproportionnés marrons, que déjà je me prenais une droite vigoureuse sur la joue gauche. Rien à voir avec celui que j'avais capturé précédemment. Celui-ci frappait dur et fort. Sonné, je reculais maladroitement essayant tant bien que mal de retrouver une vision claire dans cette pièce noire. De nouveau, je fus ébloui. Je n'aurais jamais dû éteindre cette satanée lumière.

Le souffle coupé par un nouveau coup, je m'affaissais en me tenant le ventre. Il était rapide, je recommençais tout juste à y voir normalement et n'arrivais pas à m'éloigner suffisamment pour me mettre en garde ou riposter. De nouveau, il me frappa d'un revers au visage. Je sentis ma lèvre inférieure éclater et du sang se répandait dans ma bouche. Le coup m'avait propulsé au moins deux mètres en arrière. Difficilement, je me remis sur pied et en garde, enfin plus ou moins prêt à me battre.

– Un intrus hein … il ricana dédaigneusement,tu es si faible petit enfant que je n'ai même pas besoin de sonner l'alerte.

Mon adversaire semblait pratiquer un genre de karaté étrange que je ne connaissais pas. De toute façon, je ne connaissais pas le karaté classique, songeais-je, tout à fait hors de propos dans ma situation. Du plat de la main, il essaya de nouveau de me frapper le torse mais je me coulais sur le côté et attrapa son bras d'une main, son avant bras de l'autre et soumis son coude à un angle non habituel. Du moins ce fut mon ambition mais son bras ne bougea pas d'un pouce. Rapidement, voyant un coup de pied circulaire arriver, je roulais sur lui, remontant jusqu'à son épaule pour asséner un coup du tranchant de ma main sur sa glotte.

Mon coup fut arrêté net et il me fit passer à bras le corps par dessus de lui, me plaquant violemment avec sa force surhumaine au sol. L'air fut chassé de mes poumons par le choc et je me retrouvais momentanément incapable de respirer avec une douleur éclatant dans mes côtes. Nul doute que je devais en avoir une si ce n'était deux de cassées. Son poing, fulgurant, s'abattit sur mon ventre. Tout mon corps s'arc bouta et je crachais bien involontairement du sang. Ma tête tournait et je sentais le sang me battre les tempes.

Il était temps de me battre sérieusement. J'essayais de nouveau de me mettre en colère mais rien ne venait. J'avais toujours ce vide en moi, dans mon cœur, dans mon être, seule ma tête était remplie par un mot : esquive. Un coup de plus et je perdais connaissance. Je sentais que j'approchais de la limite. Absorbé par ma recherche de la colère, je ne réussis pas à esquiver assez vite et l'homme poisson me saisit durement le poignet droit, refermant sa prise pour me le briser. Aussitôt je sentis un picotement et une chaleur familière. Cela grondait en moi, cela chassait toutes pensées tactiques que je pouvais avoir. La colère montait en moi, tapageuse et puissante. Non pas parce qu'il allait me briser le poignet, mais parce qu'il maltraitait le bracelet d'Angry qui était précisément sur ce poignet.

Grâce à ce sursaut de colère, Angry se matérialisa enfin prêt à me donner ma puissance réelle. Tout du moins quand je serais encore plus en colère. Visiblement, je n'avais pas assez de fureur en moi car ce fut un Angry en phase 1, comme l'appelait les Marines, qui s'était matérialisé. Mon fidèle compagnon, mon dragon violet, n'était à présent pas plus grand que mon poing fermé.
– C'est une blague, pouffa l'homme poisson en se moquant ouvertement de mon compagnon.

De nouveau, je sentis ce seul et unique sentiment que je connaissais m'enivrer et monter en moi, m'habiter littéralement. Je ne supportais pas que l'on se moque d'Angry et lui aussi. Mon dragon était furieux et sa propre colère entrait en moi par des vagues d'énergie. Je le voyais grandir, grossir, devenir un dragon de la taille d'un bras avec des griffes puissantes et une peau épaisse à l'épreuve de tout ce que j'avais connu à ce jour. Puis soudain, il disparut de ma vue. Ma main droite était incroyablement chaude et débordante de vitalité. La fusion entre mon bras droit et Angry venait de se faire.

Ebahi, mon adversaire se reprit tant bien que mal et frappa avec la même technique que précédemment. Cette fois-ci, je ne me dérobais pas et encaissais le coup sur le poing de la fureur. Je ne ressentis rien. C'était à mon tour d'attaquer. Ivre de rage, je raidis mes doigts devenus griffes et frappais d'un coup ascendant  partant de l'aine jusqu'au menton. Le résultat fut le même que si j'avais attaqué avec une épée. Les quatre lacérations de mes griffes ouvrirent un chemin de sang dans sa chair. Je pouvais voir par endroit des organes ou des os. Un bras sur son torse, l'homme poisson essaya une contre attaque par un coup de pied crocheté sur ma nuque. Je bloquais aisément et comme à mon habitude, enfonçait mes ongles dans la chair. Mes ongles étant devenus griffes, ils s'enfoncèrent comme du beurre dans sa cheville que je broyais.

– Aaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa ….

Je lui saisis le cou comme avec l'endormi mais comprenant que j'allais l'achever il termina son cri.

– ttaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaque !!!

Je lui arrachais sa trachée mais aussi un fragment de sa colonne vertébrale ce qui eut pour résultat sa décapitation. Son corps s'effondra en tenant toujours ses entrailles qui tentaient de se faire la belle.

Un brouhaha sourd s'éleva dans la tour ananas, les hommes poissons s'éveillaient et se précipitaient au cri de leur confrère mort tandis que j'essayais tant bien que mal de conserver toute ma rage et par la même, le poing de la fureur.

J'en aurais besoin avec trente cinq hommes poissons ivres de vengeance face à moi.



Le malheureux qui vient de prendre cher:
 

Revenir en haut Aller en bas
Shizukanaru Noakuma

avatar

Messages : 118
Date d'inscription : 07/04/2014
Age : 24
Localisation : Archipel Konomi/ Quelque part dans West Blue
Humeur : Indifférent

Feuille de personnage
Nom, Prénom, Âge, Faction,Berrys:
Niveau:
6/1000  (6/1000)
Expérience:
215/400  (215/400)

MessageSujet: Re: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   Lun 5 Mai - 2:28

J'avais atrocement mal à la tête et dans le buste. Seuls mes jambes et mes bras semblaient opérationnels. Ma vision se troublait et un son strident retentissait dans mes oreilles tandis que ma tête tournait. De l'air frais … je devais sortir m'aérer un peu pour reprendre mes esprits. De plus, cela sera plus pratique pour combattre des opposants en grand nombre. Je dus m'y reprendre à deux fois pour saisir la bonne poignet de porte et non son double chimérique que me donnait ma tête sonnée. Alors que j'ouvrais la porte, une poigne ferme se referma sur mon épaule. Prestement, je pivotais et essayais d'asséner une frappe du pied droit. Je fus arrêté avec facilité par un homme poisson immense, violet avec au sommet de sa tête un organe lumineux qui pendait à l'extrémité d'un filament. Dans sa main droite, il tenait un arakh qu'il s'apprêtait à abattre sur ma nuque. Précipitamment, je mettais mon poing, protégé par ma fusion avec Angry, sur le chemin de la lame courbe. J'en ressentis le choc et la vibration se répercuta dans mon corps, implosant dans mon crâne douloureux. Fichtre, j'étais dans un sale état vraiment.

Ce constat redoubla ma colère. Ma propre impuissance m'énervait, ma faiblesse risquait de blesser Angry ce qui me faisait enrager encore plus. Profitant de la surprise de mon assaillant, je fis descendre, toutes griffes dehors, ma main en diagonale sur son torse. En combattant aguerri, l'homme poisson recula d'un bond, se mit en garde près à encaisser une nouvelle attaque. Ce que je ne fis pas, je me précipitais dehors en remarquant que déjà deux autres acolytes de mon adversaire avaient surgi des escaliers et le martèlement des bottes m'indiquaient que de nombreux autres suivaient. Je devais vite éliminer les premiers arrivés pour ne pas me retrouver submerger par le nombre.

L'air frais me fouetta le visage, c'est du moins l'impression que j'eus, mais m'éclaircis un peu les idées. Toutefois pas le temps de me remettre vraiment les idées en place, l'homme poisson abyssal était déjà sur mes traces, prêt à me séparer la tête des épaules. Une fois de plus, je mis mon bras droit en avant pour intercepter le coup. Cependant, l'adversaire anticipa mon mouvement et sa lame traça un sillon de sang sur ma joue. Foutredieu.

Les trois zigotos qui descendaient les escaliers étaient eux aussi dehors maintenant. J'avais déjà du mal face à un seul mais j'étais à présent à quatre contre un et ce chiffre allait en grossissant, d'autres têtes aquatiques s'apprêtant à nous rejoindre. Je devais faire vite. Mais cela était plus facile à dire qu'à faire. Mes côtes me faisaient mal à chaque respiration. Mon adversaire précédent avait dû m'en fêler quelques unes. Mes quatre opposants actuels se positionnèrent en cercle autour de moi. Personne ne bougeait. Je les observais calmement me demandant lequel j'allais attaquer le premier et qui sera le suivant avec qui j'enchainerai. Je ne devais pas me fixer sur une cible en particulier, sinon je risquais de ne pas voir venir une attaque.

Un boitillement. J'avais trouvé ma victime, à ma droite, puis j'enchainerai à gauche pour pas répéter le même schéma et ensuite volte face. Immédiatement, je mis à exécution mon plan. Je fondis sur l'homme poisson boiteux et donnais un coup de pied fouetté dans son genou, il s'affaissa légèrement et je frappais aléatoirement son visage, lacérant la chair sans m'en soucier, mon corps déjà positionner et prêt pour attaquer la personne suivante. Je courus et sautais le plus haut que je pus, les griffes en pointe afin de transpercer immédiatement la tête de mon adversaire. Je ne fus pas assez rapide et mon adversaire m'envoya bouler d'un revers de bras. Je glissais sur plusieurs mètres dans l'herbe humide et constatais qu'ils étaient maintenant dix. J'en avais tué seulement un, le boiteux. La moitié de sa tête était toujours sur son corps, l'autre pendait misérablement à sa mâchoire, retenue seulement par des tendons et la chair que je n'avais pas touchée. L'un de ses camarades le ramenait dans l'ananas pour essayer de le sauver. Futilité, il n'était qu'un amas d'os et viande maintenant.

Deux hommes poissons jaillirent sur moi l'un par ma droite, l'autre par la gauche. Le premier tenta une attaque haute pendant que l'autre en faisait une basse. Excellente tactique. Je ne savais pas comment riposter alors je reculais tout simplement mais pas trop, je n'oubliais pas que j'avais deux hommes poissons derrière moi. Cela ne suffit pas et je me pris le coup à l'arcade sourcilière. Celle-ci éclata sous la violence du choc et du sang commença à couler. Je le sentais.

Ils étaient à présent tous face à moi. Une vingtaine à vue de nez. Ils estimaient que j'étais en infériorité, plus besoin de me cerner. Le souffle haletant, je ne savais pas quelle stratégie adopter. Foncer dans le tas m'assurerait des dégâts à profusion chez les ennemis. Il me suffirait de balancer mon bras droit balayant toutes les personnes que je pourrais. Mais j'allais en prendre pour mon grade aussi. Tant pis. Ma mission était de rayer de la carte ces mécréants, il était hors de question que j'échoue.

Je fonçais dans le tas, prêt à donner de ma personne, quand l'homme poisson violet à l'arakh fit signer à une moitié de ses rangs d'aller à ma rencontre. Mauvaise tactique. Aussitôt j'allais vers eux. Un premier tenta de me saisir mais je me baissai esquivant sa main pour étriper son compagnon directement à ma droite. Je n'essayais pas d'être rapide. Au contraire, sous leurs yeux médusés d'horreur, j'entrai profondément ma main dans l'abdomen de ma victime, vrillai plusieurs fois mon poignet et refermai mes griffes sus ses intestins pour les ressortir. Puis je les jetai à la face d'un de ses congénères.

Ce fut la provocation de trop. Ils hurlèrent comme un homme et le petit groupe courut en une mêlée pour me saisir et me tuer de la même manière que j'avais tué leur frère d'arme. Mécaniquement, j'évitais les coups et en redonnais sans savoir s'ils étaient mortels ou non. J'en pris aussi pas mal mais des écorchures, des ecchymoses, rien de sérieux. Jusqu'à ce que l'un d'entre eux réussisse à se faufiler derrière moi. Il m'attrapa à bras le corps et serra mon torse dans l'étau de fer qu'étaient ses bras. Si mes côtes étaient fêlées, je les sentis cette fois-ci craquer et céder très nettement. La douleur déferla en moi, elle surpassait tout même ma colère pourtant alimentée aussi par Angry. Celui-ci en retourna d'ailleurs aussitôt à sa forme de bracelet.

J'entendais un bruit déchirant, tragique, rempli d'atrocité. Ma gorge me faisait mal. Et je compris que c'était moi-même que j'entendais en train d'hurler ma douleur au ciel. Je devais … réagir.

… douleur … douleur … Il n'y avait que ça dans ma tête … incapable de penser à autre chose … riposter … frapper … me dégager … pour fuir … battre en retraite …

Dans un effort surhumain, j'élançais mes deux coudes en arrière, ce qui eut pour effet d'éclater les oreilles de mon assaillant mais aussi de me faire crier de douleur de plus belle. Il me laissa tomber et je me réceptionnai maladroitement avant de tomber à moitié. Vite … partir …

Sans un regard en arrière, sourd à leur cris, menaces et aux bruits significatifs de leur poursuite, je courais avec difficulté vers la porte fermée par une barre de bois. Soudain, je fus de nouveau propulsé, m'écrasant contre la porte de bois qui éclata sous la force de l'impact. Je vis brièvement que c'était leur karaté étrange qui avait créé ce souffle surpuissant. Pas le temps d'analyser.

Péniblement, je repris ma fuite.

Douleur … encore … toujours … elle est une flamme ardente dans … mon torse. Je devais rejoindre ma barque. Fuir. Ramer vers Duty Island. Une demi heure de trajet à ramer. Je n'y arriverai jamais avec mes côtes dans cet état.

La vue me faisait défaut, elle était vacillante et trouble. Rouge aussi. Le sang de mon arcade sourcilière se répandait sur mon œil. Machinalement, je tentais de l'enlever mais juste de lever mon bras me fis atrocement mal. Derrière moi, j'entendais toujours mes poursuivants hurler ma mort. Vite. Vite.

Instinctivement, je courais en direction de ma barque. Pourtant, je ne devais pas. Une fois dedans, je ne serais à l'abri de rien. Ils pourraient me suivre par la voie des mers et je serais dès lors perdu. Non. Je devais me cacher quelque part sur l'île. Pas loin de la barque pour partir au plus vite.

Lorsque je l'aperçus je me souvins que je l'avais amarré à une courte distance de Kokoyashi et donc du bosquet où j'avais torturé le premier homme poisson. Je ne devais pas aller par là, je n'aggraverai que la situation. Je pris donc le chemin inverse, préférant prendre le versant opposé et d'aller plus tôt vers les côtes.

Les miennes me faisaient souffrir le martyr et je me répétais en boucle qu'il ne fallait pas que je m'évanouisse. Visiblement, tout comme les humains, je possédais de l'adrénaline, cette substance qui me donnait la force de courir pour ma vie à l'heure actuelle.

Dans le sable humide de la plage, il me fut plus difficile de courir. Derrière moi, les voix se faisaient moins fortes. Ils avaient dû se séparer pour aller vers le village, le bosquet et la plage. Soudain, je repérai une petite cavité à peine plus large que moi. En m'approchant, je constatais qu'elle n'était pas plus profonde. Elle pouvait contenir un enfant, peut-être un adulte mais il ne pourrait plus bouger du tout à la différence d'un enfant qui aurait une marge de manœuvre. Si je parvenais à entrer là dedans, les hommes poissons ne me trouveraient pas et ne parviendraient pas à m'atteindre.

Par un exercice de contorsionniste qui m'amena au bord de l'évanouissement, je réussis à entrer dans la cavité. Assis, la tête contre la paroi rocheuse, je gémis faiblement lorsque mon dos toucha la surface dure. Ce pic de douleur fourbe eut raison de moi et je m'évanouis.

~~~~~~~

– Combats la douleur, combats ta peur. Deviens dur et froid comme un roc. Sois un vrai combattant. Sinon tu tomberas et tu mourras.

– Mes doigts vont lâcher, je vais tomber de la falaise.

– Ne laisse pas parler l'angoisse.

~~~~~~~

Comme sortant d'apnée, je m'éveillais, tétanisé et haletant. Je n'étais pas au bord d'une falaise, le corps dans le vide, seulement rattaché à la vie par la maigre prise de mes doigts d'enfant, mais dans une petite cavité avec des doigts d'adolescent. Qu'était-ce donc ce court dialogue que j'avais entendu ? Quelle était cette voix à laquelle je m'étais entendu répondre ? Pire, quelle était donc cette sensation qui m'étreignait la poitrine ? Qu'était-ce cette chose qui m'oppressait, me faisait haleter, crispait mon corps et semblait me défaire de ma maîtrise de moi-même ?

Etait-ce ce qu'on appelait un sentiment ? Lequel était-ce donc ? C'était si désagréable. Je me remémorais cet instant irréel et m'entendis murmurer :

– L'angoisse.

Doucement et précautionneusement, je me levai tout en me forçant à oublier cet étrange rêve qui m'avait plongé dans un abysse inconnu. Je devais fuir pour survivre. Au rappel de cet objectif, je me sentis redevenir moi-même mais aussi la douleur qui se rappela à son bon souvenir.
Il faisait nuit noire dehors. J'avais perdu connaissance pendant plus d'une journée, le ciel était encore plus noire que lors de ma fuite, c'était donc une nouvelle nuit. Parfait.

Je clopinais vers ma barque qui me sembla tout d'un coup très lointaine et lorsque je l'atteignis, elle me parut peser mille tonnes et il me sembla que jamais je n'arriverai à la remettre à l'eau. Ce que je fis pourtant.

Monter dedans ne fut pas très douloureux mais lorsque je fis un tour de rame, j'en vis des étoiles devant moi. Mais pas le choix, je devais serrer les dents et avancer d'au moins un kilomètre, histoire d'être à mi-distance de Duty Island. Jamais un kilomètre ne me parut aussi long. Je mis une demi heure, alternant coups de rame et pauses pour éviter de solliciter mes côtes. Toutefois, impossible de dormir en mer. C'était trop risqué, je pouvais me perdre ou subir les aléas du temps, et puis de toute façon, il m'était impossible de m'allonger sans avoir l'impression d'être littéralement broyé.

Au bout d'une heure de torture absolue, je m'échouais sur le quai de Duty Island. Plus que quelques mètres … et j'arriverai à la base.

Ce fut un effort de trop pour mon corps meurtri et trop sollicité, et de nouveau, je sombrais dans l'inconscience.



Nuru, second de Tansui:
 

Revenir en haut Aller en bas
Contenu sponsorisé




MessageSujet: Re: Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?   

Revenir en haut Aller en bas
 
Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?
Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut 
Page 1 sur 1
 Sujets similaires
-
» Face aux hommes-poissons : mais qu'est-ce qu'un sentiment ?
» Karate des hommes-poissons
» Le Continent des hommes poissons [Ciné/Critique]
» « Vivez, hommes, vivez, mais si faut-il mourir. »
» Gyojin Karaté

Permission de ce forum:Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum
 ::  :: All Blues :: East Blue :: Archipel de Konomi-
Sauter vers: