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 Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions

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Ulquiorra Schieffer

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MessageSujet: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Sam 7 Fév - 11:57

Il existe des moments, lors des voyages, qui conservent à jamais leur place dans les mémoires. Ces moments ne sont pas forcément ceux qui marquent le plus quand on les vit, mais ils sont ceux qui fascinent quand on se les remémore. Ils renferment une signification particulière, souvent psychique, parfois mystique. Ils peuvent être forts, intenses, ou ils peuvent correspondre à une transition importante. Dans tous les cas, ils sont différents. Et ce, non pas par rapport à la vie quotidienne, dont la monotonie n'existe déjà plus dès que l'on part à l'aventure. Non, les instants qui dominent les autres souvenirs diffèrent encore des habitudes en mer.
Ces moments sont des fragments de vie, délicats à décrire et même à appréhender. Ils laissent une impression d'indécision, comme au sortir d'une nuit trop longue, lorsque le rêve s'est montré d'un tel réalisme qu'on est surpris de s'en réveiller. On peut en vivre plusieurs au cours d'une existence, mais aucun ne se ressemble. Ils sont un point précis où tous les enjeux se regroupent soudainement, le temps d'un interlude, avant de s'éparpiller à nouveau.

Vous l'aurez compris, parvenu à une certaine étape dans mon périple, j'ai fait l'expérience d'un de ces moments. Cela n'a pas duré plus d'une heure, mais j'ai eu le sentiment de le vivre comme une éternité. Une courte éternité. Un laps de temps indéterminé, pour dire vrai, durant lequel les événements ont mené mes actions à la place de ma conscience.
Et ce moment débute maintenant.

***

J'étais allongé dans l'herbe fraîche. L'horizon, ayant pivoté pour placer l'étendue du ciel sous mes yeux, était à la fois proche et inatteignable. Entre lui et moi se trouvait la coiffe d'un arbre, plantée sur un tronc presque aussi large que haut. Des chants d'oiseaux invisibles en provenaient, enjolivant la sérénité qui régnait. Et la brise, sifflant légèrement en rythme avec les volatiles, emplissait agréablement l'atmosphère d'un air revigorant.
Je me dressai et demeurai quelques instants immobile, au milieu des hautes tiges de verdure. C'était la première fois que je me sentais véritablement en harmonie avec mon environnement. J'avais l'impression de respirer avec lui, de vivre avec lui. Bien que conscient d'en être une entité extérieure, la conviction d'être capable de ne faire qu'un avec la nature aux alentours se cristallisa en moi. À un tel point que j'aurais certainement tenté d'interagir avec elle, si mon esprit était à cet instant doté de sa volonté propre.

- Et si j'avais la moindre once d'imagination, aussi... déclarai-je d'une voix relaxée.

Mes jambes se mirent à avancer, s'éloignant de l'arbre massif dont les branches cachaient une partie du soleil. Tout autour du végétal, une petite plaine s'étendait, exempte de troncs feuillus. Ces derniers avaient préféré établir leur position quelques mètres en retrait, pour ne pas empiéter sur le territoire de leur aîné. Ce fut donc eux qui m'accueillirent au sein de leur déférente forêt. Et je me rendis alors compte qu'ils possédaient un visage, dessiné sur leur écorce, qui désignait leur individualité. Tout comme les êtres humains, chacun d'eux avait sa propre identité et sa propre histoire. Tout comme les êtres vivants, qu'ils étaient, chacun d'eux était unique.
Au détour de l'un d'eux, mes yeux discernèrent un objet s'extirpant de la terre. Une horloge, installée parmi les arbres. Sous son cadran forgé dans le bois le plus brut, deux fines aiguilles indiquaient une heure tardive. Dix-huit heures moins cinq.

- C'est étrange... dis-je en observant la luminosité du toit céleste. J'aurais juré qu'il était bien plus tôt que cela…

À l'instant où mon regard revint sur l'horloge, ses aiguilles tremblèrent imperceptiblement. Puis celle des minutes s'élança joyeusement dans le sens inverse à celui auquel elle était habituée, entraînant tranquillement celle des heures. Après avoir parcouru un tour complet, elle se stoppa finalement, fière de sa besogne. Dix-sept heures moins cinq.

- Voilà qui me rassure, acquiesçai-je.

Satisfait, je repris ma marche et dépassai la pendule. Mais, avant de l'ôter définitivement de ma mémoire, je me tournai une dernière fois vers elle.

- Merci.

Au fur et à mesure que je m'enfonçais dans les frondaisons, les herbes se faisaient de plus en plus hautes. Bientôt, elles caressèrent mes genoux, et certaines vinrent jusqu'à frôler mon bassin. Alors que je me frayais un chemin dans cette jungle, le vent excita l'air et m'accompagna dans ma promenade impromptue. Le corps indicible de la brise maintenant à mes côtés, j'en vins à me poser une question que je n'avais jamais pensé à formuler auparavant. La présence du vent paraissait évidente à tout le monde, mais d'où venait-il exactement ? Il s'agissait d'une interrogation dont beaucoup passaient outre, mais qui m'intéressa soudainement.

Alors, je me mis à émettre des conjectures.

Le vent était-il le souffle des nuages, qui l'expulsent au moment de se rétracter ?
Simultanément à cette idée, le mouvement de l'air se dirigea du haut vers le bas, provenant des amas nuageux survolant la forêt. Ils créaient des courants en faisant pression sur leur propre enveloppe duveteuse, comme implosant placidement et libérant au passage les molécules.

Ou alors, le vent était-il la respiration de la terre ?
Soudain, la brise changea drastiquement de direction pour s'élever du bas vers le haut. Elle sortait des innombrables pores creusés dans le sol, qui s'élargissaient et se rétrécissaient en chœur avec les poumons de la planète. Puis, au moment où la terre inspira à nouveau, l'air fut aspiré d'une telle force que je crus être emporté également.

Ou encore, le vent était-il causé par le battement d'ailes d'un papillon, à l'autre bout du globe ?

Coupant court à mes réflexions semi-scientifiques, une buisson se froissa dans un bruit vif. Je pivotai, l'esprit curieux, et observai la plante qui venait de produire le son. Une petite branche avait été décrochée, mais sans pour autant être écrasée.

- Qui est là ?

Seul le silence me répondit de sa voix muette. Peu enclin à m'appesantir là-dessus, je haussai les épaules et, tournant les talons, et repartis dans l'autre sens. Mon imagination m'avait probablement joué un tour.

- Impossible, je n'ai aucune imagination... me rappelai-je.

Eh bien dans ce cas, il était possible que quelqu'un se cache réellement dans mon dos. Mais quand bien même, l'atmosphère était bien trop paisible pour qu'un individu aux mauvaises intentions y évolue. C'est pourquoi je me déplaçai sans plus de prudence, sans même guetter l'instant où le personnage allait se montrer. Il se dévoilerait quand il le déciderait, tout simplement.


Dernière édition par Ulquiorra Schieffer le Lun 23 Jan - 15:02, édité 1 fois
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Ulquiorra Schieffer

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MessageSujet: Re: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Lun 9 Fév - 11:33

Ma marche sans but se poursuivait, aussi libre que les oiseaux qui la surplombaient. La dense végétation dans laquelle je me déplaçais à présent était plus celle d'une jungle que d'une forêt, et elle ne cessait de s'épaissir en réponse à l'écho de mes pas. Pourtant, je finis par arriver devant deux sentiers parfaitement dessinés au milieu des plantes touffues. Ils étaient perpendiculaires et se dépliaient de façon opposée. Je m'arrêtai et fixai quelques instants des yeux ces deux possibilités de poursuivre. Je n'avais aucun moyen de savoir où menait chacun de ces chemins, et ils paraissaient exactement identiques. Malgré tout, il fallait faire un choix. Comme toujours. En prenant le risque de partir pour une mauvaise piste. Je me pris alors à penser que les choix sont cruels, à nous obliger à restreindre nos opportunités quand nous voudrions toutes les embrasser.

- J'aurais préféré qu'il n'y ait qu'un sentier, maugréai-je, ainsi je n'aurais pas eu à choisir...

Un craquement retentit alors. Puis les arbres s'élargirent, se plièrent et se blottirent les uns contre les autres. Une dizaine de troncs étaient soudainement apparus de nulle part pour venir combler les vacuités entre leurs congénères. Ils vinrent empiéter sur les deux chemins qui s'étaient proposés, ne laissant plus aucune alternative. Car, ayant complètement bloqué toute issue sur les côtés, ils ne laissaient un espace que droit devant. Haussant les épaules, je remis mes muscles en route dans cette direction, sans quitter la compagnie des herbes folles.

Perdu dans des pensées presque métaphysiques, la soif de questionnement me titilla à nouveau. Peu importait ce qui était responsable du vent après tout, car l'origine d'autres entités, bien plus gigantesques, était infiniment plus mystérieuse. Le monde par exemple, et même l'univers. En allant fouiller les méandres du cosmos, on pouvait même s'intéresser à la naissance du temps. Comment le temps était-il apparu ? Ou plutôt, quand le temps était-il apparu ? Quelques secondes de réflexion me suffirent pour saisir le paradoxe tordu que cette question soulevait.
D'un côté, le temps doit être apparu à un moment t ; car l'univers, qui le contient, est lui-même né il y a 14 milliards d'années.
De l'autre, le temps ne peut pas être apparu à un moment t ; car les notions d'avant, d'après, et de moment ne peuvent exister sans lui.
En effet, il y avait de quoi se frapper la tête contre les murs. Et encore, je n'étais ni un scientifique, ni un mathématicien, j'ignorais donc les nombreux autres problèmes que ce mystère posait sans aucun doute. Ce n'était pas pour rien que l'origine du temps constituait la plus grande énigme de l'histoire de l'humanité. Et à cette pensée, je levai un sourcil. L'humanité ...?

Un bruit sourd vint à nouveau me tirer de mes tergiversations. Dans mon dos, une branche venait de se détacher de l'arbre auquel elle appartenait. Elle gisait au sol, arrachée et piétinée avec fureur, telle une feuille morte ayant été déchiquetée par une tempête. Des empreintes étaient clairement visibles autour de la scène, menant à croire qu'un être humain en était l'auteur. Je repensais à l'individu qui me suivait auparavant, dissimulé. Mais la violence avec laquelle le bois avait cette fois été mis en pièces me semblait étrange. Cela ne ressemblait pas à la délicatesse de la première présence que j'avais ressentie, qui avait prudemment évité d'écraser la brindille.

- Ben alors, on s'est perdu ? fit une voix derrière moi.

Bon sang, encore une interruption ? Où était donc passé le calme dont je jouissais seulement quelques instants plus tôt, au sein de la tranquillité de la jungle ?
Légèrement exaspéré, je me retournai cependant pour constater qui venait de m'adresser la parole. La voix s'avéra provenir d'un homme à l'apparence assez jeune, aux cheveux noirs comme la suie et lisses comme l'eau. Ses habits étaient on ne peut plus simples, ne portant aucune autre teinte qu'un blanc immaculé. Il se tenait dans l'encadrement d'une porte, ou plutôt d'un trou creusé dans une falaise que je n'avais même pas aperçue.

- Est-ce toi qui me suis furtivement depuis tout à l'heure ? demandai-je.
- Si j'avais eu le désir de te suivre sans que tu me remarques, j'aurais apprécié le jeu le plus longtemps possible et je ne me serais sûrement pas montré de moi-même !

Je fronçai les sourcils. Son ton ne contenait pas une once de sérieux.

- Imbécile ! ajouta-t-il même en tirant la langue.

Je ne répondis rien à ce qui aurait pu passer pour une provocation délibérée. À la place, je m'avançai et posai ma main sur la roche de la falaise. Cette dernière était tellement haute qu'elle semblait percer les nuages, si bien que je ne comprenais pas pourquoi je ne l'avais pas vue avant. En frottant mes doigts contre le matériau, je me rendis compte que la pierre ne s'effritait pas. De plus, sa couleur était parfaitement homogène et sa structure paraissait lourde comme de l'acier.

- Cette falaise a l'air extrêmement solide... commentai-je impassiblement. L'énergie qui m'avait empli au contact de la nature semblait s'être dissipée à l'instant de ma rencontre avec ce personnage. Comment as-tu fait pour la creuser de la sorte ?

Il me regarda avec des yeux de merlan frit. Puis il partit dans un bruyant éclat de rire.

- Oulà, t'es pas d'ici toi, je me trompe ?? Laisse-moi deviner... là d'où tu viens, les objets ne bougent pas tout seuls ?
- Bien sûr que non, rétorquai-je en commençant à me poser de sérieuses questions sur la santé de ce type. Comme si une telle chose était possible !
- Et pourtant, je pense pouvoir affirmer sans trop m'avancer que des éléments du paysage se sont modifiés sur ton passage, non ?

Je m'apprêtai à le contredire d'une façon à la fois catégorique et moqueuse, mais les mots restèrent coincés dans ma gorge. Une brève remontée de souvenirs leur avait barré la route. Malgré l'aberration que cela représentait, ce qu'il disait était vrai ! Cette horloge qui, en plus de n'avoir rien à faire au milieu d'une forêt, s'était mise à fonctionner à l'envers ; les réactions de l'environnement à mes hypothèses farfelues sur la provenance du vent ; le chemin formé de plein gré par les arbres... J'avais été témoin de plusieurs événements absolument surnaturels, sans même m'en rendre compte ! Mais comment avais-je pu ne pas m'en étonner ?

- Ton silence est parlant, reprit l'autre, fier de m'avoir déstabilisé. Je vais t'apprendre une chose, mon gars. L'endroit où tu te trouves est différent de celui où tu vis, différent en de nombreux aspects.

Il marqua une courte pause pour se délecter de mon incompréhension.

- Parce qu'ici, le monde est en quatre dimensions.

Quelques secondes s'écoulèrent avant que mon cerveau enregistre véritablement cette information. Je me trouvais certes sur une île que je ne connaissais pas, apparemment désertée de tous sauf d'un individu louche et trop décontracté pour être honnête. En plus de cela, le paysage se déformait de lui-même comme s'il était animé de magie noire ou d'un autre genre de sorcellerie. Et la seule explication qu'on me donnait pour réconcilier toutes ces effrayantes anomalies était que le monde se trouvait non pas en trois, mais en quatre dimensions ? Mon visage grimaça alors, et je laissai échapper une interjection qui ne faisait pourtant pas partie de mon vocabulaire :

- What the fuck ??!
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Ulquiorra Schieffer

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MessageSujet: Re: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Ven 13 Fév - 13:15

L'homme avait un air amusé devant ma face ahurie. Il avait dû savoir que cette déclaration lancée de but en blanc allait me jeter dans l'étonnement le plus total, et s'était réjoui à l'avance de la tête que j'allais faire. Je pense qu'il ne devait pas être déçu. Seulement, à présent qu'il avait réussi son coup en attisant mon incompréhension, il allait devoir éclaircir ses propos. Sans dire mot, je croisai simplement les bras et l'observai d'un œil fixe, exigeant silencieusement des explications.

- Combien de mondes penses-tu qu'il existe ? commença-t-il, cherchant apparemment à faire durer le mystère.
- Deux, répondis-je froidement. Un où tu m'expliques clairement ce qui se passe ici et où tu t'en sors sans dommage ; et un où tu tournes autour du pot jusqu'à ce que mon poing te remette les idées en place. Choisis bien celui dans lequel tu veux vivre.

Ça ne me ressemblait pas de parler de la sorte... Manifestement, cet individu n'avivai pas ma sympathie, et encore moins mon respect.

- Il y en a une infinité, soupira-t-il, apparemment enfin décidé à cracher le morceau. En vérité, l'univers est composé de multiples couches empilées les unes sur les autres, tout comme les pages d'un livre. Chacune de ces couches ressemble aux autres, tout en possédant quelques différences propres. On peut donc dire que chacune de ces couches est un monde à part entière.

Il se stoppa et me regarda, comme s'il attendait une quelconque réaction de ma part. Je me contentai de hausser les sourcils, lui signifiant que ce qu'il venait de raconter ne m'aidait pas réellement.

- La spécificité de ce monde, continua-t-il en roulant les yeux, c'est qu'il est en quatre dimensions. Et cela, même si ça n'en a pas l'air, est précisément ce qui permet d'y accomplir des choses impossibles ailleurs. Mais je suppose que j'aurais beau t'exposer la théorie, tu ne pigeras pas tant que je te donnerais pas d'exemple solide, je me trompe ?
- Le ton que tu prends sonne faux, mais je ne peux nier que ton propos est vrai. Je veux bien admettre que ce monde comporte une dimension supplémentaire. Mais alors, quelle est-elle ? Et quelles sont les règles qui la gouvernent ?
- Pour être honnête, il est plus simple de décrire les effets qu'elle provoque que de la définir. Les trois dimensions que tu connais sont longueur, largeur et profondeur, n'est-ce pas ? Elles sont ce qui donne aux objets leur consistance. Bon. La quatrième dimension n'est autre qu'un ajout superficiel qui alloue une différente spatialité aux choses. Et elle se trouve...

Il leva lentement son poignet, avant de déplier sa main et ses doigts. Le bout de son index vint se poser sur le haut de sa tempe, et la tapota à trois reprises.

- Ici, dans ma tête ! déclara-t-il avec un grand sourire.

Un instant silencieux s'écoula, le temps pour un ange de passer succinctement.

- Je rêve ou tu es en train de me dire que toute cette histoire de quatrième dimension n'est qu'une facétie que tu viens d'inventer ?? m'écriai-je, hors de moi. Je ne sais même plus si je devrais te dépecer, ou si ta condition de pauvre dégénéré mental est une punition suffisante !

Ce personnage était décidément très spécial. Pour me conduire à transgresser ainsi les lois de mon caractère, il devait posséder un talent particulier. Mais à ce moment, ce talent m'apparaissait plutôt comme une tare des plus insupportables.

- Non non non ! m'assura-t-il tout en cachant à moitié son fou rire. Je voulais dire qu'elle se trouve dans ma tête, et dans la tienne, et dans celle de tous ceux qui vivent ici ! La quatrième dimension... c'est la créativité !

Il se tut, pour de bon cette fois. Son visage, bien qu'indiscrètement curieux d'assister à ma réaction, portait un voile de sérieux. J'étais donc à peu près certain qu'il ne me racontait plus de foutaises. En d'autres termes, il ne me restait plus qu'à accepter et assimiler ces informations.

- Soit, concédai-je, la créativité est la quatrième dimension. Mais comment agit-elle, concrètement ? Et comment la met-on en pratique ?
- Tu conviendras que les dimensions telles que tu les connais sont des facteurs qui modifient la matière, n'est-ce pas ?
- Je suppose, oui... Si l'une d'entre elles n'existait pas, les choses ne seraient pas comme elles sont...
- Bien. La créativité modifie la matière d'une façon que tu as du mal à appréhender, car elle toute récente pour toi. C'est pourtant quelque chose de très simple à comprendre. Il te suffit d'imaginer, et ça se réalise automatiquement. Il frappa dans ses mains d'un air enjoué. T'as qu'à essayer, pour voir ! Crée donc un petit quelque chose !

Il passa devant moi, quittant l'entrée de la caverne d'où il était apparu. D'un geste de la main il me présenta un espace vide, propice sans doute à ''créer'', et s'écarta pour me laisser de l'espace.

- Une petite précision : tu ne peux pas imaginer à partir de rien. L'équilibre du monde se doit de toujours rester stable, donc tu ne peux en vérité que modifier les choses. Les alchimistes appellent ça le principe d'équivalence, ou un truc du genre... mais aucune importance, cette loi ne rentre en compte que quand tu crées des objets massifs, donc vas-y !

Le sourire jusqu'aux oreilles, il me fit signe de me mettre à l’œuvre. Mais la connaissance de la théorie n'était souvent pas suffisante pour maîtriser la pratique. Ainsi, j'eus beau mettre mes préjugés de côté et me concentrer du plus sincèrement que je pus, le résultat fut vain.

- Non, pas comme ça ! lança-t-il comme un père fatigué de tenter d'apprendre à son fils comment conduire. Ce n'est pas de la concentration qu'il faut, mais juste un désir ! Observe et retiens, amateur ! Il s'ébroua dans un bruit indéfinissable et ajouta d'une voix capricieuse : J'ai envie d'aller aux toilettes...

Aussitôt une cuvette parfaitement propre et brillante surgit du sol, me faisant sursauter. À la vue de ces toilettes qui se tenaient là, immobiles et attendant simplement d'être utilisés, je clignais plusieurs fois des yeux. Incrédule, je tournai un regard médusé vers l'individu, qui ne comprit pas pourquoi je le fixais ainsi.

- Ben quoi ? fit-il, ne doutant absolument de rien. Quand j'ai besoin, je sors et j'en fais toujours apparaître, parce que tu sais ce qu'on dit... Qui vit dans une grotte se démerde pour les chiottes !

Il rit à gorge déployée de sa blague, pendant que je restais muet. Lorsqu'une douleur exponentielle s'empara de mon crâne, je compris que je n'allais pas être capable de rester beaucoup plus longtemps en compagnie de ce personnage. Il savait certes comment fonctionnait ce monde saugrenu, mais le supporter était au-dessus de mes forces.

- Je voudrais juste m'asseoir et me reposer... murmurai-je en me massant la tempe.

Je n'avais pas même terminé ma phrase qu'un banc se dressa à quelques pas de moi. Il était fait d'un bois foncé et brut, tout comme les arbres qui peuplaient la forêt environnante. La bouche béante, je m'en approchai et l'effleurai du doigt, afin de m'assurer qu'il ne s'agissait pas d'une illusion due à un quelconque éreintement du cerveau. L'homme de la caverne – car tel était le surnom qui lui convenait – me suivit des yeux, souriant face à cette réussite involontaire. Ignorant son regard, je m'affalai lourdement sur le banc, et lâchai un soupir de soulagement. Mais ce soulagement fut de courte durée.

- Bien joué, mon gars ! s'exclama-t-il en frappant mon épaule d'une façon bien trop amicale à mon goût. Tu vois, c'était pas si compliqué ! Maintenant que t'as pigé le truc, j'ai une petite série de défis à te faire passer... ça va être intéressant, fais-moi confiance !
- Je voudrais que tu n'existes pas, déclarai-je d'une traite sans même lui laisser le temps d'en dire plus.

Pour mon plus profond désespoir, rien ne se passa. Après tout, il n'était possible de modifier que l'espace, ce n'était donc pas une surprise.

- Et comment aurais-tu appris l'existence de cette quatrième dimension, si je n'existais pas ? dit-il sur un ton snob. Paradoxe dimensionnel, imbécile ! Si tu crois que tu peux échapper à mes épreuves, tu rêves !

Je fermai les paupières et soupirai d'un air résigné. À ce moment, j'aurais vraiment aimé être en train de rêver. Dussé-je me trouver coincé dans le plus horrible des cauchemars, il n'aurait certainement pas été pire que celui-là...

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MessageSujet: Re: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Lun 16 Fév - 10:22

L'homme de la caverne ne semblait pas enclin à m'épargner. Son épais sourire transmettait un message très précis : il savait pertinemment que ces soi-disantes épreuves m'ennuyaient profondément, mais n'avait pas l'air de s'en soucier. Il ressemblait à un enfant dont la simplicité d'esprit n'envisageait pas qu'une activité lui apparaissant comme hilarante pouvait ne pas l'être pour autrui. Son antipathie était plus grande encore que celle que certains devaient probablement m'attribuer, en voyant mon teint incolore et mes traits aux apparences impassibles. Oui, il était un enfant ridiculement coincé dans un corps d'adulte.
Toutefois, il ne possédait pas non plus tous les défauts de la planète. Bien qu'égoïste et parfaitement indiscret, il avait une âme insouciante, et nul n'aurait une seconde douté de sa sincérité. En fait, il n'était pas quelqu'un de mauvais. Ou s'il l'était, il jouissait alors d'un exceptionnel talent d'acteur. C'est pourquoi je me décidai à jouer le jeu lorsqu'il expliqua ce qu'il voulait me faire faire.

- Bon, c'est très simple... déclara-t-il sur un ton plein d'excitation. On va faire la course. Le premier qui arrive là-haut gagne.

Son doigt était pointé vers le sommet de la falaise, qui était à peine visible. À vue de nez, cette destination se trouvait à une hauteur comprise entre cinquante et soixante mètres, ce qui était plutôt conséquent. Mais je me dis que les possibilités qu'offrait ce monde, si je réussissais à les utiliser intelligemment, allaient pouvoir m'aider à l'atteindre.
Sans m'attendre, l'autre effectua un bond athlétique, la main tendue vers le ciel. Là où il s'apprêtait à planter ses doigts, la roche s'enfonça soudain, l'autorisant à y prendre une prise solide afin de s'élancer à nouveau. Ainsi, en créant des creux dans la surface de pierre, il se mit à escalader la façade à un rythme effréné. Pour lui permettre de grimper à une telle vitesse, sa force brute devait être assez impressionnante. Mais je n'avais pas le temps de m'extasier. Je me dirigeai donc pour ma part vers un arbre. Je me pendis à l'une de ses branches et activai la faculté de la quatrième dimension sans m'encombrer de réflexion. Le tronc se mit alors à pousser, m'entraînant dans les airs. Je dépassai rapidement mon concurrent, qui accéléra encore sa montée en me voyant le devancer. Pour pallier à cela, je fis apparaître d'autres branches au-dessus de ma tête tout en continuant à m'envoler. Comme elles s'étiraient sur le côté, je n'eus qu'à sauter de l'une à l'autre pour me rapprocher du but – ce qui nécessita néanmoins toutes mes compétences sportives. Finalement, le résultat fut serré mais je parvins sur le pic de la falaise avec quelques secondes d'avance.
À ma suite, l'individu se hissa sur la crête, l'expression teintée d'une large déception.

- Mouais... t'as eu de la chance, grogna-t-il. J'ai pas voulu y aller à fond pour le début...

J'esquissai un sourire ironique. Cette mauvaise foi collait parfaitement à son image d'enfant immature. Par ailleurs, je commençais moi aussi à prendre un réel plaisir à participer à cette pseudo-compétition, m'abandonnant également à l'insouciance infantile. Il faut dire que le cadre avait de quoi faire oublier ses problèmes et ses responsabilités. Depuis le point culminant où nous nous trouvions, l'île était visible dans toute sa splendide entièreté. De la dense végétation aux espaces maritimes, les couleurs qui s'y mêlaient offraient un tableau éblouissant, rehaussé par une fraîcheur enivrante. Et dans le ciel, les nuages planant gracieusement au-dessus des arbres étaient des voiles de coton immaculé. Nous nous délectâmes de cette contemplation durant quelques instants, plongés dans la beauté sauvage du paysage et humant son air forestier.
Puis, l'homme qui était en ma compagnie entreprit de lancer son second défi.

- Maintenant, c'est au premier qui plongera dans cet étang. Il indiqua d'un geste une étendue d'eau cachée derrière des chapeaux de végétaux, une centaine de mètres plus loin. Et cette fois, je vais pas y aller de main morte, crois-moi !
- Cette eau n'est pas croupie, j'espère ? demandai-je, soupçonneux.

Il éclata d'un rire gras et me donna un coup dans le dos qui me fit presque perdre l'équilibre.

- Tu réfléchis trop, mon gars ! Ça pourrait te jouer des tours...

Il me poussa soudain en arrière et sauta dans le vide.

- Comme te mettre en retard, par exemple !!

Le temps que je me relève, il avait en effet pris une avance non négligeable sur moi. Déjà parvenu en bas de la falaise, il avait amorti sa chute en transformant des feuilles en une sorte de parapente. Et il s'était aussitôt élancé à travers les arbres, slalomant avec une incroyable dextérité entre les obstacles. J'optai pour une plaque de pierre sur lequel je me tins debout, avant de lui donner une puissante impulsion en avant. L'effet d'inertie me fit avancer d'une bonne cinquantaine de mètres, mais la gravité eut tôt fait d'attirer jusqu'à elle mon tapis volant de fortune. Au moment où il allait se briser au sol, je sautai et atterrit sans dommage. Cette manœuvre m'avait permis de reprendre le dessus sur mon opposant.
Soudainement, ce dernier vint me contredire en me doublant à une vitesse folle. Il faisait couler la terre comme de la boue, afin de courir plus vite encore. En le voyant passer, je ne réfléchis pas une seconde et me mis également à foncer. Mais je ne pouvais le rattraper sans user d'une stratégie, tant sa technique était efficace. Plutôt que de trouver une idée pour accélérer mon allure, je décidai alors de ralentir la sienne. Je fis se rassembler tous les fragments de roche, de terre et de minéraux qui se trouvaient dans un proche périmètre afin de former un mur que je plaçai sur sa trajectoire. Il parut surpris, mais effectua quelques mouvements que je ne pus distinguer jusqu'à ce que, dans un éclair de lumière, la paroi fut réduite en cendres. Je ne savais absolument pas de quel pouvoir il avait usé pour détruire ainsi la façade, mais ne m’appesantis pas sur ce problème. Il ne restait plus qu'une dizaine de mètres à parcourir avant d'atteindre l'étang, je devais donc agir vite si je voulais l'empêcher de s'y baigner le premier.

- Les obstacles qu'il peut voir sont inefficaces... il faut donc que j'agisse discrètement ...!

Cette pensée avait été instantanée dans mon esprit. Sans un brin de cogitation inutile, je fis s'étendre la racine d'un arbre au sein même du sol. Tout en visualisant sa position sous la terre, je la fis zigzaguer silencieusement jusqu'à ce qu'elle soit à portée de mon concurrent. Là, elle jaillit sans crier gare et vint s'enrouler autour de sa cheville, le faisant sans détour trébucher. Il s'étala, impuissant, alors que je lui passai devant en affichant une mine triomphante. Je débouchai finalement sur l'étroite clairière au milieu de laquelle se déployait le petit lac. Son eau était claire et sa surface brillante, je n'hésitai donc pas et y plongeai la tête la première.
Mais avant que je ne pénètre à l'intérieur, le liquide se figea tout à coup et devint une épaisse glace. Ne pouvant pas revenir sur mes pas, je m'écrasai pathétiquement sur la couche de givre et glissai sur quelques mètres, immobile. Le petit malin, qui venait de se libérer de la racine, repartit dans un fou rire en me pointant du doigt, gisant sur la surface glacée. La douleur criait dans tout mon corps, mais plus grande encore était la honte de m'avoir fait ainsi piéger.

- Œil pour œil, dent pour dent ! Il jubilait, fier d'avoir réussi à m'enlever in extremis la victoire. Tu pensais quand même pas que j'allais te laisser gagner deux fois de suite ??

Je me relevai péniblement, ignorant ses moqueries. Sur la glace, j'eus beaucoup de mal à conserver mon équilibre et dus user de mouvements désorganisés pour ne pas tomber. Je finis néanmoins par atteindre la terre ferme, sous les yeux amusés de l'individu qui ne se lassait pas de me charrier.
À cet instant, la quiétude de la forêt était plus absolue encore qu'auparavant. Même le doux chant du vent et des oiseaux s'était tu, ne laissant place qu'à un silence des plus impénétrables. Une pause stoppa le temps, qui déjà s'écoulait d'une manière inhabituelle. Ce fut comme si l'île toute entière, dotée d'un cœur propre et de poumons, s'était arrêtée de respirer. Une halte dans la continuité, ou une fixité dans le mouvement.

Une transition.

L'esprit complètement ankylosé par cet événement à tendance métaphysique, un son soudain me fit lever la tête. À nouveau, une fine brindille était posée au sol, coupée à la base d'un buisson. Mais elle ne comportait aucune trace de violence, comme si on l'avait arrachée avec toute la précaution de l'univers. Au-dessus d'elle se tenait une forme, droite et immuable. Il s'agissait d'un personnage, subitement apparu à l'instant même où la terre avait fissuré le temps. Un personnage dont le nom fut immédiatement souligné dans ma mémoire.
Mes souvenirs, mes désirs et mes objectifs étaient tous emplis de cette personne.
Je ne pouvais oublier son visage, car il faisait partie de ma famille proche.
Et indépendamment de ma volonté, mes lèvres révélèrent alors son identité.

- Mon... mon frère ...?

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Ulquiorra Schieffer

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MessageSujet: Re: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Jeu 19 Fév - 10:53

Je n'en croyais pas mes yeux. Mon fraternel, mon petit frère... Celui pour qui j'étais parti vers le large, celui qui devait encore nager dans les profondeurs du coma... Il se trouvait juste devant moi. Comment cela pouvait-il être ? S'agissait-il d'une nouvelle étrangeté de ce monde, qui aurait modifié son état ? Qu'en importe la raison, il était indubitable qu'il se tenait sous mes yeux, en ce moment même. L'éclat à la fois terne et rayonnant que j'apercevais dans ses pupilles n'y laissait aucun doute.
En mesurant mes mouvements, je m'approchai alors de lui. Lentement, je tendis une main tremblotante et incertaine vers lui, comme pour tenter de toucher sa silhouette alors qu'il se trouvait à plusieurs mètres de distance.

- Mon frère... est-ce toi qui m'as suivi dès que je suis arrivé sur cette île ...? fis-je, avant de glisser vers une autre question qui me tracassait bien plus. Mais surtout, que fais-tu ici ? Comment va ta maladie ?

Son expression ne changea pas d'un pouce, et il ne répondit rien. Mais, ne me préoccupant pas de ce silence, je continuai de m'approcher petit à petit de lui.

- C'est pour toi que j'ai pris la mer... Pour toi que je suis devenu pirate... Et j'ai déjà vécu quelques aventures intéressantes, veux-tu les entendre ?

Toujours sans réagir d'aucune façon à mes paroles, il effectua alors un pas sur le côté. Ce mouvement ne produisit absolument aucun bruit, malgré les tas de feuilles sur lesquels il avait marché. Et ce décalage permit à une autre forme de se dévoiler. Cette dernière avança un gros pied qui écrasa cruellement, et dans un son de cassage sourd, le buisson. L'individu qui venait d'entrer en scène amena son autre jambe au niveau de la première sans plus de ménagement, et montra son visage au grand jour. À sa vue je me figeai, et fronçai les sourcils. Ces traits étaient les derniers que je désirais voir, car ils m'étaient tout aussi insupportables que la voix émanant de la bouche qu'ils formaient.
Celui qui se dressait aux côtés de mon frère, un sourire vil aux lèvres, était Kuroboe.

- Que fais-tu là, espèce d'enflure ?? m'emportai-je. Pourquoi es-tu accompagné de mon frère ??

Je ne réfléchis pas et bondis droit sur lui. Sans me tourner le dos, il partit alors sur le côté, entraînant mon frère dans son déplacement. Je tentai une nouvelle fois de lui sauter dessus, mais il m'esquiva avec autant d'aisance. Essoufflé à cause de mon empressement plus qu'à cause de la fatigue, je le regardai d'un œil mauvais. Son expression était étrangement fixe, et j'avais l'impression qu'il s'affairait à toujours garder un écart de plusieurs mètres avec moi. Cette attitude paraissait louche.
L'homme de la caverne se rapprocha alors de moi et posa une main sur mon épaule. Il me fit signe de me calmer et se racla ensuite la gorge.

- Il y a quelque chose que je ne t'ai pas dit sur les spécificités de ce monde.
- Cela peut attendre, j'ai pour le moment quelques comptes à régler... rétorquai-je en retirant sa main de mon épaule.
- Non, écoute-moi, insista-t-il en me retenant. Connais-tu la façon dont la physique relativiste interprète la quatrième dimension ?

Je me tournai vers lui, le regard plutôt furieux. Ma colère avait causé le retour de mon agacement, ainsi que de mon acidité orale.

- Je n'étais même pas au courant qu'elle existait avant aujourd'hui, répliquai-je sans prendre de pincettes, et tu es assez idiot pour me poser une telle question ?
- Tu ne la connais donc pas... traduisit-il en soupirant. Eh bien je vais te le dire. Pour certains scientifiques, la quatrième dimension n'est autre que le temps lui-même.

Je lui jetai un regard interrogateur pour remplacer les questions qui s'imposaient.

- Les détails du raisonnement sont légèrement compliqués, reprit-il, mais l'idée est que le temps et l'espace s'y mélangent, si bien que l'un exerce une influence constante sur l'autre. L'hypothèse est tirée par les cheveux, mais elle a cependant le mérite d'expliquer un phénomène qu'on observe occasionnellement dans ce monde. Et ce phénomène... Il porta son attention sur mes deux connaissances qui étaient apparues de nulle part. C'est celui auquel tu es en train d'assister.
- Que... que veux-tu dire ? bégayai-je en observant brièvement mon frère et Kuroboe, toujours immobiles tels des pantins.
- Il arrive parfois, et tu n'es pas le premier, que les gens rencontrent leurs proches alors qu'ils devraient se trouver à des lieues de distance. En vérité, ce ne sont que des entités qui se matérialisent à partir de l'esprit de la personne et de sa ligne temporelle.

Sentant un certain mal de crâne remonter à cause de ces explications, je posai ma tête dans ma paume pour me concentrer. Mais ce qu'il racontait demeurait flou, malgré mes efforts.

- Bon ok ! fit-il en constatant mes difficultés. Ce qui est important, c'est que si tu aperçois des gens que tu connais ici, il s'agira probablement de représentations mentales. Ils ne seront donc pas réels. Si tu peux distinctement voir leur visage, comme ceux qui sont actuellement en face de toi, cela signifie qu'ils appartiennent à ton présent. Si en revanche ils apparaissent sous forme de squelette, c'est qu'ils appartiennent à ton passé ; et s'ils ne sont qu'une silhouette noire, c'est qu'ils appartiennent à ton futur. C'est clair, ça ?
- Plus ou moins... Mais dans quel but sont-ils là ?
- Ça, c'est le grand mystère. Personne ne sait vraiment pourquoi ils apparaissent, d'autant plus qu'ils ne communiquent pas et qu'ils font toujours en sorte qu'on n'entre pas en contact avec eux...

C'était donc pour cela qu'ils gardaient leurs distances. Dans tous les cas, le fait que ces deux personnages fassent partie de mon présent ne m'étonnait pas. Mon frère était la raison pour laquelle je parcourais les mers, et je ne vivais que dans le but de rentrer un jour pour lui raconter mes aventures. Quant à Kuroboe, les événements récents le rendaient plus que jamais prépondérant dans mon actualité, bien que ce soit d'une manière assez indésirable. Cela était tout de même étrange de les voir ainsi, devant moi, m'observant de leurs orbites fixes. Quel message – si message il y avait – désiraient-ils donc me transmettre ?
Comme si cela ne suffisait pas, un troisième individu fit son entrée derrière eux. Son apparence était bien moins propre que les deux autres. En effet, il n'était qu'un tas d'os recouvert de part et d'autres de morceaux de chair. Il avait une touffe de cheveux blancs et lisses sur la tête, et ses joues creuses étaient ornées du plus long sourire qu'il m'avait été donné de voir. Honnêtement, il n'était pas très beau à regarder, car il ressemblait à un mort vivant fraîchement sorti de sa tombe. De plus, les traits de son visage, qui était en fait la partie de son corps la mieux conservée, ne forçaient pas la confiance. Ils possédaient une certaine fourberie, une certaine tromperie. Comme un animal sournois. Comme un serpent.

- Et ça, qu'est-ce que c'est ? lançai-je à l'attention de l'homme de la caverne.
- Mi-humain mi-squelette, je n'en ai encore jamais entendu parler... murmura-t-il, apparemment fasciné. Pour s'en tenir aux interprétations des entités temporelles, il s'agit sûrement de quelqu'un appartenant à ton présent et qui glisse vers ton passé. Ou peut-être, quelqu'un de ton passé qui revient dans ton présent ...?

Le nouveau-venu stoppa ses pas au niveau des deux autres entités. Toutes les trois se regardèrent, comme pour vérifier si elles étaient au complet, et redirigèrent leur regard sur moi. Je ressentis alors un léger picotement dans ma poitrine. Le trou qui y était creusé commença à brûler sans douleur, puis cette sensation se propagea dans le reste de mon corps. J'avais l'impression d'être en train de subir un changement, un renouvellement. Mais je ne pouvais déterminer s'il s'agissait de quelque chose de bon ou de mauvais.

Je savais juste que quelque chose se produisait en moi.

Soudain, les pupilles invisibles cessèrent leur pression et l'indéchiffrable émotion que j'éprouvais se dissipa aussitôt. J'observai mes mains, palpai mon visage. Rien n'avait changé. Du moins, pas à l'extérieur. À l'intérieur, cependant, une nouvelle énergie s'écoulait, comme si mon sang avait été filtré. Cette modification était infime, et j'avais conscience que je n'allais sans doute pas en connaître les conséquences, ni même la véritable nature, avant un bon moment. Mais elle était survenue. Et le fait qu'à la fois mon frère, Kuroboe et l'inconnu – ou plutôt leurs représentations respectives – avaient disparu était la preuve que leur tâche avait été accomplie.

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MessageSujet: Re: Un instant atemporel dans un monde en quatre dimensions   Lun 23 Fév - 12:12

- Bon ! C'est pas que je m'emmerde avec toi, mais j'ai un quota de sommeil à respecter ! Est-ce que t'as encore des trucs à me demander avant que je me taille ?

Je ne m'étais pas tout à fait remis de l'étrange sentiment qui m'avait envahi quelques minutes auparavant, aussi mes oreilles entendirent son interrogation mais mon cerveau ne la traita pas.

- Hey ! cria-t-il en plaçant ses mains en porte-voix. Plus de question ??

Je me tournai vers lui, ayant enfin recouvré ma cognition. Ma foi... ce monde, qui possédait une quatrième dimension, était un lieu où l'espace était modulable à l'infini ; et où apparaissaient à intervalles irréguliers des entités qualifiées de temporelles, qui avaient la forme de visages connus. Des explications m'avaient certes été données à ces propos, mais elles ne faisaient que poser plus de problèmes techniques.

- Non, c'est bon, déclarai-je pourtant en contredisant toutes mes pensées.
- D'accord, dans ce cas moi j'en ai une pour toi. Depuis combien de temps te trouves-tu sur cette île ?

Je réfléchis une seconde pour répondre. À vrai dire, je ne me souvenais que du grand arbre au pied duquel je m'étais éveillé avant de partir en vadrouille. Mais les événements qui m'avaient amené jusque là demeuraient introuvables dans ma mémoire.

- Aussi loin que je m'en rappelle, environ une heure... estimai-je.
- Je vois. Donc le processus ne va pas tarder à se mettre en route. Tu vas retourner là d'où tu viens, t'es heureux ?
- Euh... Je n'avais strictement aucune idée de ce qu'il racontait. Le... processus ...?

L'individu fronça les sourcils, et lança une interjection étonnée : « ben oui ! ». En s'apercevant que je ne comprenais sincèrement pas à quoi il faisait allusion, il plaqua sa paume contre son front et secoua la tête comme s'il s'agissait d'une infamie.

- T'es vraiment sérieux, mon gars ?? s'exclama-t-il, véritablement choqué par l'inculture dont je faisais apparemment preuve. Tu ne sais pas comment tu es passé de ton monde jusqu'au mien, alors ?
- Je ne savais même pas que je n'étais plus dans le même monde avant que tu me le balances à la figure ! rétorquai-je en perdant à nouveau de mon sang-froid.
- Ben tu vois, ç'aurait pu être pas mal de le dire quand je t'ai demandé si t'avais encore des questions ! Bref, ouvre des écoutilles une dernière fois... Il y a différents moyens de passer d'un monde à l'autre selon l'endroit où l'on se trouve. En ce qui concerne Sleepy Tree, le secret réside à l'intérieur de son immense arbre.

Il pointa du doigt le feuillage gigantesque dont la cime surplombait le reste de la forêt. C'était en effet là-bas que j'avais ouvert les yeux. Au fond, le fait qu'un arbre à ce point majestueux puisse posséder des pouvoirs surnaturels ne m'étonnait pas plus que cela. Je n'étais plus à ça près...

- Plus précisément, c'est sa sève qui permet le basculement entre les mondes. Ses propriétés sont très particulières, et d'ailleurs majoritairement inconnues. Donc voilà, t'avais peut-être la dalle et t'as dû en avaler un peu. C'est ça qui t'a fait atterrir ici !
- D'accord je comprends, fis-je en haussant les épaules. Je préférai accepter directement ce qu'il me disait car j'étais profondément fatigué de chercher la logique dans toutes ces explications. Ainsi, le processus qui va me ramener dans mon monde est certainement la digestion ? Une fois que la sève dans mon corps se sera dissipée, sa magie disparaîtra et son effet sera annulé ?
- Tu m'impressionnes, mon gars ! Il me gratifia d'un pouce levé. Tu vois que t'es plus perspicace quand tu réfléchis pas cent ans ! Bon, le terme ''magie'' est peut-être un peu fantaisiste, mais c'est l'idée donc je ne t'en tiens pas rigueur.
- Trop aimable... ironisai-je.
- La nature va donc faire son boulot et te ramener chez toi, mon gars ! Mais avant qu'on se quitte, je vais te donner ça...

Il leva les mains en l'air et rassembla des débris de verre autour d'un liquide visqueux, qui s'était extirpé du tronc de l'arbre central. Les morceaux de verre se rassemblèrent et se soudèrent autour de la substance, créant un petit pot parfaitement solide. Il me le tendit ensuite, me priant de ne pas prendre en compte l'aspect quelque peu ragoûtant de la sève qui l'emplissait.

- Si jamais t'as envie de revenir me voir pour t'amuser à modeler l'univers, t'auras qu'à ingurgiter une bouchée de ça ! Et t'auras une heure de bonus !

Je m'inclinai poliment en saisissant le cadeau, puis ouvris la bouche en voyant qu'il était en train de s'éloigner :

- Attends un instant ! Quel est ton nom ?

L'homme de la caverne s'arrêta et se retourna. Il semblait presque déçu que je lui pose cette question.

- Isshû, répondit-il.
- Et moi, c'est Ulquiorra, affirmai-je au cas où il désirait le savoir également.
- Je sais. Et tu es le quatrième Espada.
- Hein ??! m'écriai-je en tombant des nues. Mais... comment es-tu au courant ??
- Qu'est-ce que tu crois ? rit-il en tirant la langue. J'ai lu Bleach !

Cette réplique ressemblait à s'y méprendre à une sorte de private joke. Je ne savais pas à qui elle était destinée, mais cela ne changeait rien car je ne pouvais de toute façon pas la comprendre. C'est pourquoi je ne perdis pas mon temps à essayer. Après ces mots, Isshû leva le poignet vers le ciel en signe d'adieu. Ou plutôt, en signe d'au-revoir. Il se fondit dans la couleur de la jungle et sa silhouette s'effaça rapidement au sein des plantes abondantes.
De nouveau seul pour les derniers instants qui me restaient dans ce monde si différent du mien, je me mis à marcher à l'aveuglette. Profitant de la senteur exquise de la rosée humide, et jouissant de la quiétude absolue de l'absence des hommes. Je croisai une autre horloge, construite en roche massive cette fois. Je ne lui adressai qu'un bref regard avant de m'en détourner. Dix-huit heures moins cinq.
J'étais ici depuis pile une heure, sans que nulle précision ne puisse être plus catégorique.
Et en même temps, j'avais moi-même artificiellement modifié l'heure lors de mon arrivée.
Oui, la vérité était que j'étais parvenu ici à dix-huit heures moins cinq, et que le temps s'était alors figé. Ces soixante minutes durant lesquelles les événements m'avaient dépassé s'étaient écoulées en-dehors du temps. Comme un instant, séparé de ses semblables. Un instant intemporel.

L'aiguille émit soudain une détonation sèche en avançant d'un cran.
Dix-huit heures moins quatre.

***

Je fus projeté à terre par une force invisible. Cette chute me fit à peine cligner des paupières, et le paysage changea aussi rapidement que ce clignement. Je me dressai et observai autour de moi. Je ne me trouvais plus au milieu d'une dense forêt, mais au détour d'un chemin de terre où seuls quelques petits arbres étaient posés. Pour tester si la quatrième dimension était toujours active, je me mis à les imaginer flottant dans les airs. Leur bois resta de marbre et ils ne bougèrent pas d'un millimètre, ce qui me prouva que j'étais enfin de retour dans le monde que je connaissais. Cela était déjà un soulagement, néanmoins un léger problème demeurait.
L'environnement ne ressemblait en rien à celui de Sleepy Tree, l'île sur laquelle j'aurais pourtant dû apparaître. Était-il possible qu'en retraversant le tissu des dimensions, j'aie atterri à un autre endroit ? Cela paraissait bel et bien être le cas. En y songeant quelques secondes, je me dis qu'il aurait peut-être fallu que je me rende à l'arbre majeur de l'île, car là se trouvait le ''portail'' que j'avais emprunté à l'aller.

- Fort heureusement, Isshû m'a laissé un pot de sève. En repassant par l'autre monde, je devrais pouvoir faire en sorte de revenir à Sleepy Tree.

Il était en effet indispensable que je retourne sur cet îlot, car mon navire s'y trouvait. De plus, rien ne m'indiquait que ce nouveau lieu inattendu était à North Blue. Dans la pire des éventualités, j'avais pu être aléatoirement envoyé à South Blue, auquel cas faire tout le chemin jusqu'à North sans embarcation allait être extrêmement délicat.
Pour ces raisons, j'attrapai le pot offert par l'homme de la caverne. Même lui n'aurait certainement pas cru que j'allais m'en servir si tôt, mais son utilisation s'imposait. Car je pouvais être n'importe où. Au moment où j'étais en train d'ouvrir mon bouchon pour plonger mon doigt dans la substance, mes muscles stoppèrent leur mouvement. Je pouvais être n'importe où... Jetant à nouveau un œil aux alentours, j'hésitai alors. Après tout, pourquoi être si pressé ? Le temps que j'effectue une visite de l'île et que je prenne au moins conscience de ma position, le récipient n'allait pas s'envoler.
La curiosité prenant le dessus sur le pragmatisme, je refermai alors le pot et m'en allai à la découverte des lieux.


Dans ce monde si particulier, Ulquiorra a fait des rencontres tout aussi particulières ! Et quelle est cette île mystère sur laquelle il vient d'apparaître ?
La réponse se trouve dans le lien suivant :
De longs pieds, un grand coeur, et une impression de déjà-vu dans l'air...

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