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 Pourquoi pardonner quand on peut se venger

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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Sam 1 Oct - 15:16

Le capitaine semblait avoir mis sur pied un plan plutôt bien ficelé. Comme promis, il passa me chercher un début de soirée et je quittai Éphrénia, remerciant une dernière fois ma complice. C'était une femme charmante et il me semblait que nous nous étions plutôt bien entendues. J'espérais ainsi ne pas avoir attiré ses soupçons, et je comptais sur le fait que le plan du capitaine ne prévoyait pas qu'il s'attarde ici pour qu'elle n'ait pas l'occasion de lui révéler ma véritable nature.

- N'hésite pas à venir me rendre visite lorsque tu en aura l'occasion !, me lança-t-elle avec un grand sourire.

Elle me serra dans ses bras, puis s'écarta et m'ouvrit la porte. Alors que je franchissais le seuil, j'étais déjà plongée dans mon rôle. Le carrosse avait fière allure, ainsi que les hommes qui se tenaient assis à l'avant. Je fus surprise par la transformation de la mouche, qui me rappela cependant bien vite qu'il était toujours le même en me sifflant. Le deuxième homme m'était inconnu, il s'agissait sans doute d'un mercenaire que le capitaine avait engagé pour un rôle mineur. Crevette sortit de la voiture, m'offrant galamment sa main pour m'aider à monter.

Le trajet jusqu'au manoir de Blugorn se déroula sans accroc. À peine eus-je à repousser la main du capitaine, curieux de ma ''fausse'' poitrine. Dire que le pot au rose aurait pu être découvert pour si peu ! J'eus un coup de chaud, mais heureusement après cet incident il ne sembla plus payer trop d'attention à cela et je me détendis de nouveau. À vrai dire, la compagnie de Crevette était plutôt agréable. Je n'avais guère l'habitude de recevoir tant de compliments, mais il me semblait que je pourrais m'y faire.

Nous pénétrâmes bientôt sur le domaine de Buglorn, dont la richesse semblait exposée aux yeux des visiteurs comme pour mieux les narguer. Je l'ignorai : pour moi, l'homme semblait seulement se démener pour manifester son importance, mais il était encore loin d'égaler les merveilles du palais du roi de la terre. Un majordome en costume gris sombre nous salua poliment et nous conduisit à travers la demeure jusqu'à la salle de bal. Peu à peu, la musique parvint à mes oreilles et j'esquissai un sourire. Tout se déroulait à merveille.

- Qui dois-je annoncer ?, demanda un homme posté près de la porte.
- Sire Dimitri van Lester et sa fiancée Séréna, comtesse de Lanbrosie., indiqua Crevette.

Je fronçai les sourcils.

- Que faites-vous ?, chuchotai-je. Qu'est-il arrivé à Dimitri ?
- Rien de bien grave, très chère., me répondit-il sur le même ton. Il s'est endormi. Il supporte très mal la boisson. Pourquoi vous inquiéter ? Vous avez des sentiments pour lui ?

Je gardai le silence, en effet inquiète mais également vexée. Que s'était-il passé pendant que j'étais chez Éphrénia ? Dimitri était un grand garçon, je n'avais pas à me soucier de lui, mais pourquoi donc le capitaine avait-il choisi précisément son identité ? Parmi celles de tous les gentilshommes de la ville, pourquoi lui ? Son histoire d'alcool me semblait peu probable. Je ne devais pas oublier que, malgré ses manières, Crevette restait un pirate. Soudainement, notre plan me sembla un peu moins sûr. Je ne laissai cependant pas mes doutes s'afficher sur mon visage et me remis à sourire alors que nous avancions dans la salle, accompagnés de l'annonce haute et forte de nos noms d'emprunt. Je pourrai interroger de nouveau le capitaine après la fête. Bientôt, de nombreux regards se braquèrent sur nous, nous jugeant et nous évaluant, semblant chercher nos points faibles. J'eus l'impression d'avoir pris pied sur un tatami et de faire face à une multitude d'adversaires. Mais je connaissais l'art du combat : ne pas montrer ses peurs et ses hésitations, faire croire en de fausses faiblesses. Le capitaine me désigna discrètement notre cible des yeux et nous avançâmes lentement vers lui, nous frayant un passage au milieu des invités en les saluant et en échangeant quelques mots avec chacun. Puis nous fîmes face au monstre qui avait orchestré la mort du père de Crevette. Je cherchai en lui quelque trace de férocité ou de sournoiserie mais ne trouvai qu'une suffisance étouffante. À le voir ainsi, l'homme ne semblait pas être d'un grand danger. Je ne devrai pas avoir trop de difficulté à suivre le plan et à lui faire avaler le sédatif que m'avait fourni le capitaine. Celui-ci m'introduisit à cet instant auprès de notre hôte et je tendis timidement ma main.

- Quelle est donc cette île où vivent de si belles créatures ?, s'enquit Buglorn en effectuant un baisemain.
- Il s'agit du royaume de Navarel, une petite nation bien à l'ouest d'ici., répondis-je avec un petit rire flatté. Vous n'en avez sans doute pas entendu parler, c'est un endroit tellement ennuyant. Quand j'ai su que Dimitri souhaitait se rendre à Luvneel, je n'ai pu résister à la tentation. Et cette soirée est merveilleuse !

Le terme de créature était tellement insultant !

- Il est de mon devoir de présenter ce qu'il y a de mieux à mes invités., se rengorgea-t-il. Puis-je vous offrir à boire ?

Il interpella un domestique qui passait avec un plateau et me tendit une coupe où se noyait une olive. Je le remerciai en saisissant délicatement le verre et il se remit à parler, vantant ses qualités et sa richesse d'un ton présomptueux. Pendant une dizaine de minutes, je restai à l'écouter, hypnotisée par le balancement de son double menton. Finalement lasse, je commençai à montrer mon intérêt pour les invités qui tourbillonnaient un peu plus loin.

- Puis-je vous offrir une danse ?, me proposa alors Buglorn.

J'acceptai avec un sourire cette proposition et lui tendis ma main, qu'il enserra dans sa grosse paume. Nous prîmes place parmi les autres danseurs et j'écoutai la musique avec attention. Les cours de Dimitri me revinrent rapidement en tête, mais dès les premiers pas, je faillis marcher sur le pied de mon cavalier. J'observai rapidement les couples passant à proximité et me calquai rapidement sur les pas des femmes, pestant contre Dimitri et ses leçons à la noix. Heureusement, Buglorn sembla prendre mes erreurs pour de la timidité à me trouver si près de lui. Peu à peu  ma danse devint plus assurée, et je n'eus bientôt plus de difficulté à éviter de marcher sur les pieds de l'homme, bien que ce ne fût pas l'envie qui m'en manqua compte tenu de sa main qui s'égarait sur mes fesses. La fin de cette musique fut une délivrance et je prétextai un besoin de me rafraîchir pour m'éloigner. Je me faufilai dans la foule, cherchant un endroit calme pour me reposer un instant. Je n'avais pas songé qu'il ferait si chaud dans cette salle, mais je me devais tout de même de rester active pendant la soirée, jusqu'à ce qu'il soit l'heure d'agir. Le plan du capitaine était parfait.

Du moins c'est ce que je songeais, jusqu'au moment où Rupert se présenta devant moi.

- River ! Quel plaisir de vous voir !, me salua-t-il d'une voix enjouée.
- Rupert !, répondis-je sur le même ton. Tout le plaisir est pour moi, voyons. C'est grâce à vous que j'ai pu venir à une fête aussi magnifique.

Je jetai un discret coup d'œil alentour, espérant que personne ne l'ait entendu m'appeler autrement que Séréna. Je me retrouvais piégée entre deux rôles, et cela était une situation qui allait vite devenir ingérable.

- Votre femme n'est pas là ?, m'inquiétai-je légèrement.
- Elle a retrouvé ses amies du côté des macarons., m'indiqua-t-il avec un mouvement de tête vers quelques tables disposées contre le mur. D'ailleurs en parlant d'amies, les vôtres ne sont pas là ?

Je songeai aussitôt à Crevette et la mouche, à la fois soulagée qu'ils ne soient pas là et me retenant de rire en imaginant de la réaction de Rupert s'il avait dû les rencontrer.

- Je crois que l'une est partie danser, et l'autre entretient une passionnante discussion avec un de ces jeunes aristocrates de la ville voisine.


A cette remarque, les sourcils de Rupert se froncèrent.

- Ne veulent-elles pas rencontrer celui qui leur a permis de venir ?
- Elles en meurent d'envie., répondis-je. Attendez donc, je vais les chercher.

Sans attendre, je plongeai une nouvelle fois dans la foule pour échapper à cette conversation qui risquait de compromettre ma couverture. Je fus tranquille pendant quelques instants, puis je remarquai que Rupert s'était lancé à ma poursuite, marchant à bon pas dans mon sillage. J'accélérai quelque peu, ne tenant pas à ce qu'il me rattrape. Je n'allais cependant pas pouvoir fuir ainsi éternellement. Courir au milieu d'une salle de bal ne serait certainement pas la meilleure solution pour passer inaperçue. Je me dirigeai alors vers les tables, cherchant des yeux les plateaux de macarons. Rupert ralentit puis s'arrêta, m'observant de loin avec un air contrarié. Bien, il semblait que la proximité de sa femme l'empêchait de venir me rejoindre. Néanmoins je ne savais à laquelle de ces femmes il était marié et cette planque n'était donc que provisoire. Je pris un macaron.

Quelques instants plus tard, alors que je cherchais où me dissimuler, la capitaine vint à ma rencontre et m'invita à danser. Je le suivis avec un tel soulagement que je me sentis ensuite coupable de me reposer tellement sur lui pour m'extirper de ce guêpier. Après quelques mesures, je me surpris à rire en enchaînant les pas sautillants de cette danse étrange. Pour la première fois de la soirée, je m'amusais.

Après cela, je pris soin de reprendre mon rôle avec plus de sérieux. Crevette avait d'autres choses à faire que me tenir compagnie, aussi il me restait à me réfugier sous la protection d'un homme que Rupert n'oserait pas déranger : Buglorn lui-même. Je pris une coupe de champagne dans chaque main et me dirigeai vers ma cible. Je le trouvai plongé dans une conversation orageuse avec l'un de ses invités sans doute, un homme aux cheveux grisonnants et au teint pâle. À mon approche, ils baissèrent la voix, me jetant un regard suspicieux.

- Je ne souhaitais pas vous interrompre., m'excusai-je. Je peux repartir si je vous dérange...
- Non non, il n'y a pas de problème, ma chère. Cette conversation est terminée., s'empressa de répondre Buglorn.

Il jeta un regard noir à l'homme, qui secoua la tête puis s'éloigna sans un mot.

- Oubliez ce froid individu. Comment peut-on manquer de saluer une telle beauté ?

J'esquissai un sourire, puis lui tendis la coupe. Nous trinquâmes à la réussite de sa soirée et à mon apparence de poupée. Les heures suivantes furent longues, extrêmement longues. Buglorn semblait vouloir passer le reste de la nuit à discuter avec chacun de ses invités, à qui il me présenta au fur et à mesure que le temps s'écoulait comme la fiancée d'un ami de son fils, puis comme une amie de son fils ayant fait fortune sur une île voisine, puis comme une potentielle partenaire commerciale.  Je fus soumise à de nombreuses questions. À quoi ressemblait Lanbrosie ? À une petite province de campagne, dans les collines, terre d'exception pour la culture des vignes. Comment avais-je fait fortune ? J'avais hérité le domaine de mon père, pauvre homme mort dans ma jeunesse et qui n'avait pas pu donner naissance à un fils, et avais changé sa culture de lavande par celle de vigne ; bien sûr, il m'avait fallu près de six ans pour obtenir les bénéfices de cet investissement, mais j'avais été patiente et le cru que je faisais maintenant produire était d'une qualité que tous mes voisins m'enviaient. Comment une si jeune fille avait-elle pu avoir cette idée ? J'étais accompagnée de brillants conseillers. Et les questions s'enchaînaient, une à une, en une litanie interminable qui se répétait à chaque nouvelle personne abordée. Le pire dans tout cela était que ce rapprochement imaginaire qu'inventait Buglorn s'accompagnait d'un rapprochement physique fort désagréable, que je dus soutenir avec le sourire. Néanmoins, je me félicitai de remplir mon rôle sans défaut. Le capitaine serait fier de moi.

Toute l'agitation qui régnait autour de moi finit cependant par me fatiguer. J'étais habituée à travailler dans le calme, pas dans un tel milieu. Buglorn remarqua l'un de mes bâillements et je m'excusai promptement. Je ne pouvais pas faire échouer le plan maintenant ! Il me suffisait de tenir encore un peu, jusqu'à ce que la fête se termine. Et ensuite...

- Vous m'avez l'air quelque peu étourdie, ma chère. Souhaitez-vous que nous nous retirions ?, me proposa l'homme. Ma chambre n'est pas bien loin si vous le désirez.
- Je ne voudrais pas abréger votre soirée., m'excusai-je maladroitement.
- Mais non, voyons ma chère. Je suis moi-même quelque peu las. Venez, je vais vous indiquer le chemin.

Il agrippa mon bras et nous nous dirigeâmes vers la porte. L'heure tardive et l'alcool aidant, peu de gens nous prêtèrent attention. J'entendis tout de même quelques rires moqueurs et soupirs désabusés, puis nous nous éclipsâmes. Buglorn avait bien évidemment menti sur la proximité de sa chambre, mais Crevette m'avait suffisamment expliqué la disposition des lieux pour que cela ne me surprenne pas. Nous montâmes au deuxième étage à l'extrémité opposée du bâtiment et parvinrent devant une porte aux ferrures dorées. À moins qu'il ne se soit réellement agi d'or. Quoi qu'il en soit, cela était d'un mauvais goût douteux. Buglorn lâcha enfin mon bras et ouvrit la porte, me faisant signe de passer la première. J'obéis comme la gentille petite comtesse que j'étais alors qu'il allumait la lumière. Étonnamment, l'intérieur de la pièce était plus harmonieux que ne l'était le reste de la demeure. Fastueux, toujours, mais loin de cet étalage grossier de richesse qui primait ailleurs. Le cliquetis qui résonna dans mon dos me fit sursauter et je me retournai juste à temps pour voir Buglorn tourner une petite clé dans la serrure.

- Ainsi nous ne serons pas dérangés., me susurra-t-il.

Je souris difficilement. L'attitude de l'homme devenait inquiétante. Il allait me falloir agir sans plus tarder ou j'en ferais des cauchemars pendant longtemps. J'embrassai la pièce du regard, cherchant quelque part une bouteille, au moins en partie pleine, et un verre. C'était là les seuls accessoires qu'il me manquait pour lui administrer discrètement le sédatif. Il devait y en avoir quelque part. Il fallait qu'il y en ait.

Il n'y en avait pas.

- Quelque chose vous chagrine, ma tendre ?, m'interrogea Buglorn.

Je me retournai, découvrant que l'homme s'était déjà presque entièrement dénudé. Comme une enfant, je cachai mes yeux derrière mes mains. Oh bon sang, je me serais bien passée d'une telle scène !

- Voyons, voyons, ne soyez pas si timide !, s'amusa-t-il. Nous allons passer un bon moment vous verrez.

S'il comptait m'amadouer ainsi, il se trompait. Ses propos ne sonnaient pas autrement que menaçants. Je reculai mais il se rapprocha de moi. Les arceaux de ma jupe finirent par buter contre un meuble et je paniquai légèrement. Avant d'avoir pu réfléchir, je glissai une jambe en avant et lui assénai un puissant coup de poing dans l'estomac. Mon attaque fut en partie absorbée par le gras de l'homme, qui agit comme une couche protectrice. Un air éberlué se peignit sur son visage, mais avant qu'il ne réagisse, je frappai de nouveau, à la tête cette fois. L'homme s'effondra en avant, et j'eus juste le temps de m'écarter avant qu'il ne s'écrase dans un beau fauteuil, qui grinça sinistrement sous le poids soudain. Je soupirai lentement, réorganisant mes pensées. Même si tout ne s'était pas exactement déroulé comme prévu, l'homme était inconscient. Je m'approchai à pas de loup de la porte et collai mon oreille contre le battant, vérifiant que personne n'accourait vérifier que tout allait bien. Mais le couloir était parfaitement silencieux. Bien. Il était encore tôt, le capitaine n'allait pas agir tout de suite. Devais-je repartir maintenant ? Même s'ils étaient peu, il y avait quand même trop de monde qui m'avait vue partir avec Blugorn quelques minutes seulement plus tôt. Retourner dès à présent dans la salle de bal, sans mon hôte qui plus est, serait suspicieux. Même si j'avais envie de prendre mes jambes à mon cou, il allait falloir me montrer patiente. Je parcourus une seconde fois la pièce des yeux, examinant les tableaux, les draperies du lit, les petites sculptures de verre et de pierres précieuses.

Précieuses.

L'homme n'avait pas besoin de tant de richesses, n'est-ce pas ? À vrai dire dans quelques instants il n'en aurait même plus besoin du tout. À quoi pensais-je ! J'avais besoin d'argent, pas de justification ! Je me dirigeai vers le bureau, ouvrant un à un les tiroirs, farfouillant dans de la paperasse inutile. Je laissai cela tel quel, sans prendre soin de ranger. J'abandonnai le bureau pour la penderie, garnie de costumes sans intérêt. J'étais étonnamment calme. J'en avais fini de débattre avec ma morale, je n'avais plus à présent qu'à agir, et cela était bien agréable. Je cherchai dans la table de nuit, découvrant une multitude de bagues et d'anneaux en tous genres. Cela ne m'intéressait pas non plus. J'avais besoin de pièces sonnantes et trébuchantes, pas de bijoux dont je ne pourrais me débarrasser. J'avisai finalement les vêtements que Buglorn avait portés dans la soirée et en retournai les poches, découvrant par miracle un porte-feuille à l'intérieur. J'en sortis toute la monnaie et remontai ma jupe pour avoir accès aux petites pochettes que j'avais fixées autour de mes cuisses. L'une d'elle contenait ma ''maîtrise du feu'', que j'espérais ne pas avoir à utiliser, et le sédatif fourni par Crevette. Dans l'autre, encore vide, je glissai mon larcin. Je remis ensuite ma jupe en place, admirant la façon dont on ne soupçonnait même pas la présence de ces caches. Éphrénia était un véritable génie !

Je repris mes fouilles des vêtements et trouvai dans la dernière poche deux clés. L'une d'elles était sûrement celle de la porte, mais l'autre ? Je la retournai un instant entre mes doigts, la curiosité m'envahissant de plus en plus. C'était une clé minuscule, pas du tout du genre à ouvrir l'une des immenses portes de la demeure. Il devait y avoir quelque part dans cette pièce un coffret quelconque qui correspondrait beaucoup mieux. Et qui conviendrait davantage à mes attentes. Je relevai la tête, examinant les tableaux pendus aux murs. Non... Ce serait trop facile. Je me dirigeai vers le plus proche et le décrochai. Rien. Le deuxième, non plus. Un à un, je mis toutes les peintures au sol, sans rien trouver. Dans ce cas... Le bureau ! Je tirai au maximum chacun des tiroirs, vérifiant qu'il ne se trouvait nulle part un double fond. Mais non, rien. Alors... la penderie ? J'arrachai les habits des cintres, les jetant à terre. Mais là encore, échec. À quoi n'avais-je pas pensé ? Sous le plancher ? Je me mis à quatre pattes, tapotant du poing contre chaque latte à la recherche d'une cavité. Ma jupe entravait mes mouvements et s'abîmait en frottant contre le bois, mais je n'en avais cure. Si mon intuition était bonne, j'allais bientôt mettre la main sur une petite fortune. Deux pas, tapoter. Deux pas, tapoter. La chambre me paraissait encore plus grande qu'auparavant. Je décidai d'une petite pause et m'assis sur le lit. Quelle heure était-il maintenant ? Sans doute encore un peu tôt pour le capitaine, mais je devais me dépêcher. Je renonçai à ma pause et me remis à quatre pattes, avant de m'immobiliser. Là, juste sous mon nez, le petit trou d'une serrure se faisait apercevoir. Juste là, dans le pied du lit. Si je n'étais pas tombée juste dessus... Sans attendre, je glissai la clé dans la serrure. Elle rentrait à la perfection. Je tournai, libérant un petit carré de bois du pied du lit. Dans l'espace minuscule, seul un rouleau de papiers était glissé. Adieu ma fortune., songeai-je en m'en emparant. Quoi qu'il en soit, cela semblait important. Je me relevai et remontai ma jupe pour ouvrir la pochette.

- Toi là... Comment as-tu pu...

Je me retournai vivement vers Buglorn, le voyant papillonner des yeux en commençant à reprendre connaissance. Son regard se posa sur moi, puis s'écarquilla, puis se rétrécit lorsqu'il vit ce que je tenais. Son expression se glaça et sa bouche se tordit dans un rictus haineux.

- Rends-moi ça., ordonna-t-il en commençant à se relever.

Je ne pris pas la peine de répondre. Tant pis pour mon allure. Maintenant ma jupe d'une main, je bondis et posai l'autre à terre près de lui. Je lui assénai alors un grand cou de pied derrière la nuque, le renvoyant au pays des rêves. Je basculai avec légèreté en arrière et retombai sur mes pieds en soupirant. Le rouleau froissé en main, je soupirai et le rangeai dans la pochette. Cette fois, je n'allais pas prendre de risque, aussi je sortis le sédatif que m'avait donné le capitaine. Tant pis pour la méthode douce et discrète. J'assis difficilement l'homme dans le canapé puis lui penchai la tête en arrière et déversai le contenu du flacon dans la bouche. Au moins, s'il se réveillait de nouveau, il n'aurait pas les idées suffisamment claires pour s'en prendre à moi. Ni à Crevette.

Il était maintenant temps pour moi de partir. Je rangeai le flacon, refermai la cachette secrète, allais ouvrir la porte puis remis les clés dans la poche de Buglorn. J'allais également ouvrir la fenêtre du balcon pour faciliter l'entrée du capitaine, puis j'éteignis la lumière, ne laissant en place qu'une veilleuse. Après quelques secondes de vérification, j'ouvris la porte. Le couloir était vide, silencieux. Je réempruntai le même chemin qu'à l'aller, m'étonnant de ne voir personne. Une maison si grande, si vide ? Était-ce la chance ou juste une coïncidence fortuite ? Quoi qu'il en soit, je devais en profiter. J'atteignis bientôt les portes de la salle de bal mais les ignorai et me dirigeai vers la sortie.

- Madame a-t-elle passé une agréable soirée ?, s'enquit le majordome.
- Fort agréable, mon cher, fort agréable., répondis-je.
- Monsieur n'est pas avec vous ?
- Non, il est déjà parti.

L'homme haussa un sourcil, semblant chercher à se souvenir l'avoir vu quitter la demeure. Néanmoins il n'insista pas. Il devait avoir l'habitude de ne pas s'opposer à ce qu'on lui disait.

- Dois-je faire venir votre voiture ?
- Oui, je vous prie.

Il fit signe à un coursier, qui s'empressa d'aller prévenir mes ''domestiques''. Au bout de quelques minutes, le bruit des roues sur les graviers se fit entendre et la mouche arriva bientôt avec le véhicule. Le second homme était encore là lui aussi, et il mit pied à terre pour m'ouvrir la porte et m'aider à monter. Puis nous nous éloignâmes, quittant enfin cet horrible endroit.

Le carrosse traversa les rues désertes de la ville et je profitai du voyage pour me changer à l'abri des regards. Lorsqu'il s'arrêta finalement, le deuxième homme vint me rouvrir la porte, restant bouche bée devant ma dé-transformation. Hum, le capitaine ne l'avait peut-être pas mis au courant de ce détail. À moins que ce n'était le maquillage qui n'allait pas avec mon allure revenue masculine ?

- Je t'emprunte ça., lui annonçai-je en souriant et en attrapant une gourde pendue à sa ceinture.

Je me nettoyai le visage puis lui rendis son bien. La mouche se plaça devant moi, visiblement déçu.

- Pourquoi qu'tu t'es changé, l'gringalet ? Laisse nous rêver ! C'est pas tous les jours qu'on voit une comtesse, t'aurais pu faire un effort pour ton ami la mouche !

Sans hésiter, je lui envoyai mon poing dans l'estomac, pas assez fort pour lui faire vraiment mal, mais suffisamment pour lui montrer que je ne plaisantais pas. Je devais me faire respecter un minimum.

- Des efforts j'en ai assez fait, ok ?
- Hein ? Mais pour la Crevette ça t'gêne pas ? C'pas juste !, couina-t-il avant de ricaner et de se mettre à scander comme un gosse : Le capitaine bisou à un n'amoureux, le capitaine bisou a un n'amoureux !
- Eh, c'est de mon frère que tu parles !

Je me tournai avec surprise vers le deuxième homme, le contemplant des pieds à la tête. Mais bien sûr ! Comment avais-je pu ne pas le remarquer ? Non seulement le capitaine m'avait dit avoir un jeune frère d'environ mon âge, mais je ne pouvais que constater leur ressemblance.

- Enchanté !, annonçai-je en lui tendant la main. Nous n'avons pas été présentés, je m'appelle Song.
- Ismaël..., me répondit-il avec méfiance, acceptant tout de même de me serrer la main.
- Quoi qu'il en soit, repris-je, je ne sais pas vous, mais je n'ai pas encore tout à fait fini la tâche que le capitaine m'a confiée.
- Il a dit ''quoi qu'il en soit'' ! Il a dit ''quoi qu'il en soit'' !, gloussa la mouche.

Je levai les yeux au ciel et me détournai. J'avais suffisamment donné ce soir pour en plus avoir à m'occuper d'un cas comme celui de la mouche. Sans plus lui prêter attention, je pris ma robe restée dans la calèche et la jetai à terre, avant de verser de l'huile dessus.

- Qu'est-ce qu'tu fais ?!, s'exclama la mouche en cessant ses moqueries.
- J'efface les preuves., répondis-je.

Je cachai le mécanisme de ma fausse ''maîtrise du feu'' dans ma main puis l'utilisai pour produire une poignée d'étincelles, qui embrasèrent aussitôt le tissu.

- Comment t'as fait ça ?!, hurla la mouche en sautant en arrière, surpris par les flammes.
- C'est ma maîtrise du feu., plaisantai-je, amusée par son air complètement ébahi.

Pour cette fois il ne répondit pas, et nous restâmes tous trois silencieux à contempler le feu. Quand celui-ci commença à se calmer, je lançai quelques poignées de terre pour l'éteindre. Je récupérai ensuite la pochette où j'avais dissimulé mon butin et la passai à ma taille.

- J'ai fini mon boulot pour cette nuit, je rentre à l'auberge., indiquai-je. Prévenez Crevette pour moi. On se revoit demain j'imagine. À moins que l'on ne soit déjà demain ? Enfin... J'y vais !

Je m'éloignai, les saluant vaguement de la main avant de poursuivre ma route seule dans le noir.

***

Lorsque j'émergeai le lendemain, je n'avais plus la moindre idée de la façon dont j'avais regagné mon lit. Je m'étais endormie, encore à moitié habillée, et avais dormi comme une bûche jusqu'à...

- Pour la troisième fois, ouvrez cette porte, ou nous serons obligés d'entrer de force !
- J'arrive, j'arrive !, répondis-je d'un ton ensommeillé.

Trop pressés ces gens le matin... Attendez... Quoi ?! Je me levai d'un bond, enfilai un pantalon et attrapai ma sacoche. J'allais ouvrir la porte, me retrouvant nez à nez avec le plastron d'un garde. Oups !

- Bonjour..., l'accueillis-je en me frottant les yeux. Qu'est-ce qui s'passe ?

Mon cerveau tournait à toute allure, cherchant à comprendre comment j'avais pu me retrouver dans une telle situation. Qu'avais-je fais hier soir ? Avais-je une chance de m'enfuir ? Allais-je devoir me battre ?

- Poussez-vous, je dois fouiller cette chambre.
- Euh... D'accord..., acceptai-je en m'écartant pour céder le passage à ce grand gaillard. Je peux ?, demandai-je en indiquant mes bottes.

Le soldat me jeta à peine un coup d'œil et je pris cela pour une autorisation. Je terminai de m'habiller, comprenant de moins en moins ce qu'il se passait. L'homme écarta les rideaux, libérant un flot de lumière qui m'aveugla momentanément. Il fit le tour de la pièce du regard, se baissa pour vérifier sous le lit.

- Il n'est pas là., déclara-t-il alors en se dirigeant vers la sortie.
- Il y a un problème ? Pourquoi faites-vous cela ?, interrogeai-je encore.
- Ordre de la reine. Nous devons fouiller tous les hôtels et toutes les demeures. Nous recherchons un homme, un certain Dimitri van Lester, disparu depuis hier.

Il sortit de son uniforme un papier qu'il déplia devant moi, révélant le portrait de Dimitri.

- Si vous le voyez, veuillez le signaler immédiatement.
- … pourquoi ?, demandai-je avec un mauvais pressentiment.
- Parce que cet homme est un meurtrier., répondit-il. Une récompense vous sera octroyée si vous contribuez à son arrestation. Soyez prudent, citoyen ! Et excusez-nous pour le dérangement.

Il fit demi-tour et s'éloigna, me laissant immobile dans l'encadrement de ma porte.

Qui dois-je annoncer ?
Sire Dimitri van Lester et sa fiancée Séréna, comtesse de Lanbrosie. Sire Dimitri van Lester et sa fiancée Séréna... Sire Dimitri van Lester et sa...  Sire Dimitri van Lester...


Je me mis à trembler et refermai brutalement la porte de la chambre. Comment... ? C'était pour cela que le capitaine... Crevette... avait usurpé son identité ? N'était-ce pas juste pour pouvoir pénétrer chez Buglorn ? Et je n'avais rien fait pour l'en empêcher... Je me laissai glisser à terre, les mains serrées sur la tête. Faire accuser à sa place un innocent, tout ça pour une histoire de vengeance ? Il allait devoir me fournir des explications, et elles auraient intérêt à être convaincantes.

N'empêche, les forces de l'ordre de cette contrée étaient drôlement efficaces. Il avait beau s'agir d'un meurtre, le crime n'avait dû être découvert que quelques heures plus tôt et ils poursuivaient déjà un suspect. C'était impressionnant. Un peu trop d'ailleurs. Ce Buglorn devait être quelqu'un de plus important que je ne le pensais. Cela me rappelait... Je glissai la main dans ma sacoche, en sortant le morceau de papier récupéré chez feu Buglorn. Je déroulai les feuilles froissées et commençai à les lire. Peu à peu, je me décomposai. Cela n'était pas bon, pas bon du tout. Au diable les ressentiments, il fallait absolument que je prévienne Crevette. Il allait détester ça au moins autant que je le détestais en ce moment. Car j'avais en main la preuve qu'il avait eu tort. La preuve que Buglorn n'était pas le commanditaire de la mort de son père. Une preuve signée d'un simple prénom : Marielle.

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ebi akuma

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Lun 24 Oct - 16:15

Le jour d’après la grande réception au manoir, un dimanche matin donc, le maire de Porneel piétinait sur le parvis de l’hôtel de ville. Que faisait donc le duc ? Aurait-il oublié la conférence de presse prévue pour défendre le dossier de l’érection d’un hôtel empiétant sur un parc de la ville ? Le maire sortit son phone et s’empressa d’appeler le manoir. Une voix affectée répondit à l’autre bout de la ligne:

‘’ La résidence du duc de Porneel. ‘’

‘’ Ici le maire Labroque. Le duc aurait-il oublié notre conférence ce matin ? Les journalistes sont en furie. Tout le monde s’impatiente. ‘’

‘’ Mais…mais cette conférence, ne devait-elle pas avoir lieu lundi seulement ? ''

‘’ Mais non, tout le monde a été informé du changement d’horaire. Elle était prévue pour ce matin 08 :00 heures. J’en ai encore parlé au duc hier soir.''

‘’ Une minute, monsieur le maire. Je vérifie à l’instant.. ‘’

Le majordome posa l’appareil et sortit de la cuisine, traversa des couloirs, monta un étage puis s’arrêta devant la chambre à coucher du duc. Il prêta l’oreille. Aucun bruit ! Il cogna deux fois, répéta le nom du duc et poussa la porte de la chambre, timidement. Un rayon de lumière se frayait un passage entre les pans des draperies couvrant les portes vitrées de la terrasse. Le majordome sépara les rideaux pour faire entrer le jour. Il fut surpris de constater que le lit n’était pas défait. Il s’apprêtait à ressortir lorsqu’il crut apercevoir un corps allongé sur le divan dans l’alcôve, de l’autre côté du lit à baldaquin. Le majordome s’approcha pour mieux voir. Le duc semblait se reposer, une jambe pendante à côté du canapé, les mains croisées sur sa poitrine. À part la tête, il ne lui manquait rien.

***

Presque au même moment au quartier général de la police, l’inspecteur en chef Lacousto, surnommé ‘’le p’tit gros’’ par ses subalternes, prit une zip de son café et regarda la pile de dossiers sur son bureau. Agression dans un bar, entrée par effraction, vol, un ado en fugue, vandalisme. La routine quoi ! Il se préparait à distribuer les tâches aux agents fraîchement arrivés pour leur quart de travail quand l’escargophone sonna.

‘’ Hello, ici l’inspecteur Lacousto, que puis-je faire pour vous ? ‘’

À l’autre bout de la ligne une voix de femme s’énervait:
‘’Inspecteur, vous devez voir ça ! Je venais visiter la tombe de mon fils au cimetière et juste à côté, plantée au bout d’un piquet de la clôture, il y avait une tête humaine. Une vraie ! Je vous le jure.‘’

‘’ Calmez-vous et surtout ne touchez à rien. Quel est votre nom ? Comment avez-vous eu ce numéro ?’’

‘’ N’ayez crainte, je n’ai rien touché. Il aurait fallu me payer cher. Je me nomme Alice Gravlier. Je me suis rendue à la mairie pour vous appeler.’’

‘’ J’arrive dans un quart d’heure. Ne vous éloignez pas, j’aurai besoin de votre déposition. ’’

L’inspecteur posa l’appareil sur son socle. Il eut à peine le temps de chasser une mouche de son crâne dégarni que l’appareil sonna de nouveau.

‘’ Hello, ici l’inspecteur Lacousto, que puis-je faire pour vous ? ‘’

‘’ Ici le majordome du manoir Buglorn. Il s’agit du duc. Il n’a plus sa tête.’’

‘’ Il n’a plus sa tête ? Vous…’’

‘’ On lui a coupé la tête. C’est horrible, monsieur. C’est horrible.’’

‘’ Ne touchez à rien. J’envoie un inspecteur et son équipe. Je me rendrai au manoir le plus vite possible.’’

Lacusto s’extirpa de son fauteuil.
‘’ Bon sang de bon sang, qu’est-ce qui se passe ce matin ?‘’, dit-il en marmonnant. Il sortit de son bureau et beugla le nom du sergent Brouillette, son adjoint, à qui il délégua le soin de distribuer les tâches et dispatcher une équipe au manoir. Ensuite il se précipita hors du commissariat. Vingt minutes plus tard, il arrivait en trombe à la mairie à bord du carrosse de la police. Aussitôt débarqué il fut harcelé par une horde de journalistes pour savoir ce qui se passait.

‘’ Je ne peux pas en dire plus car je n’en sais pas plus. Il y aura une enquête et vous serez informés, ne craignez rien. Pour le moment je crois que la conférence risque d’être annulée. Y a-t-il parmi vous une dénommée Alice Gravlier ?''

‘’ C’est moi monsieur l’inspecteur. Comme je vous l’ai dit au téléphone j’ai vu une tête humaine plantée au bout d’un piquet au cimetière. Je crois bien qu’il s’agit de la tête de ce pauvre monsieur Buglorn.''

En entendant les propos de la vieille dame, tout le monde se précipita au cimetière pour voir la chose de leurs propres yeux. Lacusto eut beau s’égosiller, rien n’y fit.
‘’Arrêtez ! Ne touchez pas à des pièces à conviction. Merde. Quelle bande d’abrutis! ‘’

L’inspecteur agrippa rageusement son phone et composa le numéro du poste.
‘’ J’ai besoin de renfort au cimetière et tout de suite. Quatre agents au moins et cherchez-moi le coroner, les spécialistes en identité judiciaire et le sergent détective Gaufrette. Sortez-le du lit s’il le faut. Ça urge, on a une foule de badauds dans les pattes. Il faut établir un périmètre pour sécuriser la scène du crime avant que tous les indices soient corrompus. Oui, un meurtre avec mutilation. Non, j’suis pas sûr mais tout indique qu’il s’agirait de Buglorn. Oui, Victor Buglorn. Avez-vous envoyé une équipe au manoir comme je l’ai demandé ? ‘’

Il tourna un œil furibond vers la dénommée Alice Gravlier.

‘’Vous n’auriez pas pu tenir votre langue , non !’’

‘’Désolée monsieur l’inspecteur. Je suis tellement énervée. Je venais visiter la tombe de mon fils…’’

‘’Oui, oui je sais, vous l’avez déjà dit. Bon, retournez chez vous , je vous contacterai plus tard pour la déposition.’’

Il remonta dans le carrosse.
‘’Quelle tarte.’’ grogna-t-il entre ses dents.

***

Je me réveillai en sursaut. J’avais mal dormi. Tante Rosie m’avait fait couler un bain avec eau chaude et du savon fait maison. Elle me traitait comme un vrai pacha, la Rosie ! Je m’y allongeai en posant ma tête contre le rebord de porcelaine. Que j’aurais pu me rendormir dans cette position, bordé par l’enveloppe onctueuse de l’eau ! Je fermai les yeux. Les événements de la soirée me revinrent en mémoire. Sortir de la propriété s’avéra moins difficile que prévu. Un début d’incendie dans les buissons près du manoir créa une bonne diversion pour attirer les surveillants et me permettre de sortir en douce par le portail. La tête de Buglorn pesait une tonne mais je tenais absolument à l’apporter au cimetière. Pourquoi ? Pour la montrer à mon père, évidemment. Cette étape faisait partie du rituel de la vengeance. Pour clore le dossier il le fallait, c’est tout. Je dus marcher deux kilomètres dans l’obscurité et revenir chez tante Rosie par après. À trois heures du matin je tombai comme une masse sur le lit. Mais une masse avec les yeux grand ouverts ne dort pas. Aussi je me relevai, agrippai un crayon et une feuille de papier.

Journal de bord.
25 juillet de l’an de grâce xxxx AD…

Notre héros se laissa choir lourdement sur son lit. Pourquoi ne se sentait-il pas exalté, libéré d’un poids qu’il traînait depuis si longtemps ? L’assouvissement de la vengeance aurait dû le combler mais un autre sentiment aussi puissant avait pris sa place et l’inquiétait. Il n’osait pas le nommer car il lui faisait peur. Tous ses repères bouleversés, la barque de ses convictions prenait l’eau comme un vieux rafiot. Il ne savait plus quoi penser, comment se comporter. La vision de Séréna ce soir au bal tournait en boucle dans sa mémoire. Vision réelle ou irréelle ? La question taraudait son esprit sans arrêt. Il ne voulait pas se laisser emporter par les sentiments mais son cœur avait pris la décision avant lui, malgré lui. Comment pourrait-il rester dans le noir plus longtemps? L’ignorance devenait intolérable.



Quel est donc ce brasier qui consume mon âme ?
Ma raison ne peut plus en éteindre la flamme
Qui dévore mes sens et obsède mes nuits
Et remet en question la voie que j’ai choisie


Que va-t-il devenir de tout ce qui m’a plu
Si au nouvel attrait je ne résiste plus ?
Ne vaudrait-il pas mieux que je hisse les voiles
Au lieu de m’attarder à saisir une étoile ?

Le feu de la passion dans mon corps se déchaîne
Je me croyais solide, aguerri comme un chêne
Il a suffit pourtant du poids d’un bel oiseau
Pour courber le chêne comme un frêle roseau

Je me suis laissé prendre à caresser un rêve
Et depuis mon tourment ne connaît pas de trêve
S’il fallait que je sois le jouet d’un mirage
Comment pourrais-je survivre à pareil naufrage?

Je me sens confronté à un vilain dilemme
Mon regard ne ment pas. Il lui crie que je l’aime.
Mais si mon ange insiste à garder son secret
De lui ouvrir mon cœur, je ne pourrai jamais.
 



***********

J’avais finalement trouvé le sommeil et dormi quelques heures. À présent , assis dans le bain je frottai machinalement pour enlever la sueur de ma peau. Dommage qu’on ne pût pas tout nettoyer avec du savon, seulement le dehors, car j’aurais aimé faire maison nette en dedans aussi, effacer l’ardoise, repartir à zéro, ne plus penser, juste vivre sans me poser de questions comme une huître ou un ver de terre.

Je me demandai si les fins limiers avaient trouvé la pièce d’identité de Dimitri et s’ils le recherchaient ou s’ils lui avaient mis la main au collet déjà? Je n’avais aucun grief contre Dimitri à part son statut de noble et ses airs de prétentieux. Que risquait-il au fond? En toute logique, une carte d’identité ne prouve pas qu’un individu a commis un crime, elle sert juste à confirmer sa présence sur les lieux d’un crime. La justice ne pourrait donc pas le condamner sur une simple présomption. Rien n’était moins sûr cependant ! Dans les mains de l’aristocratie la justice perdait son aura de sagesse pour devenir un simple outil de pouvoir. Mais bon, je n’allais quand même pas me tourmenter pour le sort d’un pur inconnu. S’il risquait de monter sur l’échafaud à ma place, il n’avait que lui-même à blâmer pour se trouver au mauvais endroit au mauvais moment.

Barboter dans l’eau du bain me rappela la mer. Elle commençait à me manquer. Je pensai à mon équipage. Comment se débrouillait Drago? Prenait-il goût au pouvoir ? Chercherait-il à me tasser ? Hélas, on ne pouvait faire confiance à personne dans ce bas monde. Il faudrait au plus tôt lui trouver son propre navire…

Coupant court à mes réflexions Ismael entra en trombe dans la pièce.

‘’ Édouard, sors du bain. Les soldats fouillent toutes les maisons. Il y en a partout. Quelqu’un m’a dit qu’il y a eu un meurtre hier soir en ville. Ils recherchent quelqu’un.‘’

‘’ Tu as su qui ils recherchent? ‘’

‘’Un certain Dimitri. C’est tout ce qu’on m’a dit. ‘’

‘’ Alors pourquoi ils viendraient chez nous. Il n’y a pas de Dimitri ici à ce que je sache. D’ailleurs il a sûrement quitté l’île après son méfait. Je doute qu’ils le trouvent.‘’

au sujet de dimitri:
 

Après le déjeuner je me rendis en ville à notre lieu de rendez-vous habituel. Je portais une salopette afin de passer pour un fermier au cas où des soldats m’eussent arrêté mais il n’en fut rien. Assis à une table de la terrasse du resto Chez Caspar j’attendis sagement en buvant un thé. Je me doutais que les autres viendraient m’y rejoindre tôt ou tard et au bout d’un quart d’heure à peine je vis Song tourner au coin du bloc. Il était seul. Je lui trouvais un air bizarre. Il me regardait fixement sans me saluer. Une fois à proximité il plongea la main à l’intérieur de sa chemise et en sortit un rouleau de papier qu’il balança sur la table d’un geste brusque puis s’assit sur le banc en face. Cette attitude ne lui ressemblait pas. Je ne pus m’empêcher d’émettre un commentaire :

‘’ Tu as mangé de la vache enragée ou quoi ? ‘’

Je pris le document enroulé comme un vieux parchemin. Song restait muet et froid.

lettre:
 


‘’Où as-tu trouvé cette vieille lettre ? La signature, Marielle, c’est la reine ! Elle s’adresse à Buglorn . C’est quoi cette histoire ? A.V. ! Elle fait référence à mon père, n’est-ce pas ? Aristide Valkez. Qu’est-ce que la reine vient faire là-dedans? Tu en sais quelque chose, toi ? Et ces autres lettres, elles disent quoi? Tu les as lues ? ‘’


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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Mer 26 Oct - 20:28

Assise en face de Crevette, j'observai son visage se modifier au fil de sa lecture. Sa réaction ne se fit d'ailleurs pas attendre, aussi virulente que je l'avais prévu.

- Moins fort, on pourrait nous entendre., soufflai-je avec agacement. J'ai trouvé ces feuilles habilement dissimulées dans la chambre de qui vous savez. Sur le coup j'ai pensé que ça pouvait être important, alors je les récupérées. Je ne les ai lues que ce matin, alors je n'en sais pas plus que vous. Les autres sont semblables et parlent de diverses ''missions'' qu'il aurait apparemment eu à remplir...

Je marquai une pause, ancrant mon regard dans le sien.

- Vous comprenez ce que cela signifie, n'est-ce pas ?
- Merde ! Je croyais cette histoire terminée et voilà que ça recommence ! Plus on creuse et plus ça pue. Ça va nous mener où cette histoire ? Si cette lettre est authentique alors la reine a commandé la mort de mon père et Buglorn a exécuté son ordre. Mais pourquoi la reine aurait voulu la mort de mon père ? Elle parle de renseignements susceptibles de lui nuire. Mon père s'occupait de construction, il ne se mêlait pas des intrigues de château !

Crevette se plongea dans le silence, les poings serrés à s'en faire blanchir les phalanges. Plus que moi, la nouvelle devait le bouleverser. Apprendre que tout ce en quoi il avait cru pendant toutes ces années ne s'avérait finalement être que la part émergée de l'iceberg...

- On s'en est bien sorti avec Buglorn mais tuer la reine c'est une autre histoire., reprit-il finalement. Elle a des dizaines de gardes à son service. Toute une armée, en fait. À moins de libérer le roi en même temps on ne serait pas tiré d'affaire, on aurait toute l'armée et la marine à nos trousses...

Je lâchai un léger grognement, peu enthousiasmée par cette idée. L'affaire n'était déjà guère à mon goût, mais s'il souhaitait s'en prendre à la reine, elle devenait carrément fumeuse. J'étais partie pour retrouver mon honneur. Mourir, ou pire, finir en prison, ne faisait pas partie de mes objectifs. Si Crevette décidait de s'engager dans cette voie, je ne le suivrai alors plus. J'en avais assez fait, mieux valait que je tombe dans l'anonymat plutôt que de voir mon nom associé à un crime. Désormais j'allais revenir à ce qui faisait de moi ce que j'étais : un combattant honnête qui n'usait pas de lâches méthodes pour venir à bout de son adversaire. Assez de mal avait déjà été fait. Vu les principes dont usait le capitaine, une vengeance de plus grande ampleur risquait d'impliquer d'autres innocents comme Dimitri... Ma colère se réveilla de nouveau, et je fusillai Crevette du regard.

- Pourquoi avoir pris l'identité de Dimitri ?

Il sembla légèrement perturbé par ma hargne mais reprit rapidement contenance, me fixant à son tour d'un regard dur.

- Lui ou un autre? Il fallait en choisir un et j'ai pris le plus disponible. C'est logique. Je ne savais pas que tu t'étais attaché à ce point. Tu ne le connais même pas. De plus, il s'en sortira. Il n'ont pas de preuves. Même s'ils trouvent sa pièce d'identité ça ne prouve pas qu'il a commis le crime.

J'avais l'impression d'entendre du reproche dans sa voix. Comment se permettait-il ? C'était lui qui était en tort ! Et pourquoi m'imputait-il encore une fois un attachement que je n'éprouvais pas ?

- Je n'apprécie simplement pas que des innocents soient impliqués., grinçai-je.
- Dimitri, innocent ? Alors pourquoi s'enfuir quand on lui a demandé de nous suivre ? Un homme innocent ne s'enfuit pas à moins d'avoir des choses à cacher. Il aurait dû se sentir flatté d'être convoqué chez la reine. Au lieu de ça il s'est enfui comme un lièvre.

Je mis quelques instants à analyser cette réponse. Crevette avait-il abordé Dimitri ? Oui, il l'avait sans doute fallu pour lui soutirer sa carte d'identité. Apparemment pendant que Éphrénia s'occupait de moi, il avait mis au point un autre stratagème pour parvenir à ses fins.

- Vous auriez pu m'en parler..., finis-je par murmurer en m'affaissant légèrement.

Ma colère s'effilochait, comme emportée par le vent. La vérité était que j'étais déçue. Encore une fois, malgré mes efforts, mon vis-à-vis ne m'estimait pas digne de lui. J'avais dû renoncer à ma masculinité, me travestir et séduire deux inconnus pour l'aider à accomplir un acte que je ne soutenais pas, mais ce n'était pas encore suffisant pour acquérir la moindre reconnaissance, la moindre confiance. À quoi m'attendais-je ? Le monde était ainsi, je le savais bien. Mes parents, Shang... Je devais arrêter de rêver une bonne fois pour toute. Même les personnes que je croyais proches ne faisaient que se servir de moi.

- J'ai peut-être eu tort., déclara doucement Crevette. Mais si tu avais refusé devant un autre matelot, tu étais mort. Je n'aurais pas eu le choix pour garder ma crédibilité. C'est ça la vie de matelot, Song. Le capitaine est roi et maître sur son navire et même sur la vie de ses hommes.

Était-ce là sa façon de s'excuser ? Ou n'était-ce que me faire remarquer à quel point j'avais sous-estimé la dureté de la vie en mer ?

- J'ai besoin... de réfléchir un peu..., annonçai-je finalement en me levant. Si vous voulez me contacter... Vous savez où est ma chambre, j'y repasserai récupérer mes affaires avant de quitter cette île.

Je m'écartai, partant sans un regard en arrière. Je ne savais pas vraiment où aller, je n'avais plus la moindre destination. Quitter le royaume de Luvneel me semblait la meilleure chose à faire, pourtant... J'avais comme l'impression de manquer quelque chose, l'impression qu'il me manquait quelque chose. De plus, quitter l'île ne s'avérerait pas chose facile. Après ce meurtre, la garde avait encore due être renforcée. Le Loup des mers aurait bien des difficultés pour se rapprocher et nous reprendre à son bord. Ou alors... Je pouvais aussi tenter de me faire engager sur un autre navire. J'étais un garçon travailleur, quelqu'un voudrait certainement de moi. Vraiment ? Qui voudrait d'un freluquet comme toi ?, me susurrai-je en mon for intérieur. Oui, mon allure ne convaincrait personne. Il fallait encore que j'augmente ma force, et que je continue à développer les ''maîtrises'' que je ne maîtriserai jamais naturellement. Et compenser ma faiblesse par de la stratégie, des connaissances. D'ailleurs... Il y avait un autre objectif que je m'étais fixé : étudier les ponéglyphes. Si je voulais me rapprocher de ma mère, en apprendre davantage sur son travail me semblait une bonne solution. Et j'étais sur l'île du savoir, qu'attendais-je pour me mettre à l'œuvre ?

Il ne me fut pas difficile d'obtenir les informations que je cherchais auprès du premier passant venu. D'après lui, le centre du savoir était la bibliothèque qui se trouvait au cœur du palais. D'un pas de nouveau assuré, je pris alors cette direction, l'édifice clairement visible au dessus des toits des demeures avoisinantes. Je croisai plusieurs patrouilles, mais aucune ne me prêta attention. Je n'avais visiblement pas à m'en faire d'être reconnu coupable ou même seulement d'être suspecté du moindre lien avec ce qui s'était passé chez Buglorn. Alors que je me rapprochais du cœur du pouvoir du royaume, les armures se firent de plus en plus présentes. Je sentais les regards qui s'appesantissaient sur moi mais je chassai loin tout signe de nervosité. Personne ne se méfierait de moi. Après tout, quel criminel se jetterait de lui-même dans la gueule du loup ? Je voyais à présent les portes de l'enceinte se rapprocher, immenses et imposantes. Je m'en sentis encore plus petit, ridicule.

- Halte-là !, m'arrêta un garde d'une voix forte. Qu'est-ce qui vous amène au palais ?

Je me figeai face aux deux hommes qui barraient l'entrée. Importants dans leurs habits renforcés, une épée pendant sur le côté, ils gardaient une main posée sur le pommeau comme s'ils s'attendaient à devoir se battre à tout moment. Ils me regardaient de haut, ce qui n'était pas difficile vu notre différence de stature, et affichaient un visage des plus sérieux. Ces gars là n'avaient pas l'air de rire tous les jours.

- Je souhaiterais me rendre à la bibliothèque., indiquai-je posément, poliment.
- Vous avez un laisser-passer ?, m'interrogea l'un d'eux.
- Quoi ? Euh, non.
- Pas de laisser-passer, pas d'entrée., conclut-il d'un ton catégorique.
- Et comment obtient-on un laisser-passer ?, interrogeai-je.
- Seule la reine les octroie.
- Et est-il possible de voir la reine ?, poursuivis-je en commençant à m'agacer.
- Vous pouvez vous inscrire dans la liste des plaignants.

Il me désigna un livre posé dans une niche près de l'entrée. Un énorme livre.

- Je parie qu'il y en a pour des mois d'attente., grognai-je, m'avançant tout de même vers l'ouvrage avec un fin rayon d'espoir.

A mon grand étonnement, les premières pages étaient déchirées, et le reste s'avéra vide. J'interrogeai le garde pour savoir si cela était normal.

- Tout à fait normal., me répondit-il. Personne n'a à se plaindre de notre gouvernement.
- Il n'y a même pas de quoi écrire., fis-je remarquer. Et il en manque une partie, des gens ont bien dû s'inscrire sur cette liste, non ?
- En avez-vous une preuve ?, railla-t-il.

Je fronçai les sourcils. Quel était donc le système qui gouvernait cette île ? De quel droit quelqu'un pouvait se permettre d'interdire aux autres l'accès à la connaissance ? Tout cela devenait franchement n'importe quoi.

- Bon sang !, soufflai-je. Tout ce que je veux c'est en apprendre un peu plus sur les ponéglyphes.

Les gardes tiquèrent et je me tus aussitôt, les fixant avec une légère inquiétude.

- Les ponéglyphes, avez-vous dit ?, me demanda l'un d'eux. Voilà qui est étrange.
- Pourquoi ?, me renseignai-je avec méfiance.
- Rares sont les personnes qui les étudient., m'expliqua-t-il. Si vous en faites partie...

Il jeta un coup d'œil à son collègue avant de reporter son attention sur moi.

- Peut-être pouvons-nous faire une exception ? Laissez-nous appeler le bibliothécaire en chef, il devrait pouvoir vous donner accès aux ouvrages.

Tandis qu'il parlait, son comparse s'était saisi d'un escargophone, dans lequel il commença à murmurer avec hâte sans me quitter du regard. Un mauvais pressentiment s'empara de moi. Je croyais que seule la reine pouvait m'inviter à entrer, et maintenant ils prétendaient qu'il en était autrement ? J'avais la certitude que ces hommes mentaient. J'écarquillai soudain les yeux et ouvris grand la bouche avec stupéfaction. Les soldats se retournèrent avec suspicion. J'en profitai pour partir aussitôt en courant.

- Attrapez ce garçon !, hurla une voix dans mon dos.

Je n'avais gagné que quelques fractions de seconde, ce qui était bien trop peu pour espérer échapper à l'attention de ces hommes. J'entendis leurs pas marteler le sol derrière moi alors qu'ils me prenaient en chasse. Mais pourquoi ? Qu'avais-je dis ? Je n'avais pourtant pas insulté leur reine ou leur royaume ! Peu importait, l'essentiel dans l'immédiat était de m'éloigner du palais d'où je craignais que surgissent des renforts. Le second point serait de se débarrasser de ces hommes. Je me faufilai dans les rues, visant celles où la foule était la plus importante, tournant régulièrement pour essayer de me soustraire à la vue de mes poursuivants. Les passants grognaient sur mon passage, maudissant mes légères bousculades. Puis leurs voix se changeaient en cris lorsque les soldats arrivaient à leur tour. J'entendais des bruits de chutes et des cris de douleur alors qu'ils devaient se frayer un chemin sans ménagement pour m'attraper. Je serrai les dents, retenant l'envie de me gifler. Moi qui venais de faire la morale au capitaine sur son implication d'un innocent dans son plan barbare, je me retrouvais à me servir de toute une population pour me protéger et fuir lâchement. Profitant d'une ruelle plus calme, j'osai jeter un regard par dessus mon épaule. Deux gardes se rapprochaient dangereusement de moi, et j'entendais la course précipitée d'autres poursuivants dans une rue voisine. Au détour d'une intersection, j'aperçus la sortie de la ville et les arbres qui dessinaient l'orée de la forêt. Sans plus hésiter, je pris cette direction, entraînant mes deux poursuivants vers la campagne, loin de leurs camarades. Je gravis avec quelques difficultés le chemin qui menait jusqu'au bois et pénétrai enfin sous le couvert des arbres. Lorsque je fus certaine d'être hors de vue des soldats restés à Porneel, je m'arrêtai, m'équipai rapidement de ma ''maîtrise du feu'' et me retournai pour faire face aux deux qui m'avaient suivie jusqu'ici. J'avais le souffle court et le cœur qui battait vite, mais je découvris qu'il en allait de même pour eux. J'avais même tendance à croire qu'ils s'en sortaient un peu moins bien que moi, eux qui avaient fait toute cette course avec leurs plastrons. Cependant, ils récupéraient rapidement leur respiration et dégainèrent leurs lames.

- Il semblerait que vous vouliez vous battre., leur déclarai-je alors en les surveillant attentivement. Et apparemment vous ne me lâcherez pas tant que ce ne sera pas fait. Alors qu'il en soit ainsi. Lequel de vous d'eux veut entamer le premier duel ?

Ils échangèrent un court regard, puis le plus massif des deux fit quelques pas en avant. Je pestai intérieurement. J'étais complètement désavantagée dans ce genre de situation. Non pas que leur gabarit m'impressionnait : enfant, les adultes que j'avais affrontés m'avaient paru bien plus grands. Mais c'était la première fois que j'allais me battre contre quelqu'un usant d'une épée, et celle-ci leur octroyait une allonge que je ne possédais pas. Je me focalisai sur le soldat qui me faisait face, guettant le plus infime mouvement, le moindre frémissement des muscles de ses bras dénudés. Il se rua soudain sur moi, balançant sa lourde épée verticalement pour me trancher en deux. Avant même qu'il eut fini de préparer son geste, je me déplaçai, effectuant quelques pas tournoyants pour esquiver sur le côté. Il enchaîna aussitôt avec un coup de taille horizontal. Je me laissai chuter à terre, roulai vers lui et me redressai sous sa garde avant de le frapper d'un grand coup du plat de la main dans le sternum. Je sentis son souffle sur le dessus de ma tête alors que tout l'air quittait ses poumons et je reculai avant qu'il ne rabatte sa lame par réflexe.

- Toiii !, hurla le second soldat en se précipitant à son tour.

J'en restai choquée. Cet homme venait de rompre notre duel ! N'avait-il donc aucun honneur ?! Il abattit sa lame, mais heureusement mon corps réagit plus rapidement que mon esprit. J'esquivai de justesse, sentant l'air se froisser à côté de moi. Je lui jetai un regard noir, mais il m'ignora de nouveau, lançant un coup de travers. J'entendis derrière moi le premier homme bouger lui aussi et avisai du coin de l'œil qu'il préparait un coup d'estoc pour m'embrocher. Je me jetai de nouveau au sol, laissant passer les lames au dessus de moi, puis pris appui sur mes mains et balançai mes jambes au ras du sol pour leur faucher les chevilles. Ils chutèrent tous deux dans un bruit de métal mais le second se releva rapidement. Je me redressai pour lui faire face alors qu'il reculait son épée pour un nouveau coup. Le voyant venir, je me préparai de nouveau à esquiver. Je sentis alors une main se refermer autour de mon mollet et baissai les yeux. L'homme resté au sol me jeta un sourire moqueur. La lame du second se précipita vers moi et je fis de mon mieux pour m'y soustraire, tentant de pivoter sur ma jambe immobilisée. Une douleur horrible me traversa le flanc gauche lorsque l'acier mordit ma chair. Je poussai un cri de douleur, puis assénai de toutes mes forces le talon de mon pied libre sur la tempe de celui qui me retenait. Je sentis sa poigne se relâcher et je bondis en arrière, évitant un nouveau coup du deuxième homme. Je pressai ma main droite sur ma plaie, refusant d'y jeter un œil tant que mon combat n'était pas achevé. Je devais rester concentrée malgré l'élancement qui palpitait sur mon côté. Pour l'instant, l'un de mes adversaires était assez sonné pour que je n'ai pas à m'en soucier dans l'immédiat. Mais le second était encore là, furieux et pressé d'en découdre. Il bondit, épée levée. Je jetai vers lui ma gourde d'huile et roulai sur le côté, gémissant sous la souffrance que provoquait le moindre de mes gestes. Il frappa un grand coup dans ma gourde, qui explosa sous l'impact, délivrant son contenu qui l'aspergea abondamment.

- C'est quoi ça ?!, vociféra-t-il. De l'huile ?!

Je ne lui laissai pas le temps de réfléchir davantage. Je tournai la tête vers lui et claquai des mâchoires. Une giclée d'étincelles en jaillit, minuscules points rougeoyant dont il voulu s'abriter en levant le bras. Ses poils s'embrasèrent puis le feu gagna ses habits, ses cheveux. Je me reculai pour échapper à la vague de chaleur, grimaçant sous ses cris d'agonie. Il courut je ne sais où, enflammant sur son passage les branches sèches des arbres, avant de finalement tomber à genoux puis de s'effondrer face contre terre. Je restai figée, secouée, incapable de détacher mes yeux de cette scène. J'avais... J'avais tué un homme.

- Je n'avais pas le choix..., murmurai-je pour moi même. Je n'avais pas le choix !
- Monstre !, s'écria le premier soldat.

Je me retournai, découvrant qu'il avait réussi à se redresser légèrement. Je me replaçai vaguement en position de combat, gardant ma main droite toujours étroitement serrée sur mon flan. L'homme tenta de se lever, mais je le vis perdre l'équilibre et chuter. Je me détendis légèrement, et baissai enfin les yeux vers ma plaie. La couleur rouge de ma chemise m'inquiéta et j'écartai doucement ma main pour vérifier la blessure. À la vue de la chaire lacérée, je manquai de tourner de l'œil. Je rabattis vivement ma main par dessus pour la soustraire à mon regard. Devant moi, le soldat s'effondra de nouveau, incapable de maintenir son équilibre. Plus loin, la forêt commençait à s'embraser. J'hésitai un instant sur la conduite à tenir. L'homme à terre ne me laisserait pas le guider hors de portée des flammes, mais je n'étais pas non plus capable de l'achever. Malgré ce qu'il en avait dit, je n'étais pas un monstre.

- J'ai gagné., lui lançai-je en essayant d'empêcher ma voix de trembler. Rampez vers la ville, vous pouvez vous en sortir.
- Va au diable !, répliqua-t-il hargneusement. Je jure que tu ne seras plus jamais en paix !

Je frissonnai et lui tournai le dos, avant de m'éloigner dans les bois. Je devais me mettre à l'abri de ce feu qui se propageait, et aussi des secours qui n'allaient pas tarder à rappliquer à la vue de la fumée qui devait déjà s'élever au dessus des arbres. Mais je ne pouvais pas non plus retourner à Porneel ainsi. Je ne savais pas si les gardes de l'entrée avait donné de moi une description suffisamment précise pour que tout le monde me reconnaisse, mais la simple présence de cette blessure ne manquerait pas d'attirer l'attention. Dès que je fus assez loin du lieu où s'était déroulé mon combat pour être sûre que le survivant ne pouvait me voir, j'ôtais maladroitement ma chemise. Je m'en servis de compresse improvisée, la pliant pour recouvrir ma plaie et nouant les manches autour de ma taille pour la maintenir en place. J'étais presque à moitié nue, ma poitrine uniquement dissimulée par quelques bandages qui la maintenait compressée. J'émis un ricanement en songeant que je devais avoir belle allure avec ma chemise ensanglantée, mes vieilles brûlures dans le dos et mes cheveux courts ébouriffés. J'étais mal. J'étais seule.

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Jeu 3 Nov - 4:55

[size=32]En lisant cette lettre mon sang n’a fait qu’un tour. J’aurais préféré ne pas savoir. Ma réaction dut paraître à Song disproportionnée car,  soucieux que mes éclats de voix attirent l'attention, il m'invita vivement à parler moins fort puis m'expliqua d'où venaient ces lettres. Il marqua une pause et reprit d'un timbre de voix où se mêlaient contrariété et compassion.  

‘’ Vous comprenez ce que cela signifie, n’est-ce pas ? ‘’

Si je comprenais ? Cette lettre venait voler le butin de ma vengeance. Je subissais l’affront d’une gifle royale. Voilà ce que je comprenais. Buglorn n’avait été que l’instrument de la reine. Mais un instrument très consentant et à cet égard je ne regrettais rien. Je comprenais aussi que m’attaquer à la reine représentait un risque d’une ampleur d’un autre ordre. J’y songerais mais dans ce cas, l’enjeu serait une vengeance pour laver l’honneur de mon père aux yeux de tous.

Puis la conversation bifurqua sur le dossier Dimitri. Je ne cherchai pas à m’excuser mais à présenter la réalité de nos vies. Pendant cet échange je pus aisément constater le désarroi de Song. Il paraissait si désabusé et déçu de la tournure que prenait son existence, déçu de la vie que je lui avais offert. Mais qu’avait-il cherché en quittant son île? *Qu’avais-tu cherché mon pauvre Song ? Un monde idéal ? Des gens parfaits, justes et sans arrière pensée? Croyais-tu vraiment que ce monde existe en dehors de tes rêveries? Dès le berceau l’être humain ne cherche que son plaisir. Le nourrisson pleure pour obtenir gain de cause. Plus tard il optera pour la gentillesse ou la violence selon ce qui fonctionne le mieux. Méfie-toi de la personne qui t’offre l’amitié; elle étend sa toile pour te piéger,  comme l’araignée pour la mouche. Rien n’est gratuit dans ce monde. Tout se paie.*  J’aurais voulu lui dire tout ça, en discuter mais finalement je gardai mes réflexions pour moi-même et tentai d'expliquer ma position sans trop me compromettre alors que Song s’éloignait.
" Tu penses que je suis dur mais tu sais, peu de capitaines laissent autant de liberté à leurs matelots. Tu as fait un boulot fantastique et je l’apprécie mais dans la vie que nous menons il faut éviter les sentiments, les garder pour soi. Romulus disait : «Un matelot se remplace, un ami ne se remplace pas.»"

 Song entendit peut-être. Il ne se retourna pas. Où allait-il ? Qu’allait-il faire ? Mieux valait laisser retomber la poussière des derniers événements. La reine pouvait attendre son châtiment. Je ne pouvais lever autant de haine envers elle malgré ce que je venais d’apprendre. La haine s’installe petit à petit. Il faut lui donner du temps pour former une plaie sur les parois du cœur. Et pour ne pas oublier, au fil des années on arrache la croûte de cette plaie et on l’arrose de pensées acides pour qu’elle continue à nous faire mal et ne cicatrise jamais. On trouve dans la haine la même passion que dans l’amour. Pour le moment tuer la reine ne m’offrait aucune satisfaction. Bien sûr elle méritait la mort pour être un tyran sans scrupule, une mégère de la pire espèce et son tour viendrait. L’honneur de mon père en dépendait et ces lettres serviraient à laver sa réputation. Je les enroulai et les dissimulai dans la tige de ma botte.

Je revins en pensée à Song. Il ignorait le remous que son alter ego avait provoqué dans mon univers. J’en fus ému au point de troubler mon sommeil. Pour la première fois de ma vie j’aurais pu aimer une personne autre que ma mère. Mais cette pensée me semblait de plus en plus fantaisiste, limite farfelue. Elle avait tout de même provoqué en moi un élan de tendresse et de rêverie.  

Je bâtirais pour elle un château de velours
Au pied d’un arc-en-ciel en pétales de roses
Les elfes et les fées y joueraient dans la cour
Avec les papillons sur les fleurs qui se posent.

J’habillerais le ciel pour un grand festival
D'un dôme de satin, d’un soleil de cristal….

Tout à coup une forte odeur de fumée s’engouffra dans mes narines. Je me redressai pour mieux évaluer son point d’origine. Je payai l’addition et me déplaçai pour avoir un vue claire à travers les bâtisses de la rue. Ça venait du même endroit où nous avions trouvé Dimitri le jour d’avant. À en juger par le panache de fumée s’élevant au-dessus de la cime des arbres, un feu de forêt important faisait rage à proximité de la ville. Et comme pour confirmer mon analyse une sirène se mit à se lamenter, sans doute pour alerter les équipes de secours et bientôt des sapeur-pompiers sortirent de partout, les uns munis de pelles, de seaux, de haches, d’autres montés sur des carrosses équipés de citernes et de pompes.  Ils convergeaient tous dans la même direction. Leur objectif visait probablement à éviter que le feu atteigne la ville.
Je décidai de suivre les pompiers quand je vis Gontran se précipiter dans ma direction.

‘’ J’ai vu des soldats pourchasser Song tout à l’heure. ‘’  lança-t-il tout excité.

‘’ De quoi tu parles Gontran? Song m’a quitté il y a  une heure à peine. Il s’en allait à l’hôtel ramasser ses affaires.’’

‘’ Je suis sûr que c’était Song. Je ne sais pas ce qu’il a fait mais des soldats lui couraient après. Il est passé à toute allure en bousculant les gens dans la rue. C’a créé toute une commotion pour les marchands avec leur éventaire disposé à l’extérieur des boutiques et les clients farfouillant à travers la marchandise. Moi j’étais en train de me faire raser chez le barbier de l'autre côté de la rue. J’aurais voulu le suivre mais il a bien fallu attendre que le barbier finisse son rasage et après, c’était trop tard pour le rattraper. Des gens m’ont dit qu’il était entré dans la forêt, à peu près où on était hier. Des gardes ont pénétré dans le bois à sa poursuite. Deux au moins, qu'ils ont dit.  C’est peut-être Song qui a mis le feu. ‘’

‘’ Pourquoi tu dis ça Gontran ? Comment Song aurait-il pu mettre le feu avec des soldats sur ses talons? ''

‘’Tu sais, hier soir après la fête, il a mis le feu à sa robe après s’être changé. Il voulait effacer les preuves, disait-il. Je ne sais pas comment il a fait mais la robe a carrément explosé. Il a un secret pour mettre le feu, j’en mettrais ma main au…feu.’’

‘’ OK, dis-moi ce que Song portait. Pour confirmer tes dires.

'’Il portait une chemise blanche à longues manches. Pas de chapeau et les cheveux noirs, courts. Ah oui, et son pantalon kaki, celui qu’il portait en arrivant. J’en suis sûr crevette. Je le connais Song.

‘’ Bon d’accord, tu m’as convaincu. Allons-y alors. Nous perdons du temps. Peut-être a-t-il besoin d’aide. Il faut essayer de le trouver et savoir ce qui s’est passé, pourquoi il a des gardes à ses trousses. ''

 Le chemin de halage aux abords de la ville formait une barrière efficace de protection contre le feu. Le vent soufflait mais très faiblement en direction de la ville. Deux carrosses chargés de citernes remplis d’eau se stationnèrent de travers dans le chemin et déroulèrent un long boyau pendant qu’un autre groupe de pompiers sur le carrosse s’activaient à actionner une grande manivelle. Un mystérieux mécanisme forçait de l’eau à travers le boyau et la projetait à plus de quinze mètres. Ils s’en servirent pour arroser les arbres au bord de la forêt.
Je m'adressai à Gontran en pointant une trouée dans les buissons en bordure de la forêt.
 ‘’Song a probablement  pénétré par ce sentier. Si les gardes veulent l’arrêter, il ne reviendra sûrement pas vers la ville pour se retrouver à découvert. Il choisira de s’éloigner du feu et de rester dans la forêt jusqu’à la tombée de la nuit.  Mais dans quelle direction ? Pas vers la montagne c’est sûr, le flanc est une vraie falaise. Il n’oserait pas s’aventurer à  escalader pareil mur de roches. Moi je dirais qu’il va aller vers la mer, dans cette direction, en suivant le bas de la montagne. ‘’

‘’Oui, ça fait du sens, mais comment on va le trouver ? C’est comme chercher une aiguille dans une meule de foin.''

‘’ Tu as raison mais il faut tenter la chance pendant que tout le monde est occupé avec l’incendie. Il faut le retrouver. Gontran, je n’abandonne jamais un de mes matelots. ‘’

‘’Les soldats l’ont peut-être arrêté.''

‘’Peut-être mais ils ne sont pas sorti de la forêt avec lui. On le saurait...''

‘’Il est peut-être mort.''

‘’ Peut-être, peut-être...arrête de dramatiser. On n’en sait rien. Il faut se lancer à sa recherche. Allons-y… suis-moi.''


À ce moment la chance se présenta sous la forme de Paprika qui tournoya au-dessus de nos têtes puis partit vers la forêt. Soudain il mit les freins, se tourna puis nous regarda, stationnaire.   

‘’ Paprika l'a trouvé ! Regarde, il veut qu’on le suive. ‘’ Puis m’adressant à l’oiseau : ‘’ Vas-y mon Paprika. Trouve Song. Tu vas te mériter le meilleur filet couvert d’épices dont tu n’as même pas rêvé.''

 Paprika nous entraîna dans une zone densément peuplée de feuillus dont les feuillages épais s’entremêlaient par endroits de sorte que l’éclairement au sol s’en trouvait fortement réduit. La végétation du sous-bois ralentissait notre progression. Je dus parfois me servir de mon sabre pour me frayer un chemin à travers les aulnes serrées, les arbustes, les branches mortes. On devait sauter par dessus des arbres tombés, ou passer en dessous. Paprika nous attendait plus loin, perché sur une branche. Je me demandai si Paprika n'avait pas choisi le pire trajet pour nous diriger. Gontran me suivait sans parler, ce qui m'étonnait. Après les aulnes on a dû traverser un peuplement de fougères plus hautes que nos têtes. Il fallait faire attention au sol spongieux, quasi marécageux.  

 Enfin la végétation changeait à mesure que le sol s’élevait vers la montagne. Des conifères prenaient la relève des feuillus et le sous-bois moins encombré se limitait à des arbrisseaux ici et là, des repousses de cèdre. Dans ce sol rocailleux des pins énormes enfonçaient leur racines dans les espaces entre les rochers à la recherche de terre humide pour s’abreuver. On aurait cru qu’ils se cramponnaient exprès aux rochers pour s’ancrer fermement .

 Arrivés à cette hauteur Paprika s’éloigna encore une fois puis se percha plus loin sur une branche d’un chicot sec. Il émit alors un croassement doux, inhabituel, une sorte de roucoulement en regardant le sol. D’après moi il nous donnait le signal qu’il venait de localiser Song. Je me demandai dans quel état on le trouverait. Mais il y avait encore des obstacles à franchir avant d’arriver à cette hauteur. Il a fallu passé sous le tronc d’un énorme pin déraciné, monter sur un gros rocher couvert de mousses puis descendre de l’autre côté dans une dépression sombre et humide pour finalement devoir escalader un autre rocher. Parvenus en haut je suivis le regard de Paprika. Cinq mètres plus bas je vis Song assis sur une roche plate couverte de mousse, prostré comme un homme fatigué, ou endormi. Je devinais qu’il s’agissait de Song car nous ne pouvions le voir que de dos. En tout cas il ne s’apercevait pas de notre présence.

‘’ Song. Que fais-tu là ? ’’ prononçai-je d’une voix qui sortit étriquée de ma gorge sèche.

Il sursauta et tourna brièvement la tête dans notre direction.

‘’Allez-vous en! Je ne veux voir personne.’’

Il se déplaça d'un demi-mètre sans se retourner, comme un enfant boudeur qui se tasse sur un banc quand on s’approche. On pouvait voir des marques sur la peau blanche de son dos, des cicatrices, car il avait attaché les manches de sa chemise autour de sa taille. D’ailleurs cette chemise maculée de taches rouges ne pouvait tromper l’œil d’un pirate.

‘’Tu es blessé. On peut voir des taches de sang sur tes vêtements. C’est Paprika qui t’a trouvé. Pourquoi tu fais la tête ? Tu ne peux pas rester ici, en pleine forêt. Il y a des loups et tu es blessé. On vient pour t’aider Song. Pourquoi tu ne te retournes pas ? ‘’[/size]

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Lun 7 Nov - 17:46

J'avais réussi à me traîner encore un peu plus loin, contournant de gros rochers, et m'enfonçant de plus en plus dans cette forêt de pins. L'odeur des résineux couvrait à peine celle de la fumée lorsque je m'étais finalement arrêtée, à bout de force, trouvant refuge dans un renfoncement du terrain. Je restais là, prostrée, essayant de rejeter la douleur et de trouver un moyen de m'en sortir. Mon sac contenait bien quelques onguents avec lesquels j'aurais au moins pu désinfecter correctement la plaie, mais il était resté à l'hôtel. Je ne pouvais plus empêcher mon corps de trembler. Je ne voulais pas mourir. Je ne voulais pas mourir !

- Song. Que fais-tu là ?

Je sursautai et tournai précipitamment la tête, découvrant Crevette et Gontran. Comment m'avaient-ils retrouvée ?

- Allez vous-en ! Je ne veux voir personne., leur lançai-je durement.

Je me repliai encore plus sur moi-même. Le capitaine reprit la parole, d'une voix qui me semblait... inquiète. Vraiment ? Après la façon dont je l'avais quitté au restaurant, pourquoi s'était-il lancé à ma recherche ? Ne m'en voulait-il donc pas ? Au contraire, il semblait sincèrement se soucier de mon état. Et moi qui pensais qu'il ne voudrait plus jamais me revoir... J'avais tout faux. Et même si j'essayais encore de rester forte... Je ne voulais pas être seule. Sans me retourner, je tendis une main vers l'arrière.

- Donnez-moi votre manteau, j'ai froid., demandai-je d'une voix que j'espérais ferme.

J'entendis quelques bruits dans mon dos, puis l'habit atterrit dans ma main. Je m'en revêtis difficilement, peinant à bouger mon bras gauche tellement la douleur dans mon flanc était terrible. Je rabattis les pans devant moi et les maintins de la main gauche juste avant que Crevette ne parvienne à mes côtés, puis s'accroupisse devant moi.

- T'es dans un sale état ! Est-ce que ça va ? Tu peux marcher ?
- Bien sûr que non ça ne va pas !, explosai-je.

Je refermai ma main droite sur sa chemise, hésitant entre envie de hurler, de le frapper ou de le remercier. Finalement je fondis en larmes et appuyai mon visage contre son épaule, me cachant comme une enfant. Il se tendit et je songeai faiblement que je venais sans doute de ruiner ma dernière chance de me faire vraiment accepter dans l'équipage, mais je n'en avais plus rien à faire.

- Comment est-ce que ça pourrait aller ?, sanglotai-je. J'ai tué quelqu'un ! Je ne voulais pas... Je n'aurais pas dû... Je n'avais pas le choix ! Mais ces brutes... Pourquoi ? Est-ce qu'ils n'ont aucun honneur ? Je me suis trompé... Le monde n'est pas... Je n'avais rien fait de mal ! Mais... J'avais oublié l'interdiction... Ils voulaient me tuer ?

Mes propos devenaient de plus en plus confus, je n'étais moi-même pas vraiment sûre de ce que je racontais. Mais j'avais besoin de m'épancher, de laisser couler hors de moi toute cette peur. Cette peur de la mort, cette peur de l'abandon, cette peur de moi-même. Je hoquetai, pleurai à n'en plus finir, réalisant que ce n'était pas juste les dernières heures qui m'avaient fait craquer, mais que je versais toutes les larmes que je retenais depuis mon enfance. Cela dura longtemps, jusqu'à ce que je sois vidée de tout. Lorsque les larmes se tarirent enfin, je relâchai Crevette et essuyai mon visage dans ma manche sans oser le regarder.

- Je suis désolé... Cela ne se reproduira plus., promis-je.
- Ne t'en fais pas, nous comprenons. Chacun a ses limites. Si tu te sens assez fort, il faudrait y aller maintenant, avant que le feu s'approche., répondit-il finalement d'une voix indéfinissable. Tu peux te lever ?

J'acquiesçai et bougeai lentement, serrant les dents, ignorant les étoiles qui dansaient à la périphérie de mon champ de vision. Je vacillai et il me saisit le bras pour me soutenir. Je grognai une sorte de remerciement, agacée d'être si faible.

- Qu'est-ce qui t'es arrivé, Song ?, m'interrogea la mouche avec curiosité.
- Song pourra nous raconter tout ça plus tard, Gontran., coupa Crevette. D'abord il faut trouver quelqu'un pour le soigner car il a déjà perdu beaucoup de sang. Il ne pourra pas tenir bien longtemps encore.

Nous nous mîmes en route dans la forêt, Paprika ouvrant la route en jetant des coups d'œil attentifs aux alentours. Je me demandai si cet oiseau était dressé ou suffisamment intelligent pour nous prévenir de toute présence humaine. En fait la réponse n'était sans doute pas importante, mais j'avais besoin de penser à quelque chose tandis que j'avançais avec difficulté dans ce paysage sauvage. La mouche choisissait pour nous le chemin le plus praticable, se retournant régulièrement pour voir si nous étions toujours là, posant sur moi un regard interrogatif. Je finis par soupirer et lui fis un signe de la tête pour le pousser à poser la question qui lui brûlait les lèvres.

- Et ces marques dans ton dos, c'est quoi ?, demanda-t-il.
- Un rappel auquel je n'ai pas assez prêté attention., grimaçai-je.

Ce n'était certainement pas la réponse qu'il aurait souhaitée, mais il eut la délicatesse de ne pas insister.

- Il y a un médecin à bord ?, questionnai-je à mon tour, autant pour changer de sujet que par réel intérêt.
- Non., répondit le capitaine. Et même si c'était le cas, le Loup des mers n'est pas encore revenu. Et même alors, il faudrait trouver un moyen de te ramener sur le navire.

Je baissai la tête. J'entrevoyais déjà comment les choses allaient finir. Drago devrait sans doute bientôt revenir de Sunny Grace, et après cet assassinat Crevette et Gontran ne pouvaient pas se permettre de s'attarder trop longtemps sur l'île. Je n'étais qu'un poids, je ne ferai qu'attirer l'attention. La meilleure chose pour eux était de me laisser ici.

- Je m'en sortirai., annonçai-je. Vous pouvez me laisser là.
- Tu me connais mal, Song. Je n'abandonne jamais un matelot. On raconte toutes sortes de choses sur les pirates, mais tu sais, nous sommes un peu comme une famille...

Je relevai le visage vers le capitaine, touchée par ces mots, et me forçait à lui octroyer un faible sourire.

- Mais vous n'avez pas besoin d'un matelot comme moi, n'est-ce pas ?, rétorquai-je doucement. Je me rends compte que je manque cruellement d'expérience... Laissez-moi un peu de temps... Je vais devenir fort vous savez. Mais plutôt que d'apprendre à tuer, je veux aussi apprendre à soigner. Ça peut être utile parfois, non ?

Crevette ne répondit pas tout de suite, me fixant avec attention. Il semblait encore hésiter, même après que je lui aie affirmé pouvoir me débrouiller. Bien, ce n'était pas comme si j'avais pu lui fournir beaucoup de preuves de ma débrouillardise. J'allais rajouter que je ne les vendrais pas, ni lui ni Gontran, même si je me faisais capturer, quand il sembla prendre sa décision.

- J'ai des connaissances parmi les rebelles., répondit-il enfin. Ils te cacheront le temps que tu te remettes...

Je fis de mon mieux pour conserver mon sourire, hochant la tête pour approuver son choix. Voilà, c'était la meilleure chose à faire. La meilleure chose...

***

Je me réveillai en sursaut et tentai de me redresser. Ce mouvement irréfléchi m'arracha une plainte qui me renvoya directement à la station horizontale.

- Vous ne devriez pas bouger, mademoiselle.

Je tournai la tête, découvrant un homme inconnu, dans un lieu inconnu, penché au dessus de moi avec une arme à la main. Par réflexe je me préparai à me défendre, mais il se recula et leva les mains dans un signe de reddition.

- Ne nous énervons pas, je ne vous veux pas de mal, je suis juste médecin ! Et arrêtez de bouger, je n'ai pas fini de vous recoudre !

Je m'immobilisai, réalisant que son arme était seulement une aiguille. Voyant que je m'étais calmée, il replanta l'objet dans ma chair, m'arrachant une légère plainte. Je baissai les yeux vers la plaie, constatant qu'elle avait déjà bien meilleure allure. L'homme faisait son travail avec habileté et assurance, ce qui me rassurait quelque peu. Même si les piqûres qu'il m'assénait me faisait douter qu'il eut utilisé le moindre anesthésique.

- Où sont les autres... ?, demandai-je en les parcourant la salle du regard. Qu'est-ce qu'il s'est passé ? Où sommes-nous ? Depuis combien de... ?
- Une question à la fois..., soupira l'homme. Vos compagnons sont juste dans la pièce voisine, je préfère avoir le calme quand j'opère. Je ne sais pas comment vous avez obtenu cette blessure, mais ces hommes étaient vraiment inquiets lorsque vous avez perdu connaissance. Ce qui ne s'avère pas vraiment étonnant compte tenu de cette hémorragie. Il fallait rester allongée, idiote ! Enfin... Il va vous falloir rester alitée le temps que la plaie commence à cicatriser correctement.  Et je vous interdis toute activité physique avant trois semaines. Vous serez vraiment guérie quand vous verrez que l'hématome sera complètement résorbé. Et éviter de vous exposer au soleil. Si vous faites attention, la cicatrice devrait disparaître d'ici six mois à un an.

Je clignai des yeux sous l'afflux d'informations. Cela allait être si long... ?

- Et voilà, c'est fini !, annonça l'homme en nouant l'extrémité de son fil. Au fait, je suis le docteur Madra. Et maintenant, je vais appeler vos amis, d'accord ?
- Attendez !, m'exclamai-je en lui saisissant le bras. Est-ce que vous pouvez me rendre un service ?

L'homme me jeta un regard étrange et je le lâchai en me rendant compte de mon impudence.

- Enfin... Vous en avez déjà fait beaucoup pour moi... Merci, docteur. Mais est-ce que... vous pourriez ne pas leur dire que je suis une femme ?

Le médecin sembla encore plus perplexe, mais il haussa les épaules, l'air de dire que tout cela ne le concernait pas. Je le remerciai une nouvelle fois et il s'écarta, allant ouvrir la porte. Il sortit et j'entendis les bruits d'une conversation que je ne parvins pas à capter, puis il rentra bientôt avec un jeune homme brun que je ne connaissais pas vraiment.

- Song ?, demanda-t-il en se rapprochant, l'air légèrement mal à l'aise. Hum, je... Mon frère a dû repartir. Il a dit quelque chose comme quoi vous vous étiez mis d'accord pour qu'il te laisse ici et... Il m'a laissé cette lettre pour toi.

Ismaël me tendit un morceau de papier, que je récupérai d'une main tremblante. Alors c'était comme ça ? Un départ sans même un au revoir ? Je serrai le poing, froissant la lettre sans y jeter un regard. Puis au bout de quelques secondes ma poigne se détendit. D'un autre côté, qu'aurions-nous pu nous dire d'autre ? Je savais ce que j'avais à faire. Cette lettre... Je ne la lirais que quand je m'en sentirai digne. Mais bon sang... J'aurais tellement voulu partir avec eux...



Restée en arrière sur Luvneel, Mulan subit une convalescence forcée avant de pouvoir repartir vers de nouvelles aventures. Et pour passer la garde surveillant l'île, elle s'engage à réaliser La mission de l'assureur.




Dernière édition par Fa Mulan le Sam 4 Mar - 13:27, édité 1 fois
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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Lun 26 Déc - 4:32

Lorsque Song s’affaissa j’étais seul avec lui. Nous approchions de la route et Gontran venait de partir en éclaireur pour vérifier si tout le monde surveillait encore le feu, et si nous pouvions sortir de la forêt sans se faire repérer. Song avait démontré un courage exemplaire mais sa résistance s’opposa aux limites du corps humain et je le sentis glisser contre moi. En perdant conscience sa main gauche libéra les pans du veston qu’il tenait fermement serrés contre sa poitrine. Ma première réaction en fut une de choc et d’incrédulité. Il y avait une bande de tissu enroulé sur le haut du torse de Song destinée à compresser ses … seins. Je refermai les pans du veston en vitesse comme si le matériel me brûlait les doigts. Juste à temps car Gontran revenait m’avertir que la voie était dégagée, tout le monde se battait encore contre le feu qui gagnait en intensité.  
" Qu’est-ce que t’as Crevette? "

" Quoi qu’est-ce que j’ai ? "

" T’es blême. Tu vas pas tomber dans les pommes toi aussi ? "

" Ben non, voyons. Aide-moi à l’allonger au lieu de dire des conneries."

La révélation m’avait sonné. En vérité j’avais un mal de chien à chasser la vision de ma tête et penser à autre chose. Il le fallait pourtant si on voulait se tirer de ce mauvais pas.
" Écoute Gontran, nous ne parviendrons jamais à la ... à … le soutenir jusqu’au repère des rebelles. On est à plus de un kilomètre. Il faut que tu ailles chercher un moyen de transport. J’attendrai ici mais il faut faire vite. "  

" Plusieurs personnes ont des petites charrettes pour se déplacer en ville. Je vais en arrêter un et lui proposer de le payer."

" Bonne idée. Et s’il refuse, tu as un pistolet à ta ceinture. On a pas de temps à perdre."

" Il n’est pas chargé."

" Tu n’as pas à leur dire, Gontran. Allez, grouille-toi. J’attends ici."

Une fois Gontran hors de vue, j’ouvris à nouveau le veston pour vérifier l’état de la blessure. Bizarrement je me sentais comme un voyeur et j’évitais de regarder sa poitrine. L’hémorragie m’apparut assez bien contrôlée par la chemise attachée en garrot autour de la taille car tout juste un petit filet de sang s’échappait de la zone de la blessure. Je décidai de ne toucher à rien de peur d’aggraver son état. Song semblait dormir. Du moins il respirait. Je refermai le manteau et je m’assis sur le tronc d’un arbre tombé pour surveiller les environs tout en gardant un oeil sur Song. Je profitai du temps à ma disposition pour réfléchir, pour faire une mise au point de nos aventures depuis notre arrivée sur l’île. Mes pensées revenaient invariablement vers Song. Cette révélation changeait tout. Ça expliquait tout également: ses réactions par rapport à la violence, sa sensibilité, ses bonnes manières, certains aspects de son apparence tels l’absence de pilosité, la texture de sa peau, la rondeur de ses hanches. Une foule de détails me revenaient en mémoire confortant l’évidence de la féminité de Song. J’avais eu des doutes sur l’orientation de sa sexualité mais de là à questionner sa véritable nature, si l’idée m’avait traversé l’esprit après sa performance au manoir, je l’avais rejetée aussitôt. Mais à présent  la vérité s'imposait : Song n’était pas un garçon.

Je me demandai pourquoi ça me contrariait tant. Bien sûr son subterfuge équivalait à un énorme mensonge, à une trahison. Et lui qui s’était offusqué de mon petit tour de passe-passe au sujet de Vladimir. Faut avoir du culot quand même ! Mais je ne le lui en voulais pas pour autant. Le plus gros problème avec moi consistait à chercher des excuses aux autres pour leur comportement. Je tenais cela de ma mère. Elle disait que les gens naissaient sans passé ni mémoire. Leur histoire commençait par une page blanche. Mais quand on est tout petit, disait-elle, on laisse la famille, la société et les autres écrire nos premières pages. On nous moule, on nous manipule, on nous inculque des valeurs, des comportements, des croyances. Et puis après,  quand on prend notre propre vie en main, on poursuit la rédaction de notre histoire nous-mêmes, alors on peut rejeter, si on veut, ce que d’autres ont écrit à notre place. Ma mère regardait au loin, perdue dans ses pensées quand elle me disait ça. Mais dans le cas de Song, qu’avait-on écrit sur ses premières pages pour qu’elle renonce à poursuivre sa propre histoire? Que lui avait-on fait subir pour qu’elle renie son identité? Ces marques dans son dos, ces cicatrices pourraient-elles apporter un élément de réponse ? Je ne le saurais sans doute jamais. Song ne faisait plus confiance à personne. Pas à moi en tout cas. En fait, le sujet de ma contrariété avait un lien direct avec ce manque de confiance. En toute franchise, j’éprouvais un sentiment comparable à la frustration de l’amant éconduit, un certain degré de rancœur de n’avoir pas séduit la demoiselle. Car je ne pouvais nier que Séréna, elle m’avait plu. Mais qui pourrait me blâmer de n’avoir pas su me rendre séduisant à ses yeux ? J’ignorais avoir affaire à une fille. Comment aurais-je pu exercer mon charme alors qu’elle était un garçon ? J’aurais passé pour qui ?

Je mis abruptement un terme à mes réflexions car je crus entendre des paroles venant de Song.  Puis il se tut. Je m’approchai :
" Tu as parlé Song ? "
Il ne répondit pas. Juste à ce moment-là une charrette s’arrêta au bord du chemin. Gontran en descendit et accourut vers nous.
" Song est encore en vie ? "  

" Oui. Prends ton côté on va le soutenir jusqu’à la charrette. Tu n’as pas perdu de temps. C’est bon."

" J’ai eu de la chance, je connaissais le gars. Il s’appelle Jules. Il est parent avec Alice. On a pris une bière ensemble l’autre soir. On peut lui faire confiance."
Gontran m’apparut plus mature tout à coup, plus responsable. Je l’avais peut-être mal jugé. Depuis notre arrivée sur l’île il se souciait de son apparence. Bien vêtu, des cheveux châtains courts serrés comme une fourrure, des traits réguliers, des yeux pétillants.  Ma foi c’était un beau bonhomme.

" Je vois que tu te fais des amis. Vas-tu rester sur l’île ? Tu songes à te marier avec Alice ? "

" Non, je l’aime bien mais pas pour le mariage. Je n’ai pas les moyens non plus et le métier qu’elle fait, je n’ai rien contre mais quand on est en couple … ben, c’est pas pareil. "

" Je comprends. On va apporter Song chez Maxim puis on va retourner en mer. La vie sur terre est trop compliquée à mon goût. Je commence à m’ennuyer de la mer…pis des autres."

" Moi aussi, " enchaîna Gontran d’un air rêveur. Puis il me regarda avec un sourire enfantin, presque mignon.
En fin de compte, je l’aimais bien Gontran. Pas de surprise avec lui, je l’avais vu tout nu. C’était un gars sans l’ombre d’un doute. Nous allongeâmes Song dans la charrette et l’ami Jules nous conduisit au bar chez Maxim. Cet endroit servait de façade pour les rendez-vous clandestins des rebelles. Il y avait une porte dissimulée dans un appentis qui menait à un sous-sol genre bunker où nous avons pu transporter Song. Nous l’avons allongé sur une paillasse dans une chambre et je suis ressorti pour remercier et payer Jules. Le temps avançait et puisque Song semblait bien installé au pays des rêves, je suggérai à Gontran de monter au bar pour manger un brin. Une fois là haut je demandai à Maxim de communiquer avec le toubib en urgence.
" Lequel, demanda-t-il, le doc Madra ? "

" Il vit encore celui-là ? Bon, demande-lui de venir de toute urgence. Un blessé grave. Nous ne pouvons pas le transporter ailleurs. "
Je me tournai vers Gontran :
" Il faudrait que j’aille chez moi. Je vais avoir besoin d’Ismaël. "

" Ismaël, ton frère ? Il est au feu, je l’ai vu tout à l’heure. Tu veux que j’aille le chercher ? "

" Oui, bien sûr, puisque tu l’offres. Dis-lui de venir au plus vite. Et reviens toi aussi. On a des choses à discuter. Après tu pourras aller où tu veux. "  

J’anticipais le réveil de Song mais je ne tenais pas à être présent. Je comptais sur Ismaël pour lui remettre un mot de ma part. Je voulais aussi le charger de suivre les progrès de la convalescence de Song après notre départ. Le toubib mit une bonne demi-heure avant de se présenter. «Une naissance dans un rang», prétexta-t-il. Gontran avait eu le temps de revenir avec Ismaël. Je proposai à Gontran de venir passer la nuit chez nous pour éviter de lui payer l’hôtel pour une autre nuit mais il me répondit de ne pas m’en faire, il resterait chez un ami ou avec Alice. Puis il repartit pour la ville et je descendis avec Ismaël et le docteur Madra au sous-sol. Song n’avait pas bougé d'un cheveu.  
" Est-ce qu’il est dans le coma ? Ça fait une heure qu’il a perdu connaissance. "

" C’est possible mais il respire, c’est bon signe. Laissez-moi seul avec lui, je vais m’occuper de sa blessure. Apportez-moi de l’eau chaude et des linges propres pour nettoyer la plaie. "

Madra ouvrit le veston.
" C’est une fille ? " s’étonna-t-il.

" Oui mais je vous demande de ne pas en parler aux autres. Je viens de l’apprendre moi-même. Je m’excuse, c’est une histoire compliquée. Je vais sortir et revenir avec ce qu’il faut. Croyez-vous qu’elle va s’en tirer ? "

" Je vais faire tout mon possible, je vous assure. Mais nous perdons du temps à discuter."

" D’accord docteur. On sort. Je vous apporte de l’eau et des linges propres. "

Finalement tout rentra dans l’ordre. J’attendis les nouvelles avec Ismaël dans la pièce à côté. J’eus le temps de lui expliquer ce qui trottait dans ma tête et ce que j’attendais de lui. Un face à face aurait causé un malaise que je préférais éviter pour le moment. Song avait ses raisons et je ne tenais pas à forcer des explications dans son état. Ismaël approuva et prit le message que j’avais préparé pour Song. Une trentaine de minutes plus tard le toubib vint nous avertir qu’il avait terminé, que notre ami(e) était consciente mais qu’elle devrait garder le lit pour deux à trois jours au moins, éviter tout effort pour trois semaines. Il reviendrait le lendemain pour changer le pansement. Je chuchotai à Ismaël de me retrouver à la maison en soirée et je sortis avec Madra, auquel je tendis cinquante berrys en lui serrant la main.

Par après je révisai le programme pour les prochains jours. D’abord  j’allais me départir du diamant rose caché dans une pochette de mon pantalon car mes fonds commençaient à baisser. Je comptais en tirer au moins 25,000 berrys. Par après il me resterait seulement à charger Paprika d’un message pour Drago. Nous irions les rejoindre avec une chaloupe ; il pouvait rester au large. Ensuite, j’attendrais le retour de Paprika et aussitôt fixé sur la position du Loup des Mers, nous passerions un dernier soir sur l’île, probablement dans un bar avec Gontran et Ismaël à parler de trésors et taquiner les serveuses. Le matin du départ, après avoir embrassé maman et tante Rosie, je partirais avec Gontran vers de nouvelles aventures.


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ebi akuma

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MessageSujet: Re: Pourquoi pardonner quand on peut se venger   Jeu 2 Fév - 16:22

La vie nous pousse constamment vers l’avant ; on ne peut pas trop s’attarder sur le passé ; on épingle des visages dans l’album de nos souvenirs comme un collectionneur de timbres ou de papillons. J’avais laissé Song entre de bonnes mains. Cette conviction me procurait un certain réconfort car je déplorais la perte d’un bon matelot. Son visage glissait lentement dans mon passé, épinglé dans l’album des bons souvenirs. Mais il arrive aussi que des gens remontent du passé et pas toujours ceux qu’on voudrait revoir. J’avais oublié Ben Affreu, un déséquilibré responsable de plusieurs de mes cauchemars à l’adolescence. Il refit surface juste avant qu’on reprenne la mer. Gontran avait croisé l’individu dans le bar où il était retourné voir des amis après notre départ de chez Maxim. Pour ma part,  j’avais opté pour une soirée tranquille à la maison. Le lendemain matin Gontran m’avait rejoint chez tante Rosie pour déjeuner. Je faillis ne  pas le reconnaître. Il portait une chemise orange brûlé, des bottes casaques à hautes tiges repliées, un pantalon cendré soutenu par une large ceinture de cuir marron,  une boucle d’oreille en or, un bandeau élastique autour de la tête duquel pendait une petite amulette en poils. Il nous rejoignit à la table de cuisine sous l’invitation de tante Rosie, accueillante comme d’habitude. Ismaël lui fit un salut cordial de la tête. Je ne pus m’empêcher de commenter son apparence :
" Wow! Ton nouveau look n’est pas piqué des vers Gontran. Tu vas faire fureur auprès de ces damoiselles. Ta boucle d’oreille est en or … massif ?" 

" Oui. Je l’ai eu à rabais, " dit-il en composant un sourire de voleur content, puis il ajouta : " mais je dois te conter quelque chose d’important. Au bar hier soir un gars a parlé de toi. Il voulait savoir si quelqu'un connaissait un pirate surnommé Crevette. "

" Il  a parlé de moi ? T’es sûr ? dis-je en soulevant un sourcil.  Tu lui as dit où me trouver ? "

" Non, ce gars-là m’a parut bizarre. J’ai juste demandé pourquoi il te cherchait. Il a répondu que ça ne regardait que lui."

" Tu as su son nom ? "


" Pas au complet. J'ai juste pigé qu'il se nommait Ben. Un homme assez costaud. Cheveux noirs. Il porte un bandeau sur un œil, comme un pirate. "

Gontran posa sa main devant un de ses yeux en disant cela, comme pour illustrer sa description.

" Sur l’œil droit ? Est-ce qu'il a une cicatrice sur l’autre  joue ? "

" Oui. Tu le connais Crevette ? "

Un visage avait pris forme dans ma tête. Un mauvais souvenir. Si ce macaque me cherchait ça n’annonçait rien de bon.

" Si je le connais ? C'est un fou, un cauchemar sur deux pattes. Ben Affreu. Tu as bien fait de ne rien lui dire."

À ce moment tante Rosie apporta un thé chaud à Gontran en attendant son déjeuner. Ismaël nous regardait à tour de rôle sans dire un mot tout en écrasant le coin d’une rôtie dans le jaune coulant d’un œuf.  Gontran prit une gorgé de son thé et poursuivit notre conversation :

" Pourquoi il t'en veut ? "

" Une histoire d'ados. Il avait surpris sa copine à me parler. C'était une petite garce. Les gars se la passaient à tour de rôle mais l'idiot de Ben s'imaginait être son seul jules. À partir de ce moment-là il s'est mis à me harceler. S’il me croisait, il me jetait des regards meurtriers ou me gratifiait d’un geste obscène. Je lui avais pourtant juré n’avoir rien fait avec sa belle. Rien n’y fit, il m’avait inscrit sur sa liste noire. Puis un jour dans la cour du collège il a fait l’erreur de m’agripper pas derrière. J'étais en train de gosser un crayon avec mon canif. Par réflexe je me suis retourné et lui ai coupé la joue. Il saignait comme un porc. Le toubib lui a fait plusieurs points de suture pour le raccommoder mais il en a gardé une cicatrice. À son retour de l’infirmerie Il a été brailler au directeur et j’ai dû rendre mon canif. L’œil, il l’a perdu  dans une bagarre. J’te le dis, une vraie séquelle ce Ben Affreu. Il veut sans doute se venger. "


" Qu’est-ce que tu vas faire ? " reprit Gontran en mâchouillant sur une lanière de bacon qu’Ismaël l’avait autorisé à piger dans son assiette.

" Je vais prendre les devants. La meilleure défense est l’attaque, dit-on. Ce soir si tu le vois, dis-lui que tu sais où me trouver. Je vais réfléchir et lui tendre un piège. Je vais lui régler son compte une fois pour toute à ce gibier de potence. "

Au cours du déjeuner il fut donc question  de trouver un moyen d’entraîner Ben à l’extérieur du bar, de préférence dans la ruelle à l’arrière. Gontran s’en chargerait. Moi je me cacherais  derrière la benne à déchets et je lui ferais sa fête à ce minable. Notre plan tenait la route et je comptais bien le mettre à exécution mais dans l’immédiat la journée commençait à peine et nous avions du travail à faire avant notre départ prévu pour le lendemain. Nous savions, grâce aux allées et venues de Paprika livrant nos messages, que le Loup des mers nous attendait à environ deux milles marins de la côte au sud-est.  Mais avant de quitter l’île je tenais à me procurer des médicaments, des pansements et des articles de premiers soins, des victuailles aussi, des armes, tout ce qu’on pourrait entrer dans la chaloupe dont on disposait.  Nous avons donc passé une bonne partie de l’après-midi à rassembler le matériel, à le ficeler pour mieux pouvoir le transporter. Tout fut paré avant le repas du soir. Je comptais sur Ismaël pour nous aider le lendemain avec nos  sacs bien remplis car pour atteindre notre chaloupe cachée près du rivage nous avions un trajet abrupt et broussailleux à traverser. Mais chaque chose en son temps car pour l’heure nous profitions d’un bon souper entre amis et par la suite il ne resterait qu’ à régler le cas de Ben pour clore cette journée sur une bonne note.  

L’heure du châtiment sonna enfin quand Ben se présenta à la porte du bar. Gontran me donna un coup de coude pour m’avertir de l’arrivée  du malfrat. Nous étions assis à un endroit stratégique, à une table de coin près de l’entrée de l’entrepôt des marchandises. Je tournais le dos à la salle. Je me levai discrètement de ma chaise , enfouis ma bière à moitié pleine dans ma ceinture et me faufilai par la sortie. L’entrepôt donnait accès sur la ruelle. Une fois à l’extérieur, j’attendis. 

Le soleil descendait entre les cimes des grands conifères dressés sur le flanc de la montagne à l’ouest de la ville. L’heure avançait, il ne resterait bientôt que la lueur du crépuscule. Soudain j’entendis la porte de l’entrepôt ouvrir. Je me baissai aussitôt derrière la benne à déchets, un œil rivé sur la porte. Gontran en sortit et derrière lui, Ben. Ils avancèrent en jasant. Ils passèrent à côté du conteneur. Je retenais ma respiration. Puis comme un fauve enragé je m’élançai et lui assénai un vilain coup de coude derrière la tête.  Ben s’affaissa à moitié étourdi mais parvint à se retourner en grognant. Je sortis mon sabre et pressai fermement la pointe contre sa poitrine, l’obligeant à rester par terre.

" Alors tu me cherchais, mon chien sale ? Tu m’a trouvé. Tu voulais te venger mais c’est moi qui va te régler ton compte. "

Ben savait que je ne plaisantais pas. Il supplia :
" Arrête Crevette, calme-toi. C’est du passé cette vieille histoire. Je veux te voir pour une toute autre raison. "

Je suspendis ma hargne momentanément tout en lui faisant bien sentir la pointe du sabre. Un seul geste de sa part et c'en était fait de son sort !
" Ah oui ! Et quoi donc ? Parle avant que je t’expédie au pays de tes ancêtres. "

" Je suis à la recherche d’un trésor, " dit-il d’une voix déchirée.

" Un trésor ? C’est le mieux que tu peux faire ?  Et en quoi ça me concerne que tu cherches un trésor, espèce de maniaque ? "

" Sérieux Crevette, j’ai besoin de quelqu’un avec un bateau et qui connaît la mer. J’ai appris que tu étais devenu pirate, alors j’ai pensé qu’on pourrait s’entendre. "

" Qu’on pourrait s’entendre ? Tu plaisantes ! Tu m’as harcelé pendant des mois juste pour avoir parlé à ta rongeuse de bites et maintenant on pourrait s’entendre ? T’es rendu humoriste ou quoi ? "

Je rageais, je bouillais en dedans et pourtant je ne parvenais pas à l’achever. J’attendais quoi ? Qu’il s’excuse, qu’il exprime des regrets ? La pointe de la lame déchirait sa chemise. Il grimaçait. Il toucha le métal. Sa main tremblait.

" J’ai ..j’ai une carte, " bégaya-t-il pour retarder l’inévitable. 

" Une carte ? Quelle sorte de carte ? "

" Une carte qui indique  l’emplacement d’un trésor. J’en suis convaincu.  Je l’ai trouvée dans une bouteille jetée à la mer. Il y a des indications dessus, des X. "
 
" Ah oui ! Tu nous la montres ta carte ? "

" Tu rigoles ? Je ne l’ai pas sur moi. On pourrait me la voler. "

" Tu mens ! Tu mens pour sauver ta peau. Tu n’as même pas de carte. Alors adieu, moi non plus je n'te ferais pas confiance si tu étais la dernière personne sur cette planète. "

La seule chose qui m’empêcha de le zigouiller sur le champ`fut sa mention des détails de la carte. La bouteille à la mer,  les X , ces détails me rappelaient notre propre trouvaille du mois passé. Nous n’avions rien pu en déduire mais cette carte dont parlait Ben pouvait apporter des informations complémentaires inestimables. Ben continuait de plaider sa cause :
" Attends Crevette ! Donne-moi une chance. J’te dis la vérité. J’ai juste besoin d’un navire pour trouver la location. Si on le trouve, je partage volontiers 60 – 40. "

Je feins un manque absolu d’intérêt puis après un moment j’offris une ouverture :
" Tu as la carte; on a le bateau. C’est 50 – 50 ou rien. "

" Bon d’accord. J’ai pas le choix, " reprit-il sur un ton dépité.

" Comme tu dis, t’as pas le choix ! On part demain rejoindre notre navire. Tu viens seul ou tu viens pas, à toi de voir, ça m’est égal. Si tu viens personne ne te causera de tort. Tu as ma parole d’honneur là-dessus et quand je donne ma parole ça vaut une signature sur un contrat. Mais si je découvre que tu me joues dans le dos, t’es pas mieux que mort. Tiens-toi le pour dit. "

" T’en fais pas, j’ai compris. Je ne te ferai pas d’ennuis. "

" Demain matin 7 :00 heures. Ici même. On déjeune au resto du bar et on part. Tu viens seul, répétai-je avec emphase. Ah oui, et n’apporte pas trop de bagages, on est déjà chargés au maximum. "

Je retirai mon sabre à contrecœur. Il se redressa, vérifia l’échancrure dans sa chemise, frotta l’arrière de son pantalon pour enlever la saleté. Le gars me dépassait d’un bon 10 centimètres. 
" Voulez-vous m'accompagner pour un verre ? Ma tournée, " fit-il d’un ton chaleureux comme si on était soudain devenus de grands amis.

Je le dévisageai dans la pénombre. Son visage avait changé depuis notre adolescence. Des traits plus anguleux lui donnaient un aspect très viril. Avec son bandeau sur l’œil, sa cicatrice, sa barbe d’une semaine, il avait la tronche de ces criminels qu’on voit sur les affiches. Son offre me parut sincère. Que pouvais-je répondre ? Je regardai Gontran pour avoir son avis. Ce dernier haussa les épaules.
" Bon d’accord mais un seul. J’ai d’autres détails à régler avant de lever l’ancre.
"
 
commentaire
 
   **************************************************************************


La suite ( s'il y a !! ) va se dérouler en mer.

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