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 La mission de l'assureur

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Fa Mulan

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MessageSujet: La mission de l'assureur   Dim 1 Jan - 19:56

Après une association tumultueuse avec un pirate (Pourquoi pardonner quand on peut se venger ?) et une convalescence de plusieurs mois, Mulan reprend enfin la mer.




Accoudée au garde-fou de la proue, j'observais les vagues qui venaient se fendre contre la coque. J'essayais de me détendre, me répétant que le plus dur était derrière moi. Pour autant, il ne fallait pas que je baisse déjà ma garde. Si j'avais réussi à embarquer sur ce navire, celui-ci n'avait pas encore quitté le port, et je ne serai pas hors de danger avant d'avoir mis une certaine distance entre les soldats et moi.

- River !

Une main se posa sur mon épaule et je sursautai, me retournant vivement vers le matelot qui venait de m'interpeller. Il me relâcha aussitôt, grimaçant, puis pointa du doigt par dessus son épaule.

- M'sieur Lindar demande à vous parler.

Je hochai la tête, lui adressant un bref sourire d'excuse pour mon comportement, avant de traverser le pont pour rejoindre la poupe. Je m'avançai aux côtés de trois jeunes filles à peine plus jeunes que moi, qui agitaient des mouchoirs en poussant de grands cris. Difficile de déterminer s'il s'agissait de cris de joie ou de désespoir, mais quels qu'ils soient, le bruit était bien là.

- River !, me héla un homme dressé sur le quai. Mon frère habite au 4 rue du Noisetier, sur l'île principale de Lagays Greem ! Il vous donnera l'autre moitié de votre paie lorsque vous arriverez ! Je vous confie mes filles, prenez soin d'elles !
- Je les protégerai au péril de ma vie !, promis-je. Il ne leur arrivera rien, soyez-en sûr ! Au revoir, monsieur Lindar !

Je levai la main dans un dernier salut alors que la caravelle larguait enfin les amarres. Je ne m'attardai pas et fis quelques pas en arrière pour me soustraire à la vue de tous. Devant moi, mes trois protégées s'agitaient de plus belle, faisant leurs adieux à leur père. Je les fixai avec attention, me demandant comment elles vivaient la situation. D'après ce que j'en savais, elles avaient grandi dans le luxe, gâtées par leur père un peu trop protecteur. Elles n'étaient pas nobles mais avaient été élevées au mieux, soutenues par la richesse de leur famille qui avait fait fortune dans les assurances, un domaine qui semblait en grande expansion sur Luvneel. Voir ces trois jeunes filles vêtir avec tant de banalité des robes de soies et de dentelles de grande qualité m'agaçait quelque peu, sans que je sache vraiment déterminer pourquoi. Néanmoins, c'était grâce à elles que je pouvais finalement quitter cette île.

Plus de deux mois s'étaient écoulés depuis que j'étais arrivée ici avec Crevette. Notre action vindicative chez Buglorn me semblait bien loin à présent. Un frisson me parcourut le dos alors que je repensais à mon altercation avec la garde. La cicatrice sur mon flanc était encore bien visible et ne disparaîtrait pas avant au moins quatre mois. En attendant, mieux valait que je reste couverte pour éviter que le soleil ne me laisse une marque beaucoup plus durable. Heureusement, les rebelles qui m'avaient recueillie m'avaient offert quelques vieux vêtements. Une fois recoupés à ma taille, superposés et serrés par quelques ceintures, j'avais pu m'en faire un costume plutôt adapté à mon nouveau rôle : River la mercenaire. Et après quelques jours à errer sur le port, je m'étais dégoté mon laisser-passer vers la liberté en la personne d'Ashler Lindar, assureur, père de trois jeunes filles qu'il désirait faire mener chez son frère à Lagays Greem pour les préserver des bouleversements qu'il sentait venir à Luvneel.

C'est ainsi que je me retrouvais aujourd'hui sur un navire de commerce à destination de Lagays Greem, engagée pour veiller à la sécurité de ses trois petites enfants chéries. La paie était bonne et le travail a priori pas vraiment compliqué. Il ne devait pas pouvoir leur arriver grand chose sur ce navire, et en cas d'attaque de pirates... Ma foi, avec ou sans elles, je serais bien obligée de me battre !

- River, River ! Venez jouer avec moi !

Je me retournai vers la benjamine, Sue, qui me tendit avec ravissement l'une de ses poupées de chiffon. Était-elle sérieuse ? Je me saisis avec précaution du jouet, sans trop savoir quoi en faire. J'avais beau être une fille, je ne me rappelais pas avoir eu un jour de telles occupations. J'agitai vaguement les bras de la chose alors que la fillette se laissait tomber sur le pont, commençant à agiter une autre poupée devant elle.

- On va dire que je suis une princesse., annonça-t-elle. Toi tu n'as qu'à faire le méchant, et je vais te tuer parce que c'est le gentil qui gagne.
- Elle n'a pas l'air si méchante pourtant cette poupée., fis-je remarquer en haussant un sourcil, peu ravie du rôle qui m'était attribué d'office.
- Elle est moche, je l'aime pas.

Je restai silencieuse, figée devant une affirmation si catégorique. Ah mais oui, j'avais oublié que dans le monde merveilleux des enfants les héros sont toujours beaux et les méchants laids. Je regardai la pauvre poupée vouée à un rôle malveillant. Elle n'était pas si moche pourtant, je la trouvais plutôt jolie même, avec ses cheveux sombres et ses petits yeux en boutons noirs.

- Moi je la trouve belle., déclarai-je à l'enfant.
- C'est parce que vous êtes pareilles., me répondit-elle sans la moindre hésitation. Mais en fait vous êtes toutes les deux moches.

Je restai bouche bée, quelque peu vexée. Certes, je ressemblais sans doute davantage à un homme qu'à une femme et je ne faisais pas attention à mon apparence à part pour correspondre au rôle que j'incarnais, mais me l'entendre dire si crûment restait assez déplaisant !

- Il est nul ton jeu, Sue., intervint alors Mai, la cadette. Les poupées c'est pour les gamines !
- C'est pas vrai ! C'est bien les poupées !, commença à crier la plus jeune.
- Ne l'écoutez pas, River, venez plutôt jouer à chat avec moi et Tishie.

Parce que le jeu du chat était moins pour les enfants... ?

- Oh oui, moi aussi je veux jouer à chat !, s'exclama Sue en bondissant sur ses pieds.
- D'accord, faisons ça., répondis-je en songeant qu'au moins la question était réglée.
- Et c'est vous le chat !, me lança Mai, qui me tapa sur le bras avant de prendre la fuite.

Sue partit elle aussi en pouffant et je me retrouvai seule au milieu des marins qui me regardaient avec une légère compassion. Il semblait que finalement le voyage n'allait pas être aussi reposant que je l'avais escompté, mais qu'à cela ne tienne ! Après le repos forcé que j'avais dû respecter pour me remettre et la discrétion que j'avais dû maintenir pour ne pas faire repérer les rebelles, je trouvais plutôt là une bonne occasion de me dépenser sans me soucier des regards. Je poussai un grand cri puis me ruait à la poursuite des trois filles, qui s'égayèrent sur le pont dans des cris aigus. Je n'avais pas grand mal à rattraper les deux plus jeunes mais les laissai plusieurs fois m'échapper pour qu'elles profitent du jeu. Elles étaient agiles, se faufilant entre les jambes des matelots et riant de leurs jurons agacés. L'aînée, Tishie, était plus rapide, mais ne pouvait néanmoins me concurrencer. Je finis par la toucher et m'éloignai rapidement, prenant à mon tour plaisir à jouer la proie au lieu du chasseur.

Nous ne jouions que depuis quelques minutes quand Sue chuta soudain, s'affalant avec un bruit sourd sur le pont. Je me précipitai vers elle pour l'aider à se relever. Heureusement elle ne se mit pas à pleurer, les épaisseurs de ses robes semblant avoir amorti sa chute. Je la soulevai et la reposai sur ses pieds, mais elle vacilla et tomba dans mes bras.

- Pourquoi tout tourne ?, geignit-elle. J'ai envie de vomir.

Ses deux sœurs se précipitèrent vers nous, commençant à interroger la petite avec inquiétude.

- Ce n'est rien., les rassurai-je. Sue a sûrement le mal de mer, c'est tout. Retournons vers le centre du navire.

Je pris l'enfant dans les bras, la soulevant sans peine malgré ma petite stature. J'allai l'allonger près du mât principal, situé au milieu du pont central de la caravelle. Au plus près du centre de gravité du navire et avec une large vue sur l'horizon, j'espérais que l'enfant se remettrait plus rapidement.

- Restez tranquille, reposez-vous., indiquai-je à l'enfant. Tishie, Mai, je compte sur vous pour veiller sur elle en mon absence. Je reviens vite.

J'attendis qu'elles hochent la tête pour confirmer puis me dirigeai en vitesse vers l'écoutille la plus proche. Je m'engouffrai à l'intérieur du navire et trouvai mon chemin jusqu'à la cambuse. L'homme en charge de la cuisine se retourna vers moi avec un air suspicieux.

- Ce n'est pas encore l'heure du repas, ma petite demoiselle.
- Je voudrais juste du gingembre. S'il-vous-plaît.

Il haussa les épaules et me désigna l'un des placards fixés aux parois au-dessus de plusieurs tonneaux. Je m'en approchai aussitôt et dus me hisser sur la pointe des pieds pour parvenir à attraper la racine. Je la tendis au cambusier qui m'en coupa un morceau et le remerciai avant de sortir retrouver les filles. Je m'agenouillai de nouveau auprès de Sue et lui glissai la tranche entre les lèvres.

- Mâchez ça, vous devriez vous sentir mieux.
- C'est pas bon !, pleurnicha-t-elle en le recrachant.
- Comme vous voulez., soupirai-je. Si vous souhaitez être malade plus longtemps, c'est votre choix !

La petite renifla, puis récupéra le morceau de gingembre et le remit dans sa bouche. Elle mâcha un moment avec effort, puis pâlit davantage. Elle se redressa d'un coup et se mit à avoir des hauts le cœur avant de soudain me vomir dessus.

- Ah, c'est dégoûtant !, s'exclamèrent ses sœurs.

Je restai choquée un instant alors que Sue attrapait un pan de mon manteau pour s'essuyer la bouche puis se rallongeait. Je me relevai lentement, agitant un doigt vers ses sœurs sans trop savoir quoi dire, puis abandonnai et me détournai. Je m'avançai vers l'avant de la caravelle en essayant de garder ma dignité et attrapai un seau attaché à un bout. Je le jetai par dessus bord avant de tirer sur la corde pour remonter l'eau de mer. J'ôtai mon manteau et fis de mon mieux pour nettoyer les salissures sans le tremper, puis le renfilai. Je poussai un long soupir, réalisant que s'occuper d'enfants était loin d'être facile. Heureusement pour moi, le mal de mer ne devait durer que trois à quatre jours... Je me redressai, sachant qu'il fallait que je retourne auprès de la malade, quand un cri étouffé retentit. Je me précipitai vers le mât, avisant l'air affolé de Tishie en même temps que je réalisais qu'il manquait l'une des enfants.

- Où est Mai ?!

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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Sam 4 Mar - 22:57

- Je ne sais pas !, me répondit Tishie d'un ton paniqué. Elle est descendue sous le pont !

Je courus une nouvelle fois vers l'écoutille, descendant les marches à la va-vite, puis suivis les cris jusqu'à la cambuse. J'aperçus aussitôt l'adolescente, près de laquelle le marin s'agitait avec colère.

- Mais à quoi pensais-tu, espèce de demeurée ?! As-tu la moindre idée d'à quel point l'eau est précieuse sur un navire ?!
- Que se passe-t-il ?, intervins-je, posant une main protectrice sur l'épaule de Mai.
- Il se passe que cette petite imbécile a failli renverser tout un tonneau de nos réserves d'eau potable, voilà ce qu'il se passe !

J'examinai les alentours, découvrant la flaque dans laquelle j'avais marché sans m'en rendre compte et qui s'étirait peu à peu dans le reste de la salle avec les mouvements du navire.

- Nous sommes sincèrement désolées.
, m'excusai-je en appuyant légèrement sur la tête de l'adolescente pour la faire s'incliner. Cela ne se reproduira pas.

L'homme secoua la tête, levant théâtralement les bras au ciel avant de se détourner et de retourner à son travail. Je me penchai alors vers Mai toujours en train de pleurer et découvris que du sang ruisselait le long de son bras.

- Que s'est-il passé ?, l'interrogeai-je tout en ouvrant l'une des grandes poches de mon manteau, avant de me tourner vers le cambusier. J'aurais besoin d'un verre et d'un morceau de citron !

Mes deux mois de convalescence n'avaient pas été complètement inutiles. À l'annonce de mon repos forcé, j'avais bien cru que je sombrerais dans la dépression, et j'avais harcelé le docteur Madra pour qu'il me laisse sortir et faire quelque chose, quoi que ce soit. Agacé plus qu'ému par mon plaidoyer, il avait cependant fini par céder, à condition que je reste raisonnable. Alors que je reprenais peu à peu des forces, j'avais commencé à déambuler dans la cache, suivant tous les faits et gestes du médecin dès qu'il se présentait là. Au début, il avait essayé de me chasser, prétextant que je le gênais dans son travail, mais il avait dû finir par s'y habituer. Même s'il continuait de râler et de grogner, ses ''Fiche-moi la paix'' s'étaient transformés en ''Puisque tu es là autant que tu te rendes utile''. J'avais accepté avec joie les tâches simples qu'il m'avait déléguées et qui occupaient mon trop plein de temps libre, lui avais posé maintes et maintes questions sur son travail. J'étais tentée de croire qu'il avait fini par s'attacher à moi, car lorsque je fus en mesure de sortir il m'emmena avec lui dans ses tournées. Durant ces deux mois je n'avais guère eu le temps de faire le tour du métier, mais j'avais appris à reconnaître les symptômes des maladies les plus communes, à concocter quelques remèdes pour soulager la douleur, à extraire des impuretés des plaies et à recoudre les chairs. Et lorsque j'avais finalement annoncé mon départ, il m'avait confié, avec force grognements et quelques tapes maladroites dans le dos, une trousse contenant du matériel médical de base. C'est celui-ci que je sortais maintenant de ma poche alors que l'adolescente tentait d'essuyer ses larmes.

- Je... Je voulais juste reprendre du gingembre... pour Sue..., prononça-t-elle difficilement. C'est haut, alors je suis montée sur le bord de ce truc...

Elle désigna un tonneau ouvert presque plein malgré la partie qui s'était renversée sur le sol, sans doute lors de sa chute. Le cambusier me tendit rudement ce que je lui avais demandé et je lui offris un sourire reconnaissant. Il s'éloigna en baragouinant quelque chose sur les rancœurs impossibles à soutenir face à un sourire féminin et je reportai une fois encore mon attention sur Mai. Je remplis le verre à l'eau du tonneau et sortis de ma trousse un petit pain de savon. J'en fis fondre un morceau dans le verre, puis me servis de l'eau pour nettoyer l'estafilade qui courait le long du bras de l'adolescente. La blessure n'était pas profonde, ce n'était rien de grave, mais je préférai ne pas prendre le risque que cela s'infecte. Une fois la plaie nettoyée, je me saisis du demi-citron et le pressai au-dessus de la plaie.

- Ça fait mal !, cria-t-elle en se débattant.

Je lui maintins cependant le bras et lui expliquai la fonction antiseptique du fruit. Pour finir, j'utilisai un morceau de bande pour protéger la blessure, puis souris à l'adolescente.

- Et voilà, c'est soigné !
- Mais ça fait encore mal...
- C'est juste une petite coupure., répliquai-je en haussant les épaules. Les filles doivent être fortes, vous savez ?
- D'accord., répondit-elle après une courte réflexion. Si je suis assez forte, je peux faire tout ce que je veux, non ?
- Exact !, m'amusai-je. Et puisque vous semblez avoir récupéré toutes vos forces, vous pouvez maintenant éponger l'eau que vous avez renversée !

Mai resta bouche bée alors que je récupérais dans un coin de la cambuse le seau et le tissu qui servait au ménage. Je déposai les deux objets dans ses mains puis attendis. Elle eut visiblement besoin d'un moment pour réaliser que j'étais sérieuse, puis fronça les sourcils.

- Impossible, je vais me salir !
- Vous êtes déjà salie., lui fis-je remarquer.

Elle baissa les yeux sur sa robe en partie mouillée et tachée de quelques gouttes de sang.

- Père vous a engagée pour veiller à notre bien, River, donc je pense que ce travail vous incombe.
- Oh, je ne crois pas., répondis-je avec sarcasme, éberluée par cette répartie. Monsieur Lindar a demandé à ce que je vous escorte jusque chez votre oncle, mais il n'a jamais précisé si vous deviez arrivez en un seul morceau... ou non.

Mai tressaillit, puis releva la tête d'un air digne.

- Je suppose alors que je n'ai pas le choix.

Elle se baissa gracieusement pour se mettre à la tâche, alors que je restais surprise de son rapide revirement. Je plaisantais, elle n'avait quand même pas cru que je la menaçais sérieusement... ? Je me devais clarifier la situation... mais cela pouvait attendre qu'elle ait fini.

- Je ramène du gingembre à Sue, vous pourrez nous rejoindre lorsque vous aurez fini., lui indiquai-je d'une voix douce.

Elle se contenta de hocher la tête et après une hésitation je quittai la cambuse. Après quelques pas, je débouchai sur un pont en pleine effervescence, les marins s'agitant en tous sens dans des manœuvres qui ne m'étaient pas encore assez familières. Je rejoignis les deux sœurs à pas rapides et tendis la racine à la cadette tout en interrogeant Tishie du regard.

- Nous devons juste passer le contrôle de la Marine., m'apprit-elle avant de reporter son attention sur sa sœur.

Mon sang se glaça et je hochai la tête, faisant de mon mieux pour afficher un sourire naturel. L'étape la plus délicate était sur le point d'avoir lieu. Je voyais maintenant l'un des grands bâtiments à la coque verte se rapprocher de notre navire. Quelques instants plus tard, les Marines nous abordèrent et une dizaine de leurs matelots prirent pied sur notre pont. Le capitaine avait quitté sa cabine et se porta à leur rencontre, leur tendant quelques papiers et leur expliquant les raisons de son départ. Je voyais son regard aller de droite à gauche, inquiet, tandis qu'un gradé vérifiait les documents.

- Si vous le permettez, mes hommes vont inspecter votre vaisseau., indiqua-t-il finalement avec dans la voix quelque chose qui n'entendait aucune contestation.

Le capitaine se contenta d'ailleurs de hocher la tête sans un mot et les Marines s'éparpillèrent sur le pont, une poignée passant les écoutilles pour aller vérifier les cales. Je restai immobile auprès des deux filles Lindar pendant les fouilles, priant pour qu'aucun n'ait l'idée de trop s'intéresser à moi. Je vis alors que les hommes commençaient à se faire interroger et je sus que je n'y échapperai pas. Je soupirai légèrement pour me calmer. Il était hors de question que j'attende que le mauvais sort s'abatte sur moi, je préférais me porter moi-même à sa rencontre. Autant en finir au plus tôt. Je me redressai et m'avançai droit vers le Marine en charge, qui couvait l'activité du pont d'un regard perçant. Tout en lui évoquait la supériorité, de son uniforme impeccable à son allure, menton haut levé et cheveux gominés avec application.

- Cela va-t-il durer longtemps ?, l'interrogeai-je sans préambule.

Il se retourna lentement, me toisa des pieds à la tête pendant un temps qui me parut interminable. Mal-à-l'aise, je calai un poing sur ma hanche et lui lançai un air de défi.

- Mais je vous en prie, ne vous gênez pas !
- Vous devez être l'un des quatre passagers., se contenta-t-il de répondre. Je vous conseille d'attendre sagement que mes hommes finissent leur inspection. Nous n'avons pas le temps de nous préoccuper des caprices d'une petite fille.
- Vous serez heureux d'apprendre que vous n'êtes pas le seul à vouloir vous débarrasser de cette corvée.

À peine les mots eurent-ils franchis mes lèvres que je me mordis la langue avec colère. L'homme perdit de son dédain, m'observant soudain avec beaucoup plus d'intérêt.

- Et puis-je savoir ce qui vous presse tant ?
- Le temps, c'est de l'argent., répondis-je du tac au tac. Vous croyez peut-être que je suis payée pendant que le navire est immobilisé ici, hein ? Et dites à vos hommes de se montrer courtois avec mes clientes. Mesdemoiselles Lindar sont des jeunes femmes de qualité qui ne sauraient tolérer de se voir interroger comme des malpropres. On voit que ce n'est pas vous qui allez écouter leurs plaintes pendant le reste de la traversée !
- Je vois que vous prenez votre travail à cœur... Il jeta un rapide coup d'œil aux papiers que lui avait laissés le capitaine. River. Alors vous êtes mercenaire ? Je n'ai jamais entendu parler de vous.
- Je suppose que vous n'avez jamais entendu parler de la majorité des habitants de Luvneel., répliquai-je. Mais si cela peut vous rassurer, c'est la première fois que je quitte l'île.
- Et quelle raison vous pousse soudain à quitter votre beau pays ?
- J'élargis mes horizons., répondis-je prudemment. La paye est bonne et le voyage est suffisamment court pour que nous ayons peu de chance de nous faire attaquer par ces ordures de pirates.
- Une telle publicité donne envie de vous engager., railla l'homme.

Il se détourna soudain pour vérifier où en étaient ses hommes et fit signe à l'un d'eux de s'approcher avant de reporter son attention sur moi.

- J'imagine que vous ne verrez aucun inconvénient à ce que mon quartier-maître appelle notre base pour vérifier votre identité.
- Quoi ?!, m'exclamai-je. Non ! Enfin, ça va prendre un temps fou ! Vous ne pouvez pas faire attendre si longtemps mesdemoiselles Lindar !
- Bien sûr que si, je le peux., répondit-il calmement. C'est le pouvoir octroyé aux forces de la justice.
- C'est un scandale ! Une ignominie ! Ces trois jeunes filles quittent Luvneel pour rendre visite à un vieux parent sur son lit de mort et vous trouvez moyen de les retenir à cause de l'identité d'une fille du peuple comme moi ? Et qu'est-ce que vous allez faire s'il meurt pendant ce temps, hein ? Vous êtes prêt à en assumer les conséquences ? Mais non, faites comme il vous plaît ! Aller donc chercher l'identité d'une fille de paysans ! Je suis sûre que les Marines à terre seront plus que ravis d'aller patrouiller la campagne pour retrouver ma famille ! Avec un peu de chance ils auront ce renseignement dans quoi ? Deux jours ?

L'homme sembla hésiter alors que son subordonné lui jetait un regard interrogateur et j'en profitai pour l'achever.

- Eh bien ? Qu'est-ce que vous attendez ? Vous voulez leur faire perdre encore plus de temps ?
- Bien., céda-t-il.

Il fit signe à ses hommes de se replier, profitant de ce court moment pour retrouver son assurance.

- Je vais donc vous laisser poursuivre votre voyage. Si vous avez le moindre problème avec des pirates, River, passez-moi donc un coup d'escargophone. Je ne saurais laisser dire que le sergent Maréo malmène quelque ''jeunes femmes de qualité''. Mes pensées vous accompagnent.

Il esquissa un salut moqueur puis s'engagea derrière ses hommes pour rejoindre son bâtiment. Je restai quelques minutes immobile sans le quitter du regard alors que notre caravelle reprenait son voyage. Ce ne fut que lorsque le navire se fut suffisamment éloigné que je sentis toute la pression accumulée retomber. Silencieusement, je retournai auprès des trois sœurs et me laissai glisser au pied du mât.

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Lun 20 Mar - 19:31

Sue resta malade pendant quatre jours. Quatre jours qui me parurent incroyablement longs. Mais enfin le cinquième jour elle se sentit mieux. Même beaucoup mieux. Peut-être même un peu trop, car dès qu'elle fut de nouveau capable de tenir sur ses pieds sans perdre l'équilibre, elle se remit à courir partout avec ses sœurs, me semant sans problème, fatiguée que j'étais de l'avoir veillée toutes les nuits. Je finis par m'asseoir au bord du château arrière, de manière à pouvoir surveiller l'ensemble du pont qu'elles parcouraient en tous sens, tout en me reposant un peu. Quelque part, je sentais que je n'étais pas sortie d'affaire. Ces trois filles étaient pleines d'énergie, et malheureusement pour moi il semblait qu'elles préféraient la dépenser en jeux de toutes sortes et plaisanteries qu'en une quelconque aide sur le navire. Évidemment cela n'aurait pas été grave si elles s'étaient montrées raisonnables, elles étaient ici en tant que passagères après tout, mais leur agitation perturbait le travail des marins et, bien sûr, c'était à moi que le capitaine faisait des reproches. À ce qu'il me semblait, le seul temps calme était lorsqu'elles dormaient. Je n'étais d'ailleurs pas la seule à l'avoir remarqué car les matelots étaient de plus en plus volontaires pour le quart de nuit... Aussi lorsque le soleil se coucha à l'horizon, chacun commença à se détendre, sachant que les demoiselles Lindar seraient bientôt endormies. Après le dîner, je les accompagnai jusqu'à leur cabine et lus un conte à Sue pour l'endormir tandis que ses deux sœurs veillaient encore un peu, Mai notant quelques mots dans ce qui devait être son journal intime et Tishie effectuant de petits travaux de broderies. Quand la plus jeune sombra enfin dans le sommeil, les deux autres se couchèrent à leur tour et j'allai éteindre la lampe.

Je ressortis sur le pont en soufflant de soulagement, heureuse de pouvoir profiter de ma première soirée tranquille. Lentement, je gagnai un endroit désert, là où je ne gênerais personne, et m'assis en tailleur. La fatigue de ces derniers jours, sans doute autant liée aux caractères fougueux de ces demoiselles qu'à mon manque de repos, me rattrapa d'un coup et je sentis le sommeil m'envahir. Mais je n'avais pas envie de dormir. Mon corps avait besoin de repos, mais mon esprit d'évasion. Je pressai les extrémités de mes doigts les unes contre les autres et ralentis ma respiration, me remémorant les conseils des moines du temple de l'air. Ne rien faire. Laisser mon esprit s'évader. Peu à peu, le calme m'envahit et je remerciai maître Tenzin de m'avoir enseigné la méditation. Doucement, je sentis mon corps s'alléger, devenir de plus en plus distant. Un état de sérénité inattendu s'empara de moi, m'emplissant d'allégresse. La sensation enivrante me fit tourner la tête, pendant une fraction de seconde j'eus l'impression de m'envoler.

Un gloussement aguicheur me tira brutalement de mon extase. J'eus la sensation de tomber et retrouvai brutalement conscience de mon corps. Je ne pus m'empêcher de grimacer, irritée d'avoir été tirée de ma transe. Le gloussement se répéta, exagéré, et je me raidis. Je me levai rapidement, me dirigeant vers l'origine du son. Devant moi, deux silhouettes se découpèrent sur le ciel nocturne piqueté d'étoiles. Même si je ne pouvais identifier l'une d'elle, la seconde me fit aussitôt froncer les sourcils. Ayant revêtu sa robe, Tishie passa ses bras autour du cou du marin, qui l'enlaça au retour. Horrifiée, je vis qu'il commençait à soulever la robe de la jeune fille, qui continuait de glousser comme une bécasse. Glacée, je me précipitai vers le duo aussi vite que je le pus. Je me jetai sur eux, claquai ma paume contre l'oreille de l'homme, attrapai de l'autre main le poignet de la demoiselle et tirai vivement, la faisant chuter sur le plancher. Tous deux hurlèrent, de surprise, de douleur, je n'en avais rien à faire. Je me dressai entre eux, incapable de masquer ma colère.

- Vous devriez être couchée !, accusai-je la jeune fille. Qu'est-ce que vous pensez être en train de faire exactement ?!
- Je fais ce que je veux !, me répliqua-t-elle.
- Oh non, certainement pas ! Vous allez arrêter vos... vos bêtises et retourner dans votre cabine !
- Nous avons le même âge, vous n'avez pas à me donner d'ordres !, s'indigna-t-elle d'une voix qui monta dans les aigus.
- Votre père m'a engagée pour vous protéger !
- Je ne suis pas en danger ! J'ai bien le droit de m'amuser un peu !
- Oui, c'est vrai, intervint le marin, elle a bien le droit de...
- Fermez-la !, explosai-je.

Les deux eurent un mouvement de recul devant mon éclat de voix. Je rebaissai aussitôt le ton, sans me départir de mon regard noir.

- Vous, retournez à votre poste, ou à quoi que ce soit que vous faisiez avant., ordonnai-je au matelot d'un ton cassant. Quant à vous, mademoiselle, je vous raccompagne.

Sans attendre plus de protestation, je l'attrapai par le bras et la remis sur pied avant de l'entraîner vers l'écoutille.

- Lâchez-moi ! Vous n'avez pas le droit !, protesta-t-elle.
- Je protège votre honneur !
- Quoi ?

Elle écarquilla les yeux, comme si je venais de dire la chose la plus stupide qu'elle eut jamais entendu. Puis un sourire moqueur vint orner ses lèvres.

- Oh... Oh, je vois.

Elle tapota ma main avec sollicitude, presque avec pitié.

- Ça ne doit pas être facile.

De quoi est-ce qu'elle parlait ?

- Vous êtes jalouse parce que j'ai du succès avec les hommes., poursuivit-elle. Mais ce n'est pas étonnant qu'ils ne s'intéressent pas à vous, vous êtes si peu élégante, et en plus complètement coincée. Vous devriez apprendre à vous détendre, River. Je pourrais vous donner quelques cours vous savez.

Je ne savais quelle part de moi était la plus choquée. Je commençai à me demander de quelle manière monsieur Lindar avait bien pu éduquer ses filles. Je secouai la tête, refusant de répondre à la provocation, et continuai de tirer Tishie jusqu'à sa cabine. J'ouvris la porte, la poussai à l'intérieur. La jeune fille réitéra son sourire moqueur, m'envoya un baiser pour me narguer. Je fermai la porte, me retenant de la claquer pour ne pas réveiller ses sœurs. Puis je m'assis dans le couloir, adossée à la porte pour éviter toute nouvelle fugue nocturne.

Étonnamment, je ne dormis que peu. À chaque fois que mes yeux se fermaient, des images de Shang venaient me hanter, me réveillant avec des sueurs froides. Ce fut presque avec soulagement que je vis poindre l'aube. Les marins défilèrent devant moi alors que s'effectuait le changement de quart, me jetant des coups d'œil perplexes. Puis j'entendis les trois filles remuer à l'intérieur de leur cabine et compris que je pouvais enfin cesser ma surveillance. J'espérais qu'en plein jour et devant ses sœurs, Tishie saurait se conduire convenablement. Je frappai à leur porte, attendis leur permission pour rentrer. À l'intérieur, les trois demoiselles étaient en train de se pomponner avec application devant un miroir, entourées par une multitude de produits cosmétiques.

- Vous avez une mine affreuse., m'accueillit l'aînée.

Je ne relevai pas. L'incident était clos, mieux valait ne pas relancer le débat.

- Le petit-déjeuner est servi., leur appris-je.

Elles ne répondirent pas, trop concentrées qu'elles étaient sur leur tâche. Avec un soupir, j'attendis qu'elles en aient fini, priant pour que le voyage soit court. Enfin, elles se détournèrent de leur miroir et acceptèrent de sortir. Je les conduisis jusqu'à la cabine du capitaine, qui dînait toujours en leur compagnie. Pour ma part, je n'avais pas droit à un tel traitement. La porte de la cabine me fut presque claquée au nez et je redescendis dans l'entre-pont. Quand j'arrivai, la cambuse était déjà pleine, et j'eus du mal à me trouver une place, quelque part entre deux marins dont l'un me donnait des coups de coudes à chaque cuillerée qu'il enfournait. Il m'était difficile de croire qu'il pouvait manger avec autant d'appétit l'étrange bouillie que l'on nous servait. Mon voisin se leva pour aller se chercher un verre d'eau au tonneau et je profitai de l'espace libéré pour finir rapidement mon bol. Fatiguée, je me traînai ensuite jusqu'au pont et m'installai dans un coin.

Je n'avais que quelques instants avant que les sœurs ne soient de retour et je plongeai sans attendre dans la méditation. Que j'avais envie de partir loin de ce navire ! Je sentis mon corps s'alléger puis me sentis basculer sur le côté. Je tendis aussitôt le bras pour me rattraper mais ma main ne rencontra que le vide et je basculai de plus belle. Je serrai les paupières plus fort en m'attendant à me heurter au pont, mais rien ne vint. Perplexe, j'ouvris les yeux. Le pont était bien là, mon bras... à travers.

- Par les âmes de mes ancêtres !

Je reculai précipitamment, voyant mon membre s'extraire sans problème des planches. Je contemplai mon bras avec incrédulité, frappée par sa transparence. Je me retournai vivement vers les matelots qui m'entouraient, me demandant si quelqu'un avait remarqué ma transformation. Mais personne ne bronchait, chacun continuant son travail comme si cela était parfaitement normal. L'un d'eux enfin se redressa et s'avança vers moi.

- Est-ce que vous savez ce...

L'homme ne ralentit pas et me passa au travers. Je restais bouche bée, le regardant qui s'éloignait sans le moindre dérangement.

- Ferme la bouche, ma grande, tu vas avaler les mouches !

Je sursautai et me retournai avec un mélange de surprise et de soulagement, découvrant un gros lézard rouge debout sur ses pattes arrières, tranquillement appuyé contre le bastingage. Il agita les sourcils en me lançant un grand sourire dévoilant ses petits crocs blancs. Je restai muette, perturbée par cette apparition. Il y avait forcément une explication logique à tout cela. Oui, je m'étais installée à l'extérieur, j'avais dû prendre une insolation et maintenant j'avais des visions. Quelle imprudente j'avais été de ne pas m'installer à l'ombre.

- Admirative devant ma grandeur ?, m'interrogea le lézard en observant ses griffes. Je sais, je suis un être exceptionnel.
- Je dois avouer que vous êtes plutôt réaliste pour un mirage., murmurai-je.
- Un mirage ?, répéta-t-il d'un air outré. Je ne suis on ne peut plus réel, ma petite !
- Soit., lui accordai-je avec complaisance. Je n'avais jamais rencontré de lézard parlant qui soit réel.
- Je suis un dragon moi, ma petite ! Oui, un dragon ! Tiens, regarde ça !

Il prit une grande inspiration, puis souffla une petite flammèche ridicule avant de me regarder avec fierté.

- Alors, tu peux en faire autant peut-être ?

Je serrai les dents. Mon hallucination visait là où ça faisait mal.

- Fais pas cette tête, tout le monde ne peut pas être aussi grandiose que moi !
- Puisque tu es aussi formidable, grognai-je, rends-toi utile et dis-moi comment me réveiller.
- Oh ça ? C'est facile, ma petite. Il suffit que tu retournes là-dedans.

Je suivis l'indication de sa patte griffue et découvris mon corps, toujours assis en position de méditation. Je restai une nouvelle fois figée alors que le léz... dragon m'observait avec incrédulité.

- Ne me dis pas que ce détail t'avait échappé ?

Je ne répondis pas et m'approchai, tendant la main pour toucher mon épaule. Sans surprise, ma main passa au travers. Je pris alors une inspiration et me superposai à mon corps. Je fermai les yeux, et lorsque je les rouvris, l'étrange créature avait disparu. Je me relevai lentement, parcourant le pont du navire pour m'en assurer, puis me frottai les tempes. J'avais sans doute assez médité pour le moment.

Comme pour marquer son assentiment, la cabine du capitaine s'ouvrit et les trois sœurs en sortirent avec vivacité.

- River ! River !, s'écria Sue en se précipitant vers moi et en commençant à tirer sur ma manche. On joue à cache-cache, dis, on joue à cache-cache ?!

Je jetai un rapide coup d'œil à ses aînées, qui hochèrent la tête avec enthousiasme. Ma foi, le temps qu'elles passeraient cachées elles ne poseraient de problème à personne.

- Très bien., approuvai-je. Je compte jusqu'à cinquante, c'est parti !

Je fermai les yeux et me mis à engrener le compte. Les filles poussèrent des exclamations enjouées puis s'égayèrent. Il ne tenait plus qu'à moi de faire durer cette chasse aussi longtemps que possible.

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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Sam 25 Mar - 16:58

- … 48, 49, 50 ! J'arrive !

Je rouvris les yeux et parcourus le pont du regard. Les matelots poursuivaient leurs tâches respectives, mais je n'aperçus aucune trace des jeunes filles. Lentement, je me mis en mouvement, pas si pressée de trouver ce que je cherchais. Je m'avançai tranquillement vers la proue, vérifiant dans chaque enroulement de cordage, derrière chaque groupement de tonneaux. En réalité, je profitais davantage de la douce chaleur du soleil sur ma peau, mêlée à la fraîcheur des embruns. C'était une belle journée, de celles que j'aurais normalement passées à m'entraîner ou à tenter de mettre au point une nouvelle arme pour compenser mes lacunes. J'avais d'ailleurs bien quelques idées en tête qu'il me tardait d'approfondir avant de passer aux expérimentations. Mais il me faudrait pour cela attendre que nous arrivions à bon port.

J'atteignis l'extrémité de la caravelle et fis demi-tour pour aller maintenant vérifier la poupe. Je gravis les quelques marches menant au château arrière, fis le tour de la cabine du capitaine. Pour l'instant je ne trouvais pas le moindre signe des adolescentes. Les petites malignes s'étaient-elles donc toutes dissimulées sous le pont ? Je me glissai par l'écoutille principale et me rendis à la cambuse, désormais désertée de tout homme en dehors du cuisinier.

- Je peux vous aider ?
- Ne vous dérangez pas., répondis-je. Je recherche juste les demoiselles Lindar, nous jouons à cache-cache.
- Ben elles ne sont pas ici. Aucune chance que je laisse ces gamines fouiner dans ma cuisine.
- Hum, bien, je vous remercie.

Je quittai la pièce sans insister et allai plutôt vérifier la cabine des filles. Je retournai les draps, regardai sous les lits, vérifiai même dans les placards mais ne trouvai personne. Bien, elles semblaient avoir fait preuve d'originalité. Je ressortis et commençai à remonter le couloir, tendant l'oreille devant chaque cabine avant de frapper quelques coups. La plupart du temps je n'obtins pas de réponse et hésitai à entrer. Elles ne se seraient quand même pas permis de pénétrer sans autorisation dans l'espace personnel d'un membre de l'équipage ? À certaines de mes frappes répondirent des grognements agacés ou des ronflements et je m'éloignai sans demander mon reste. Enfin, parfois, une voix m'invitait à entrer. Je demandai alors poliment si une intruse se trouvait là, mais à part moi il semblait que nul ne dérangeait ces braves hommes. Il ne restait plus que trois cabines à présent, et je commençais à croire que j'avais manqué quelque chose lorsque, après avoir tapé à l'une des portes restantes, j'entendis des pas précipités. Je tendis l'oreille, puis frappai une nouvelle fois.

- Qui va là ?

La porte s'ouvrit sur un homme assez jeune, torse nu comme si je venais de le tirer du lit.

- Pardon de vous déranger, je cherche les demoiselles Lindar.
- Vraiment ?, me demanda-t-il avec un grand sourire.

Il prit appui sur le chambranle de la porte, me dominant nettement d'une bonne tête.

- Heu... Oui, nous jouons à cache-cache.
- C'est le prétexte le plus adorable que j'ai jamais entendu., s'amusa-t-il.
- Pardon ?
- Tu n'as nul besoin d'inventer une telle raison pour venir me voir, ma mignonne.

J'écarquillai les yeux, ne sachant que répondre à cela. Le marin me réitéra son grand sourire, qu'il accompagna d'un clin d'œil.

- Ta cabine ou la mienne ?

Je reculai d'un pas et il rit doucement.

- Tu es comme une petite biche effarouchée.
- T-Touche-moi seulement et je te montrerai que les biches peuvent se défendre contre les prédateurs., grognai-je en bégayant à peine.
- Si sauvage ! Aucun homme ne t'a donc encore dressée ? Je ne te demande pas de me confier ton cœur tu sais, ton corps me suffira.
- Actuellement, j'hésite vraiment., répondis-je, ayant retrouvé mon aplomb. J'hésite entre te balancer par-dessus bord ou te trancher la gorge.

J'eus le plaisir de le voir hésiter, et il y eut un court instant de silence, soudain rompu par un éclat de rire. Je jetai un coup d'œil derrière le marin, découvrant à l'intérieur de sa cabine un coffre qui s'agitait étrangement. Sans plus hésiter, je me glissai sous le bras toujours tendu en travers de mon chemin et allais ouvrir la malle. Recroquevillée sur le fond, Tishie faisait de son mieux pour étouffer son amusement, puis se voyant découverte abandonna et s'esclaffa tout haut.

- Oh mon dieu je n'avais jamais entendu une conversation aussi drôle !
- Parle pour toi., répliqua le marin en allant se rhabiller. Ne me demande plus jamais de draguer cette psychopathe.
- Oui, merci, Enrique. Je te revaudrai ça, ne t'inquiète pas.

Elle lui offrit un charmant sourire et lui souffla un baiser, semblant dérider l'homme.

- Ouais, ça suffit maintenant., intervins-je avant qu'il n'aille plus loin. Tishie, je t'ai trouvée, ce sera toi qui compteras la prochaine fois. Tu peux aller attendre près du mât pendant que je cherche tes sœurs.
- Je vais plutôt vous attendre ici., répondit-elle innocemment en quittant le coffre.
- Hors de question., grognai-je.
- Je ne ferai rien de mal !
- Si vous voulez ma confiance, il faudra la mériter., assénai-je. Maintenant, ou vous allez attendre près du mât ou vous m'accompagnez pour la suite des recherches.
- Qui ne voudrait donc pas de votre compagnie ?, ironisa-t-elle.

Je quittai la cabine et elle me suivit à contrecœur. Je finis de tenter ma chance avec les autres cabines puis me tournai vers Tishie avec interrogation.

- Une idée de l'endroit où se cachent vos sœurs ?
- Pas la moindre., répliqua-t-elle avant de me sourire. Vous savez, River, nous devrions vraiment avoir une discussion au sujet des hommes.
- Je préférerais passer mon tour, merci.

Nous remontâmes sur le pont et je levai les yeux vers le ciel pour essayer de déterminer l'heure.

- Voyons, c'est à cause de cela que vous finirez seule.
- Mais oui, et c'est à cause de cela que vous finirez enceinte avant d'arriver à destination ! J'expliquerai ça comment à votre père et votre oncle ?
- Vous exagérez., bouda-t-elle. Vous êtes tellement sèche, avez-vous seulement déjà aimé ?

L'image de Shang s'afficha aussitôt dans mon esprit et je la rejetai avec une grimace.

- Oh.
- Quoi ?, grognai-je en me demandant pourquoi la jeune fille me dévisageait soudain avec cet air peiné.
- Il vous a trompé ?

Je restai bouche bée de sa perspicacité. Comment pouvait-elle deviner une telle chose ? Étais-je si transparente que tout le monde pouvait se rendre compte que j'avais été manipulée ?

- Je suis désolée... Je n'aurais pas dû tant insister...
- C'est rien, je commence à avoir l'habitude..., marmonnai-je.
- Vous devriez oublier ce salaud !, m'encouragea-t-elle soudain. Il y a plein d'autres hommes bien mieux que lui !

Je me contentai de hausser les épaules, peu désireuse de poursuivre cette conversation. Surtout qu'un détail dans le ciel venait d'attirer mon attention.

- Mai, trouvée !, criai-je.

Perchée dans le nid de pie, l'adolescente me fit un grand geste de la main pour me montrer qu'elle m'avait entendue. Lentement, elle commença à descendre. J'attendis en bas, glacée par ses gestes maladroits qui menaçaient de la faire chuter à tout moment et ce ne fut que quand elle posa finalement pied sur le pont que je me rendis compte que j'avais retenu ma respiration tout du long.

- Je vais attendre ici avec Mai., m'indiqua Tishie. Pas de bêtise, c'est promis !
- D'accord., soufflai-je après une hésitation. Plus que Sue !

Je retournai vers l'écoutille, me demandant quel endroit j'avais pu oublier. J'étais désormais certaine que plus personne ne se cachait sur le pont, mais où donc la dernière des trois sœurs s'était-elle dissimulée ? Je replongeai dans la pénombre de l'entrepont en pesant le pour et le contre de fouiller chaque cabine. Je décidai de commencer par retourner à la cambuse. Après tout peut-être la petite s'y était-elle faufilée sans que le cuisinier ne l'aperçoive ? Je pénétrai dans la pièce, la trouvant étonnamment déserte. Où était donc passé le marin ? J'avais commencé à croire qu'il ne quittait jamais ce lieu. Je repérai alors dans un coin une nouvelle écoutille qui permettait de s'enfoncer encore davantage dans les entrailles du navire. Je m'en approchai et jetai un coup d'œil dans les profondeurs obscures.

- Il y a quelqu'un ?, interrogeai-je prudemment.
- Qu'est-ce qu'il y a ?, me répondit la voix bourrue du cuisinier.

Après quelques secondes, il apparut au bas des marches, sourcils froncés.

- Quoi, vous voulez encore du gingembre ?
- Non non ! En fait... Est-ce qu'il y a d'autres trappes comme celle-ci ?
- Hum, oui, bien sûr, il y en a une autre au bout du couloir. Mais pourquoi ? Vous n'avez rien à faire dans les cales, il n'y a que les biens non consommables qui sont conservés côté proue.
- Je vous remercie !

J'abandonnai là l'homme avant qu'il ne m'inonde de plus de questions ou tente de m'empêcher de m'y rendre et traversai à pas vifs le couloir. Je trouvai comme il l'avait signalé une trappe tout au bout, au-delà des cabines. Je saisis d'une main l'anneau qui y était fixé et soulevai le panneau avec une étrange facilité. En dessous, les marches de bois s'enfonçaient dans une pénombre vacillante sous l'assaut des éclats orangés d'une lampe. Je descendis prudemment, m'appuyant contre la paroi pour être sûre de ne pas tomber malgré le tangage du navire.

- Sue ?, appelai-je avec espoir.
- Je suis au fond !, me répondit la petite voix de la dernière née.

Hum, cela s'avérait plus facile que je l'avais supposé. Je zigzaguai entre la cargaison amarrée là, parvenant finalement dans un petit espace surplombé de la lampe. J'y découvris la fillette assise avec ses poupées, en train d'essayer de les habiller.

- Venez m'aider, River., m'ordonna-t-elle. Mes princesses ont de nouvelles robes maintenant.
- De nouvelles... ?

Mes yeux se posèrent alors sur tissus froissés et découpés autour de Sue et je me sentis pâlir. Je me laissai tomber à quatre pattes, tirant sur l'un d'eux pour vérifier que ce n'était pas ce que je craignais. Malheureusement, cela ne faisait aucun doute.

- Sue... Vous avez abîmé les voiles de rechange.
- Mais c'est bon, nous n'en avons pas besoin, me répondit-elle avec candeur, il y a déjà des voiles dehors.

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Mar 28 Mar - 14:15

- Nous devons tout de suite prévenir le capitaine.

La demoiselle fit la moue, secouant la tête avec véhémence. Sans dire un mot, elle retourna à ses poupées, m'ignorant complètement.

- Sue, nous remontons sur le pont, maintenant.
- Je ne veux pas ! Je suis bien ici !, répondit-elle. Je peux jouer comme je veux, personne ne dit que je gêne et mes sœurs ne disent pas que c'est nul !
- Ce n'était pas une question., répliquai-je en la saisissant par le bras. Debout ! Il fait beau dehors et tu auras bien plus de place pour jouer. Tu ne gênes pas vraiment avec tes poupées, et tes sœurs n'auront qu'à faire autre chose en attendant.
- C'est vrai ?, hésita-t-elle.
- Mais oui. Allez, on y va.

Je m'écartai, vérifiant que la petite remballait bien ses affaires pour me suivre. Elle ramassa ses jouets qu'elle serra contre elle et je plaçai une main dans son dos pour la guider dans le dédale des marchandises et surtout la soutenir dans l'escalier raide. Je refermai la trappe derrière nous puis traversai le couloir. Des cris venant de l'extérieur me firent presser le pas et je m'extirpai en vitesse de l'entrepont. Là, ayant abandonné leurs tâches, les marins agitaient les bras avec véhémence.

- Ça suffit, descends de là !
- Luis, attrape-la !
- Vous ne pouvez pas gérer un peu ces gamines ?!, me prit à partie l'un des hommes dès qu'il m'aperçut.

Avant que je ne puisse répondre, une ombre passa au-dessus de moi et je me baissai par réflexe pour l'esquiver. Un éclat de rire me perça les tympans avant de s'éloigner à toute vitesse. Je relevai la tête, découvrant Mai qui se mouvait dans les airs sur une balançoire improvisée avec un bout noué à l’espar de la grand-voile.

- Moi aussi, moi aussi, moi aussi !, s'écria Sue en abandonnant ses poupées pour se précipiter vers le mât.

Je cherchai la troisième sœur du regard, la découvrant appuyée contre un tonneau, observant sa cadette avec un air songeur. Je me rapprochai rapidement d'elle, furieuse.

- Vous m'aviez promis de ne pas faire de bêtise !
- Mais je n'ai rien fait moi., me répondit-elle. Mai s'est débrouillée toute seule.

Je levai les yeux au ciel, décidant que ce n'était pas le moment de me lancer dans un débat avec elle, et mis mes mains en porte-voix.

- Mai ! Arrêtez un peu et venez ici !

À l'entente de ma voix, l'adolescente lâcha une main pour me faire de grands signes alors qu'elle passait une nouvelle fois au-dessus des têtes des marins.

- Vous allez finir par vous faire mal !, lui criai-je lorsqu'elle passa de nouveau à ma portée.
- Mais non !, me répondit-elle. Il n'y a aucun...

Le reste de sa phrase disparut dans la distance tandis qu'elle atteignait l'extrémité de son arc de bascule. À ce moment là, tout se passa très vite. L'un des nœuds qu'elle avait fait céda, et soudain la balançoire ne fut plus qu'une corde. Tout à son assurance, la jeune fille n'eut pas le réflexe de s'y raccrocher. Emportée par son élan, elle passa loin par-dessus le parapet. Son corps décrivit une magnifique courbe, la propulsant rapidement vers l'océan, dans lequel elle disparut avant même d'avoir pu pousser le moindre cri. Une exclamation de surprise traversa l'assemblée de matelots et nous nous mîmes soudain tous en mouvement. Je me précipitai vers le garde-corps, sautillant pour enlever mes bottes et ôtant durant ma course mon manteau et mes autres couches de vêtements superficielles. Je ne conservai que mon filin, dont j'attachai l'extrémité à ma taille et coinçai le crochet au bastingage, puis plongeai.

L'eau sombre et froide se referma autour de moi avec force, me précipitant dans une chape de ténèbres. J'entamai quelques brasses rapides pour remonter à la surface, le sang fouetté par la différence de température. Ballottée par les vagues, je cherchai où la jeune fille avait pu être emportée. Derrière moi, j'entendais une cloche sonner follement, accompagnée des cris des marins.

- Deux femmes à la mer !

Une lame d'eau s'abattit sur moi, me renfonçant sous les flots. Je m'en extirpai une nouvelle fois, cherchant de plus belle où était l'enfant. Du coin de l'œil, j'aperçus alors une tache orangée et partis en crawl dans cette direction.

- À l'aide !, hurla Mai. Au secours ! Je vais mourir !

Je me rapprochai d'elle et, complètement paniquée, elle se raccrocha à moi comme à une bouée de sauvetage, m'enfonçant la tête sous l'eau et nous faisant toutes deux boire la tasse.

- Du calme !, lui criai-je pour me faire entendre par-dessus ses hurlements. Passez vos bras autour de mon cou ! Et ne serrez pas trop fort !

Je nageai sur place, essayant de la prendre sur mon dos, quand je me sentis tirée en avant. Je relevai les yeux vers le navire, qui s'était déjà éloigné de plusieurs dizaines de mètres et m'emportai à sa suite. Je voyais que les marins s'agitaient, tentant sans doute de ralentir ou de modifier la trajectoire de la caravelle, mais je ne savais si Mai pouvait tenir si longtemps. Je tendis les bras vers l'adolescente, qui tendit les siens en retour, le visage livide. Autour d'elle, ses robes flottaient entre deux eaux telles les pétales d'une grande fleur orangée. Mais plus le temps passait plus elles s'imbibaient d'eau, entraînant la demoiselle vers le fond. À court d'idée, je défis le lien qui m'éloignait d'elle. Libérée de cette contrainte, je la rejoignis rapidement et elle s'agrippa à mes épaules, me faisant mal en cherchant à se tenir le plus fort possible. J'employai la majeure partie de mes forces à nous maintenir à flot, et nous avancions à peine au milieu des vagues qui semblaient lutter contre nous. J'essayais de garder mon calme mais je commençais moi aussi à m'inquiéter. Remuée par les vagues, je ne parvenais pas à estimer si le navire avait ralenti ou poursuivait sa route sans nous. Je cherchai mon filin, mais ne distinguai que l'eau, l'eau et encore l'eau, étincelante sous le soleil. Je pris une grande inspiration. Il était temps de faire prévaloir l'action sur la réflexion, alors je refoulai mes émotions et mes pensées au fond de mon esprit.

Je luttai de mon mieux contre l'océan, nous rapprochant peu à peu de la coque. J'entendais sans les comprendre vraiment les encouragements des marins. Ma vie ne se résumait plus qu'à quelques mouvements : envoyer un bras vers l'avant, le ramener, faire de même pour l'autre, battre des jambes. Le sel me piquait les yeux mais je gardais le regard braqué sur la caravelle. Perché au-dessus des flots, les matelots scandaient en rythme, et l'un d'eux lança un bout dans notre direction. La corde frappa l'eau à quelques brasses sur ma droite et j'obliquai légèrement. Ma paume se referma sur les fibres rêches et mes mains s'activèrent d'elles-mêmes, passant la corde autour de la taille de Mai et la nouant solidement. J'enroulai ensuite mon poignet dans le bout pour mieux m'y tenir, et je sentis qu'on nous tirait vers le navire. Bientôt mes épaules sortirent de l'eau et je basculai mon corps vers l'arrière pour prendre appui de mes pieds sur la coque. Peu après, des mains m'agrippèrent sous les bras et me firent passer par-dessus le garde-fou. Je restai une poignée de secondes allongée sur le pont à souffler, puis Mai fut déposée à côté de moi. Je roulai aussitôt vers elle, voulant m'assurer qu'elle allait bien. À mon grand désarroi, je découvris un grand sourire sur son visage.

- C'était tellement effrayant !, s'excita-t-elle. Mais c'était trop cool !

Je laissai ma tête retomber avec désespoir et mon front frappa le pont dans un bruit sourd. Un petit raclement de gorge derrière moi me fit relever le menton et je découvris Tishie qui m'indiqua d'un signe les marins qui braquaient leurs regards sur nous. Certains avaient un air amusé, d'autres se détournaient pudiquement, et je réalisai alors que nos vêtements trempés nous collaient à la peau, ne laissant que peu de place à l'imagination.

- Mai, allons nous abriter., réagis-je aussitôt. Nous allons prendre froid.

J'attrapai l'adolescente par le bras et la dirigeai vers l'écoutille. J'allai à pas hâtifs récupérer mes habits disséminés sur le pont puis disparus tout aussi vite derrière la demoiselle. Je verrouillai la porte après nous puis balançai à terre ma chemise mouillée et attrapai une serviette pour me sécher. En quelques minutes, je m'étais revêtue, tandis que Mai bataillait férocement avec le poids des tissus. Je l'aidai à enlever ses robes, rassemblai les tenues dégoulinantes et la laissai à son intimité.

- Quand vous aurez fini, rendez-vous à la cambuse., lui conseillai-je. Si vous demandez gentiment, le cuistot pourrait vous donner une boisson chaude.

Je quittai la pièce et ressortis sur le pont, où j'allai étendre les vêtements au soleil. J'avais à peine fini ma tâche, me disant que nous avions évité le pire, quand Mai franchit l'écoutille avec un air totalement affolé.

- Il est mort ! Le cuisinier est mort !

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Dim 2 Avr - 19:01

Le silence tomba sur le navire alors que tout le monde essayait de réaliser ce que criait l'adolescente. Puis après quelques instants, un matelot poussa un grognement.

- Quand allez-vous arrêtez avec vos blagues stupides ?! On a du boulot nous ! Allez les gars, on y retourne !

La plupart des hommes se détournèrent, reprenant leurs tâches, mais quelques-uns hésitèrent.

- Vous êtes sûre de vous, Mai ?, interrogeai-je.
- Il est par terre, il ne bouge plus !

Elle commença à pleurer et, devant sa détresse, je fis signe à deux matelots qui écoutaient avec attention.

- Ça ne coûte rien d'aller jeter un coup d'œil, pas vrai ?

Ils approuvèrent et je laissai l'adolescente rejoindre ses sœurs avant de me diriger vers la cambuse. À proximité de la pièce, je fus tout d'abord frappée par une odeur de brûlé. Sur mes gardes, je pénétrai doucement dans l'espace, avant de remarquer la casserole restée sur le feu et qui bouillonnait allègrement. Je me dépêchai d'aller l'arrêter et entendis l'un des hommes m'accompagnant pousser une exclamation. Je me retournai et me figeai aussitôt en le découvrant agenouillé à côté du cuisinier. Les yeux clos, celui-ci gisait au milieu d'épluchures de pommes de terre. Atterrée, je me baissai à mon tour et pris sa main, encore chaude. Prise de doute, je posai mon oreille sur son torse. Un sourire soulagé s'afficha sur mon visage lorsque je perçus des battements de cœur. Je me déplaçai légèrement, cette fois au-dessus de sa bouche, et réalisai qu'il respirait également.

- Il n'est pas mort !, soufflai-je avec soulagement.

Les matelots se détendirent eux aussi, mais je les sentais encore inquiets. Et je ne pouvais que les comprendre. Qu'était-il donc arrivé à cet homme ? Visiblement il avait soudain chuté en plein milieu de la préparation du repas. Tandis que je m'interrogeais, les deux matelots soulevèrent leur compagnon, l'emportant hors de la cambuse. Je les suivis, et nous fûmes bientôt rejoints par le médecin de bord, alerté par les cris de l’adolescente. Je restai à l’intérieur, proposant mon aide au docteur, qui refusa d’un geste et m’indiqua de sortir avec les autres. Je me mis à faire les cent pas dans le couloir, attendant impatiemment l’avis du professionnel. Lorsque la porte s’ouvrit de nouveau, ce furent trois regards inquiets qui se levèrent sur lui.

- Alors ?, demanda l’un des marins.
- Miguel a beaucoup de fièvre, je n’en sais pas plus pour le moment., expliqua-t-il brièvement mais d’une voix douce. Je pourrais déterminer ce qu’il a lorsqu’il reprendra connaissance.

Il passa une main dans ses cheveux bouclés comme la toison d’un mouton, semblant hésiter à rajouter quelque chose. Il avait l’air bien peu sûr de lui, et je me demandais s’il avait vraiment confiance en ses compétences. Après tout, il ne semblait pas beaucoup plus vieux que moi, peut-être n’en était-il lui aussi qu’à ses débuts. Voyant que nous étions toujours là, il agita les bras en de grands mouvements inutiles.

Le médecin, Roano:
 

- En attendant, écartez-vous. Ça ne sert à rien que vous restiez ici. Allez !

Après un dernier regard vers la cabine du cambusier, j’obéis. Je me détournai et remontai sur le pont, où je rejoignis les demoiselles Lindar, offrant un sourire rassurant à Mai.

- Il est vivant, il semble seulement qu’il soit un peu malade.

Elle hocha la tête et pour changer je leur proposai un jeu de société. Nous fûmes bientôt toutes quatre agenouillées sur le pont, bataillant autour d’une partie de dames chinoises. Nous enchaînâmes les parties, gagnant plus ou moins à tour de rôle, jusqu’à ce que je voie que Tishie commençait à frissonner. Je relevai la tête, découvrant que le ciel s’était assombri, à présent à moitié rempli de nuages.

- Pourquoi ne pas continuer à l’intérieur ?
- Non, j’en ai marre de ce jeu., bouda Sue.
- Je jouerai aux poupées avec toi., offris-je avant de me tourner vers les deux autres. Seriez-vous tentées par une partie d’échecs ?

Avec un haussement d’épaule peu convaincu, elles acceptèrent, sans doute davantage attirées par l’idée d’une cabine chaude. Elles se levèrent toutes trois et disparurent par l’écoutille tandis que je rangeais en soupirant le jeu de dames. La boîte sous le bras, je m’avançai à mon tour vers l’entrepont quand j’aperçus un matelot vaciller et se retenir de justesse au garde-fou.

- Tout va bien ?, l’interpellai-je.

Il força un sourire et hocha lentement la tête.

- Rien de grave, ne vous inquiétez pas mam’selle.

J’approuvai à mon tour, me retenant de lui dire de faire attention. Après tout, il devait connaître ses limites mieux que moi. Je rejoignis les filles dans la cabine, où elles avaient commencé une féroce bataille de polochons. Après une hésitation et un oreiller dans la figure, je me décidai à me joindre à elles, profitant de l’occasion pour me défouler sur elles en toute sécurité.

A l’heure du repas, le ciel s’était encore assombri, et il me semblait que le navire se balançait plus qu’auparavant. Dans la cambuse régnait un silence étrange, alors que l’un des marins s’agitait en tous sens.

- Attendez encore un peu !, lança-t-il. Ce sera bientôt prêt !

En effet, une dizaine de minutes plus tard il déposa sur la table un grand plat à la couleur étrange. Je jetai un coup d’œil à mes voisins pour voir leur réaction, et j’eus le malheur de constater qu’ils avaient l’air aussi dubitatif que moi. Affamés, nous nous servîmes néanmoins et goûtâmes avec précaution la préparation. La première bouchée me fit grimacer, et je regrettai déjà que le cuisinier ne soit pas capable d’assurer sa tâche. Après quelques autres tentatives, la nourriture ne s’avéra finalement pas si mauvaise que cela. Je remarquai pourtant que l’un de mes voisins n’avait pas touché à son plat.

- Ce n’est pas un régal, mais ça nourrit., lui indiquai-je.

Il me jeta un regard et j’avisai sa main serrée sur son ventre.

- Ca ne va pas ?
- Juste quelques douleurs, ça va passer., répondit-il d’un ton à moitié convaincu avant de désigner son assiette d’un mouvement de la main. Je vais peut-être juste éviter… ça aujourd’hui.
- Si vous vous sentez mal, allez voir le médecin., conseillai-je.

J’étais bien tentée de l’examiner moi-même, mais je craignais qu’il ne me prenne pas au sérieux. Il se contenta d’acquiescer, puis resta immobile à fixer son plat.

Ce ne fut que plus tard dans la soirée que le cambusier se réveilla. Impatiente de savoir ce qu’il avait, j’avais laissé la porte de la cabine des demoiselles Lindar ouverte et surveillais le couloir dans l’attente du médecin. Lorsque celui-ci quitta enfin la chambre de son patient, je me précipitai à sa rencontre.

- Comment va-t-il ?
- Il a besoin de repos., me répondit l’homme avant de me contourner avec précipitation pour sortir.
- Mais est-ce grave ?, insistai-je en le suivant.
- Ecoutez, occupez-vous de vos affaires, moi je m’occupe des malades et tout ira pour le mieux, d’accord ? Maintenant si vous voulez bien m’excuser, je dois aller m’entretenir avec le capitaine.

Il s’éloigna à pas rapides, m’abandonnant sur place. Je fronçai légèrement les sourcils, inquiète par cette dernière phrase. De quoi voulait-il parler au capitaine si ce n’était du cambusier ? Je me hissai sur le pont, juste à temps pour voir l’homme pénétrer dans la cabine. Je me rapprochai, hésitai à coller mon oreille contre la porte puis songeai que je risquais bien des ennuis si l’un des matelots me surprenait ainsi. Je m’agrippai à la rambarde non loin, me penchant par-dessus bord pour observer l’extérieur de la cabine. Comme je l’avais imaginé, je distinguai une grande fenêtre qui s’ouvrait à l’arrière de la caravelle. Le bois moulé semblait m’appeler à l’escalade. Après un dernier coup d’œil par-dessus mon épaule, je déroulai mon filin et coinçai le crochet à la balustrade. J’attachai l’autre extrémité à ma ceinture, puis enjambai aussi discrètement que possible le bord. Je coinçai dans les moulures mes doigts et la pointe de mes pieds, puis entrepris de me déplacer lentement vers le bas pour me mettre hors de vue, puis vers la fenêtre. La tâche était plus ardue qu’il m’avait semblé. Le bois était plus ou moins vermoulu, glissant, et les roulements du navire ne simplifiaient pas mon avancée. Je parvins finalement juste sous la vitre et remontai doucement pour jeter un œil à l’intérieur. Les deux hommes étaient déjà en grande conversation, et je tendis l’oreille en essayant de comprendre ce qui se disait en m’aidant de leurs mouvements de lèvres.

- … contagieux., disait le médecin. J’ai repéré des symptômes chez d’autres membres de l’équipage. Il faut rapidement trouver la source de la maladie.
- Est-ce qu’ils vont s’en sortir ?
- Certains oui, mais je ne peux pas l’assurer pour tous. Certaines personnes sont plus sensibles que d’autres. Et il n’y a pas de remède, c’est pourquoi il faut se débarrasser de la source de l’infection le plus vite possible. La contamination se fait par les sels. Je ne sais pas comment le cambusier a été atteint, mais s’il n’a pas fait attention il est possible qu’il ait contaminé une partie des provisions.
- Qu’est-ce que vous suggérez ?
- Il faut se débarrasser de la nourriture, et faire escale dès que possible pour pouvoir renouveler le stock. En attendant, personne ne doit manger.
- Ce n’est sans doute pas impossible, mais nous devrions atteindre Lagays Greem dans cinq jours. Si les hommes ne mangent pas, notre voyage risque de s’allonger. Ne serait-il pas plutôt possible de trier les éléments contaminés et de ne garder que ce qui est sûr ?
- Difficile à dire, mais je peux trouver un ou deux volontaires pour faire cela.
- Pas de volontaires., intima le capitaine. Il faut autant que possible éviter de semer la panique. Amenez-moi Luis et Rodriguez, ce sont des hommes de confiance. Je leur expliquerai l’affaire et ils se chargeront de tout.
- Comme vous le voulez.

Le médecin inclina la tête pour saluer puis se rapprocha de la porte, avant de soudain se retourner.

- Capitaine, je voulais aussi vous dire…

Son regard tomba sur moi et je me figeai alors qu’il s’interrompait soudain. Ses yeux s’écarquillèrent en deux ronds de flan, me laissant présager du pire.

- Me dire quoi ?, demanda le capitaine.

Je baissai la tête pour échapper à sa vision et repris aussi vite que possible mon escalade pour revenir sur le pont. Mes doigts crispés commençaient à me brûler mais je parvins rapidement à me hisser par-dessus le garde-corps et à libérer mon matériel. Tournant le dos à la cabine, je m’avançai aussi naturellement que possible vers l’écoutille, ignorant le bruit de la poignée qui tournait dans mon dos. J’étais presque parvenue à destination quand une main se posa sur mon épaule.

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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Dim 9 Avr - 10:10

- Donnez-moi une bonne raison de ne pas vous dénoncer au capitaine., me souffla le médecin.
- Parce que ce n’est pas déjà fait ?
- Non !, s’offusqua-t-il. Bien sûr que non !
- Bien, parce que si vous souhaitiez vraiment le faire, vous n’auriez pas besoin de connaître mes raisons., répliquai-je. Et puis, cela attirerait inutilement l’attention de l’équipage, n’est-ce pas ? Les matelots voudraient savoir pourquoi je serais… quoi ? Mise aux arrêts ? Enfin, ne vous inquiétez pas, je ne dirai rien à personne.

L’homme soupira, mi soulagé, mi inquiet.

- A la condition que vous me laissiez aider., continuai-je. J’ai quelques bases de médecine, je peux faire un minimum, et sinon je peux aussi aller trier la nourriture avec Luis et Rodriguez.
- Oh, euh, je ne suis pas le mieux placé pour décider de ça…, hésita-t-il. Mais il n’y a que quatre malades pour l’instant, je peux m’en occuper seul.

Déjà quatre ? Cette maladie avait l’air de vite se propager.

- Bien, alors je descends la première dans les cales., conclus-je en descendant par l’écoutille.
- Mais enfin, euh… River, me rappela-t-il en trottinant à ma suite, je ne suis pas sûr que ce soit une bonne idée… Est-ce que vous ne devriez pas plutôt rester avec les enfants… ?
- Si elles sont en danger, c’est mon devoir de faire en sorte qu’elles restent indemnes. Vous avez pu déterminer ce dont souffrent le cuisinier et les autres ?
- … la fièvre typhoïde., murmura-t-il, jetant des coups d’œil autour de lui comme s’il avait peur d’être surpris, avant d’ajouter en voyant mon air interrogateur. Les malades souffrent de fièvre continue accompagnée de maux de tête, d’anorexie, d’abattement et de douleurs abdominales avec diarrhée ou constipation. Pour certaines personnes, cela s’avère mortel.
- Alors faisons de notre mieux pour limiter les dégâts.

Je lui donnai une tape sur l’épaule pour l’encourager et il sourit légèrement, avant de ressortir sur le pont. Je me rendis quant à moi dans la cambuse, silencieuse et déserte. Je récupérai l’une des lampes et l’allumai avant de m’introduire dans les cales. Après quelques marches, je me retrouvai entourée d’une multitude de provisions. Au sol s’empilaient des caisses pleines de fruits et des tonneaux au contenu inconnu, contre la paroi tribord s’entassaient plusieurs sacs de céréales et de légumineuses. Il y avait de la nourriture partout, même au plafond où étaient suspendus de larges morceaux de viandes séchées. Cette vision me fit mal au cœur. S’il fallait vraiment jeter tout ce que le cambusier avait pu toucher… Il allait falloir vérifier chaque caisse, chaque tonneau pour ne garder que ceux qui seraient encore fermés. Je ne pus m’empêcher de soupirer devant ce gaspillage. Néanmoins, je me mis sans tarder à la tâche, et fus bientôt rejointe par les deux envoyés du capitaine, qui, s’ils furent surpris de me voir, n’en laissèrent rien paraître. Peut-être le médecin leur avait-il avoué ma légère menace. Nous bouclâmes la cambuse pour ne pas être dérangés, puis opérâmes silencieusement, efficacement. Nous prenions garde à toujours bien fixer les tonneaux pour ne pas nous faire malencontreusement écraser par l’un d’eux alors que le tangage et le roulis s’accentuaient et nous nous relayions pour mener les marchandises jusqu’à un hublot par lequel nous les déversions doucement. Le soir, nous eûmes terminé, et nous prîmes soin de bien nous laver les mains avant de rouvrir la pièce à nos compagnons affamés.

***

La caravelle bringuebalait furieusement sur les flots agités, rendant la vie à bord plus difficile. Je rattrapai le seau avant qu’il ne se renverse et le pendis à un crochet. J’essorai ensuite un linge humide avant de le replacer sur le front d’Enrique, qui se tordait de douleur. Malgré notre prévention deux jours plus tôt, la moitié de l’équipage était souffrant maintenant. La fièvre s’était répandue à toute allure, sans que nous ne puissions rien y faire.

- Je ne comprends pas !, se désola Roano. Je croyais pourtant qu’on avait éliminé la source de la contamination ! J’ai dû faire une erreur quelque part !

Le jeune médecin se prit la tête entre les mains, et je lui donnai quelques tapes dans le dos pour le réconforter.

- Peut-être y en a-t-il une autre ?, suggérai-je.
- Mais la cuisine est le lieu le plus propice pour attraper cette fièvre. A présent tout le monde est au courant et porte plus d’attention à son hygiène, mais la maladie continue de se répandre. Il doit rester un élément contaminé quelque part, dont personne ne se méfie.

Je réfléchis un instant, passant en revue tout ce qui me venait à l’esprit. N’importe quel objet pouvait avoir été contaminé, mais l’infection se faisait d’après Roano par voie orale : il fallait porter l’objet contaminé à sa bouche, ou sa main après l’avoir touché. Mais depuis que trop d’hommes étaient tombés malades pour cacher plus longtemps le problème, les matelots prenaient beaucoup de précautions. La cuisine semblait en effet être le seul endroit où nous ingérions volontairement quelque chose. N’avions-nous pas été assez prudents pendant notre tri des provisions ? Il me semblait pourtant que si. La table et les couverts étaient lavés avec minutie, la nourriture préparée avec attention. J’avais l’impression que nous avions tout vérifié, et pourtant, un détail avait dû nous échapper. Un tout petit détail qui…

- L’eau., déclarai-je soudain. Nous n’avons pas jeté les réserves d’eau.
- Et tout le monde s’y sert à sa guise…, réalisa Roano. Bon sang, comment avons-nous pu être aussi stupides !

Il se leva d’un bond et je l’imitai, jetant un dernier regard à Enrique pour m’assurer que son état n’allait pas empirer pendant notre absence. Ses yeux fermés avec effort et la sueur qui ruisselait sur son visage n’étaient pas pour me rassurer, mais je ne pouvais cependant pas y faire grand-chose. Je courus derrière le médecin jusqu’à la cambuse, et nous nous immobilisâmes près du tonneau d’eau mis à disposition près du mur de gauche. Alors que Roano plongeait une tasse dans le contenant pour prélever un échantillon de liquide, je vérifiai que les tonneaux voisins étaient toujours bien fermés. Je sortis de l’une de mes nombreuses poches une craie, puis traçai un cercle sur tous ceux qui étaient encore clos.

- Plus de boisson jusqu’à nouvel ordre., ordonna l’homme avant de se précipiter vers sa cabine pour aller analyser l’eau.

Avec un soupir, j’allais confier l’information à l’un des matelots encore en forme avant de me rendre jusqu’à la cabine de mes clientes pour les mettre elles aussi en garde.

- On va tous mourir !, se mit à pleurnicher Sue.
- Sommes-nous réellement en danger ?, s’inquiéta Tishie. Si nous avons tous bu cette eau…
- Par chance vous trois partagez vos repas avec le capitaine, qui dispose d’une autre réserve dans sa cabine., tentai-je de les rassurer. Si la maladie n’était en fait pas dans la nourriture mais dans l’eau, vous ne risquez rien.
- Mais c’était peut-être également dans la nourriture, n’est-ce pas ?
- Pour l’instant vous n’avez rien alors que de grands gaillards se sont effondrés depuis un moment, donc je pense que vous y avez échappé.
- Alors on ne va pas mourir ?

La caravelle fut soudain balancée sur le côté et nous perdîmes toutes quatre l’équilibre, chutant douloureusement sur le sol et glissant jusqu’à la paroi tribord, dans les cris de douleur des adolescentes.

- On va mourir !, se remit à hurler Sue alors que le navire roulait violemment de l’autre côté.
- Accrochez-vous quelque part !, leur conseillai-je. Je vais voir ce qui se passe !

Je m’avançai maladroitement jusqu’à la porte de la cabine puis remontai le couloir en me tenant aux murs. J’avais à peine monté deux des marches menant à l’écoutille qu’une rafale d’eau y pénétra, me trempant d’un coup. Je crachotai l’eau salée, puis gravis les marches restantes. J’eus l’impression d’émerger en pleine nuit tellement le ciel était sombre. Un rideau de pluie dissimulait l’horizon, nous isolant du reste du monde. Un éclair perça les ténèbres d’une brève lueur éclatante, laissant après sa disparition un trait rougeoyant dans mon champ de vision. Une vague énorme vint frapper la caravelle, submergeant un instant le pont rendu glissant. Les voiles claquaient dans le vent, difficilement manœuvrées par un équipage réduit. Le navire plongea soudain vers l’avant, pénétrant au creux d’une vague. Il y eut un instant de calme alors que l’eau se dressait au-dessus de nous, comme dans un rêve. Puis elle s’abattit soudain, claquant sur les planches de bois qui gémirent sous la pression. J’eus la sensation de recevoir une énorme baffe, glaciale, qui me laissa un instant sonnée.

- Rentrez à l’intérieur !, me hurla un marin à l’oreille.

Ne pouvant lâcher le bout sur lequel il tirait de toutes ses forces, il me balança un coup de pied pour me pousser vers l’écoutille. Je redescendis sans un mot, m’avançant avec hésitation vers la cabine des demoiselles Lindar. Contre des pirates, j’aurais pu au moins agir. Mais que pouvais-je faire contre une maladie sans remède et une tempête ?

Une main me saisit par le bras et je me retournai vers Roano.

- River ? Vous m’entendez, River ?

Je hochai la tête et il me lâcha avant d’agiter nerveusement les mains.

- Vous aviez raison, le problème vient bien de l’eau. Vous pouvez venir m’aider ?

Je le suivis de nouveau jusqu’à la cambuse, et nous entreprîmes de vider par le hublot tous les tonneaux possiblement infectés. Ma petite taille alliée à la faible force du médecin ne nous facilita pas la tâche et nous chutâmes plus d’une fois, malmenés par le tangage. La tempête semblait se moquer de nous, refermant le hublot quand nous nous en approchions, y faisant pénétrer la mer en une succession de jet froid et salé. Quand nous eûmes enfin terminé, je dus m’appuyer de tout mon poids sur le hublot pour réussir à le refermer. Je me laissai ensuite glisser au sol avec épuisement et observai avec désappointement la cabine à moitié inondée.

- Mais comment en sommes-nous arrivés là ?, interrogea Roano, bien que je doutais que cette question me soit réellement destinée. Tout le monde sait que l’eau potable est primordiale sur un navire ! Aucun membre de l’équipage n’aurait l’idée d’y plonger les mains, encore moins sales ! Est-ce que les enfants auraient… ?, rajouta-t-il en se tournant vers moi.
- Elles ne sont pas malades.
- Mais il existe des porteurs sains de la fièvre typhoïde. Des personnes qui peuvent contaminer les autres sans souffrir elles-mêmes de la maladie.
- Elles ne sont pas idiotes !, les défendis-je. Et elles n’accepteraient jamais de boire de l’eau qu’elles auraient salie. Non, c’est impo…

Je m’interrompis soudain.

- Qu’est-ce qu’il y a ?, s’inquiéta Roano.
- Est-ce que… Est-ce transmissible par le sang ?, demandai-je dans un murmure.
- Après avoir atteint l’estomac, la bactérie se propage dans le système sanguin, oui. Pourquoi ? Vous pensez à quelque chose ?
- Le jour du départ… Mai est montée sur ce tonneau pour récupérer du gingembre pour sa sœur, et elle s’est blessée…
- Si du sang est tombé dans l’eau…, songea Roano. Au moins nous tenons maintenant l’origine de la contamination. Il faut que je prévienne tout le monde. Non, attendez, il faut peut-être mieux d’abord que je mette la petite en garde…

Il commença à s’agiter, ne sachant que choisir, et je soupirai.

- Je vais m’occuper de Mai…

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Mar 18 Avr - 21:37

Ce soir-là, les trois sœurs ne furent pas invitées à partager le dîner du capitaine, ''en raison du mauvais temps''. Certes, la tempête était toujours aussi forte, mais je craignais qu’il ne s’agisse là d’une peur du maître du navire de se faire contaminer. J’accompagnai donc les demoiselles jusqu’à la cambuse. A notre entrée, un silence de mort s’abattit sur la salle. Les matelots dévisagèrent un instant les adolescentes, puis ils se remirent à manger silencieusement. A part Roano, personne ne se poussa pour nous faire une petite place autour de la table. Je conduisis les filles vers le médecin et fis asseoir Sue. Aussitôt, les marins assis à proximité se levèrent, comme s’ils craignaient de tomber malades d’un simple contact. Mai avait les larmes aux yeux, et je lui chuchotai de ne pas tenir compte de la réaction des hommes. Mais cela restait plus facile à dire qu’à faire, surtout pour une enfant de son âge. Le reste de l’équipage termina de manger rapidement puis quitta la cambuse, nous laissant seuls dans le grand espace vide. Roano ne semblait pas savoir comment gérer la situation et remplissait l’assiette de Sue bien plus que ce que la fillette ne pourrait jamais avaler. Tishie finit par l’interrompre pour se servir à son tour et il s’excusa au moins trois fois. Mai, elle, restait recroquevillée sur le banc, les mains serrées sur ses genoux.

- Vous devriez manger quelque chose., lui conseillai-je.
- Et si je le contamine ?, chuchota-t-elle.
- Il n’y a aucun risque tant que vous ne saigniez pas et tant que vous…
- Tant que tu ne joues pas avec ton caca !, cria Sue.
- … en quelque sorte…, soupirai-je.

Mais Mai resta immobile, se contentant de fixer vaguement la table, clignant souvent des yeux pour s’empêcher de pleurer.

- Je peux prendre ta viande ?, lui demanda la benjamine en commençant déjà à piquer dans son assiette.

La cadette abattit vivement son bras en travers de la table.

- Non ! Ne touche à rien que je touche ! Je ne veux pas que tu sois malade toi aussi !
- Mais j’ai toujours mangé dans ton assiette !, se plaignit la plus jeune. Et je ne suis jamais malade !
- Je m’en fiche ! Maintenant tu arrêtes !, hurla Mai.

Elle se leva et se dirigea à pas rapides vers la porte, s’immobilisant juste avant de sortir.

- River, je veux retourner dans la cabine.

J’hésitai, jetai un coup d’œil à Roano.

- Je reconduirai ces demoiselles lorsqu’elles auront fini., me proposa-t-il.

J’acceptai avec soulagement et remplis l’assiette de Mai avant de la suivre. Nous quittâmes la cambuse et traversâmes avec précaution le couloir humide. Nous pénétrâmes avec soulagement dans la cabine, heureusement encore à peu près sèche, ni la pluie ni les vagues ne s’y étant encore infiltrées. Après une longue insistance, je réussis à convaincre Mai d’avaler quelques bouchées, lui répétant encore et encore que ce n’était pas de sa faute, qu’elle n’avait rien à se reprocher. Je récupérai le pauvre plat pour le terminer lorsque la porte s’ouvrit à la volée, laissant place au médecin et à Sue.

- Où est Tishie ?, réagis-je aussitôt.
- Elle n’est pas là ?, s’étonna le médecin en se retournant. Elle était juste derrière !
- Moi je l’ai vue !, se vanta Sue. Elle est allée en haut !

Je retins un juron, ordonnai à Roano de surveiller les deux autres et quittai la cabine. Je pris une grande inspiration avant de pousser l’écoutille. La pluie se mit aussitôt à m’arroser avec vigueur et je me dépêchai de sortir et de refermer le passage. Dehors, la tempête rugissait de plus belle, remplissant mes oreilles d’un mugissement qui couvrait presque tout. Seuls me parvenaient encore les cris des marins et ceux de Tishie, ainsi que des craquements inquiétants venant du mât et de la coque. Je m’accrochai rapidement au filin de sécurité, celui qui m’empêcherait d’être balayée par une vague et de passer par-dessus bord. Les yeux plissés, je scrutai la pénombre, essayant de distinguer Tishie malgré les trombes d’eau qui semblaient poser un voile gris et flou sur toute chose.

- Et vous vous dites des hommes ?!, hurlait la demoiselle, sa voix perçante me permettant de m’orienter quelque peu. Alors comportez-vous en hommes ! Faites votre travail et trouvez un moyen de nous sortir de cet enfer plutôt que de vous acharner sur ma sœur ! Ce n’est qu’une enfant, vous pensez vraiment qu’elle aurait fait ça exprès ?! Est-ce que vous pensez seulement sérieusement qu’elle saurait que tout le monde serait tombé malade alors que vous-mêmes l’ignoriez ?!
- Tishie !, l’interpellai-je en parvenant enfin à sa hauteur. Il faut rentrer, il est dangereux de…
- Vous, taisez-vous !, aboya-t-elle. Pourquoi donc a-t-il fallu que vous disiez que Mai était responsable de cette maladie, hein ?! Vous ne pouviez pas vous empêcher de parler ! Je vous déteste, River, je vous déteste !

Ce qu’elle disait me touchait, je ne pouvais m’empêcher de penser qu’elle avait raison. Mais à cet instant, le tonnerre gronda, m’ôtant toute possibilité de répondre. Un nouvel éclair fendit le ciel et en une fraction de seconde s’abattit sur le mât. Il y eut un craquement atroce alors que le nid de pie s’enflammait. Le feu se transmit rapidement aux voiles, éclairant l’ensemble du navire et donnant à tout un air d’apocalypse. Des bouts claquèrent en se rompant soudain et un marin hurla. L’espar de la grand-voile bascula, répandant dans son sillage une nuée de flammes qui s’accrochèrent aux voiles voisines. Les autres bouts cédèrent à leur tour sous la surcharge soudaine et le morceau de bois tomba vers nous. Dans un élan désespéré, je poussai Tishie le plus loin possible. J’eus à peine le temps de distinguer son air affolé, puis sentis un grand choc à l’arrière de ma tête.

***

- Réveillez-vous, les moribonds ! Allez mesdames et messieurs, ressuscitez, la vie est belle !

J’ouvris difficilement les yeux, grimaçant sous les martèlements d’un gong qui résonnait dans mon cerveau.

- Ah, c’est pas trop tôt !, cria un petit être rouge et écailleux en venant se placer dans mon champ de vision. Comme si c’était l’heure de piquer un petit roupillon ! Tu ne crois pas qu’il y a des choses plus urgentes à faire ?, m’interrogea-t-il en balançant dans sa patte un bâton à l’extrémité entourée de tissu.

Je mis quelques instants à reconnaître le minuscule dragon et me redressai. Un coup d’œil à mon corps me suffit pour comprendre que j’étais de nouveau dans cet état, sans que je sache pourquoi ni comment. La pluie me passait au travers, sans provoquer en moi la moindre sensation. A présent que le gong avait cessé de sonner, le silence se faisait lourd, seulement rompu par le crépitement des gouttes sur le pont. Je relevai soudain la tête en me rappelant la tempête et l’éclair, mais tout était plongé dans la pénombre. Il semblait que la pluie avait fini par venir à bout des flammes, sauvant sans doute ce navire et l’équipage. Je balayai les alentours du regard, découvrant des débris de bois et des lambeaux de voilure, ainsi que quelques corps.

- Tu ne crois pas qu’il serait temps de se bouger un peu ?, me rappela à l’ordre le dragon.
- J’ai perdu connaissance longtemps ?, l’interrogeai-je.
- Oh, non, pas très longtemps…, commença-t-il tranquillement avant de hurler : Ca fait des heures que tu dors !

Je grognai et terminai de me lever. La tempête semblait s’être légèrement calmée mais le navire était balloté en tous sens, hors de contrôle, alors que je ne ressentais pas la moindre difficulté pour garder l’équilibre. En baissant les yeux, je découvris que je flottais à quelques centimètres au-dessus du sol. Bon, ce n’était certainement pas le meilleur moment pour m’inquiéter de mon allure de fantôme.

- Que s’est-il passé ? Où sont les autres ?
- Après que ce bout de bois te soit tombé dessus tu veux dire ? Ceux qui étaient en état ont essayé d’arrêter l’incendie, mais avec le vent c’était mal fichu. Deux personnes sont passées par-dessus bord, les derniers survivants sont rentrés à l’intérieur. Je crois qu’un des types a coincé sa jambe dans un cordage, ce n’était pas beau à voir. Oh, et tu es toujours étendue là-bas. Tu t’es pris un sacré coup de poulie sur le crâne, mais tu devrais t’en remettre. Tu as de la chance que la mer ne t’ait pas emportée d’ailleurs.
- Ca me rassure…, marmonnai-je.

Malgré mon ton grognon, j’étais en effet plutôt soulagée. J’avais de la peine bien sûr pour ceux qui ne s’en étaient pas sortis, mais il semblait que la plupart des matelots s’en soient bien tirés.

- Et les filles ?
- Dans leur cabine., m’apprit le dragon. T’inquiète pas que l’autre a vite été s’abriter à l’intérieur ! Je suis le seul qui soit resté, tu sais ! Et ce n’est pas parce que je suis immatériel que c’est plus facile, hein ? Si ce navire coule, je coule aussi !
- Je vois… Merci je suppose…, hésitai-je.
- Mais de rien, River.
- Tu connais mon nom ?
- Evidemment, tout le monde t’appelle comme ça, je ne suis pas idiot !
- Attends, ça veut dire que tu m’as espionnée ?, demandai-je avec suspicion.
- Hum… Il est normal que je m’intéresse à une humaine capable de me voir !
- Ah oui ? Et pourquoi ? Et qui es-tu d’abord ?
- Qui je suis ? Qui je suis ?, s’offusqua-t-il. Je suis le gardien des âmes perdues ! Je suis le très puissant, le très agréable, le très indestructible Mushu !

Il écarta les pattes d’une manière qui se voulait spectaculaire et attendit ma réaction. Pour lui faire plaisir, je haussai un sourcil.

- Très bien, Mushu. Je crois qu’il est temps que je retourne dans mon corps à présent.

Je me détournai, me rapprochant de mon moi physique, étendu à côté d’un morceau d’espar.

- Attends, attends, attends !, cria le dragon en s’accrochant à ma jambe. Curieusement, j’aurai pensé que nous serions passés au travers l’un de l’autre, mais il semblait que dans ce plan, où quel que fut l’endroit où nous nous trouvions, nous pouvions entrer en contact. Intéressant. Tu reviendras, n’est-ce pas ? Je t’attendrai, d’accord, alors reviens !
- J’y penserai., me contentai-je de répondre.

Il me relâcha à contrecœur et je me glissai dans ma peau. Aussitôt, une douleur sourde envahit l’arrière de mon crâne, accompagnée de la sensation glacée de mes vêtements collés à ma peau. Je me relevai difficilement, observant les alentours. Mais de nouveau, le dragon avait disparu. Sans un mot, je gagnai l’entrepont.

***

- Les voiles sont hors d’usage, capitaine !, annonça Luis d’une voix forte.
- Alors changez-les !, répondit l’homme avant de se retourner vers un groupe de matelots. Vous, dégagez le pont ! Balancez les débris par-dessus bord ! Vous là-bas, est-il possible de réparer le grand mât ?
- Oui, capitaine !
- Thiago, tu prends la barre, assure-toi de retrouver notre direction ! Manuel, prends deux autres hommes et vous vérifiez les cordages !

Une grande agitation régnait sur le pont alors que les hommes couraient en tous sens pour accomplir leurs tâches. Quelques instants plus tôt, nous avions procédé à une cérémonie pour permettre aux morts de reposer en paix, mais à présent il était plus que temps de se soucier de nous. Après deux jours, la tempête avait fini par se calmer, mais nous ne savions pas jusqu’où nous avions bien pu dériver. La caravelle était dans un triste état, c’était presque un miracle qu’elle soit encore capable de naviguer.

- Capitaine !, hurla Luis en émergeant de l’entrepont. Nous avons un problème, capitaine !
- Que se passe-t-il ?, s’inquiéta l’autre d’un ton pourtant ferme. En ce moment, il devait sans doute plus que jamais assurer son rôle de maître à bord.
- Les voiles de rechange ont été sabotées !
- Comment ça ?!
- Mais quel concombre !, m’exclamai-je en me frappant le front.

J’avais complètement oublié de parler de la bêtise de Sue au capitaine. Celui-ci me jeta un coup d’œil perplexe, puis se retourna vers son second.

- Aucune n’est utilisable ?
- Aucune, capitaine., ragea l’autre. La personne qui a fait ça y a mis du cœur. Que fait-on ?

Le maître du navire se massa doucement les tempes.

- Le pire voyage de ma carrière…, marmonna-t-il avant de reprendre un visage indéchiffrable. Nous allons rationner l’eau et la nourriture !, annonça-t-il à la ronde. Nous ne savons pas dans combien de temps nous allons atteindre Lagays Greem, alors mieux vaut prévenir que guérir ! Abandonnez les réparations du mât ! Ceux qui n’ont rien à faire, bricolez nous des rames ! Et si vous croyez en quelque chose, priez, ça ne pourra pas nous faire de mal., conclut-il.

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Fa Mulan

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Dim 14 Mai - 11:37

Le navire poursuivait lentement sa route, porté par les courants. Accoudée au bastingage, je regardais l’horizon, qui semblait toujours aussi fixe. Combien de temps allait-il nous falloir pour atteindre Lagays Greem ? Nous avions jeté la plupart des provisions alors que nous pensions empêcher la fièvre de se répandre, j’espérais que ce qui restait suffirait à nous nourrir jusqu’à l’arrivée. Désœuvrés, quelques marins laissaient tremper dans l’eau des hameçons, mais pour l’instant cela n’avait rien donné.

- Que… Qu’est-ce que c’est que cela !, s’exclama soudain l’un des hommes.

Je me retournai, le voyant se pencher pour arracher l’une des poupées de Sue des mains de la fillette.

- Rends la moi !, se mit-elle à hurler. C’est à moi !
- Où est-ce que tu as trouvé ça ?! Tu as intérêt à vite me le dire, sinon…, commença-t-il à la menacer.
- Je ne l’ai pas trouvée ! C’est ma poupée !
- Pas la poupée ! Cette espèce de chiffon qu’elle porte !
- Ce n’est pas un chiffon ! C’est une jolie robe, et c’est moi qui l’ai faite toute seule !
- Que se passe-t-il, Rodriguez ?, intervint le capitaine.
- Voyez par vous-même., répondit l’homme en lui lançant la poupée. Voilà à quoi ont servi nos voiles !

Attirés par les cris, plusieurs hommes s’étaient rapprochés, et le marin se mit à les interpeller.

- D’abord il y en a une qui nous refile une saloperie, et maintenant à cause de l’autre nous sommes bloqués en mer sans certitude de pouvoir rentrer ?! Ces filles sont la cause de tous nos malheurs ! Qu’est-ce qu’elles prévoient de faire maintenant ?! Nous priver totalement de nourriture ?! Nous couler ?! Et nous allons nous laisser faire ?!

Des grognements furieux lui répondirent, et peu à peu la clameur enfla, jusqu’à ce que les matelots présentent un front uni tout autour des demoiselles Lindar. Je me plaçai entre les deux groupes, étendant les bras comme pour former une barrière défensive.

- Ce n’est qu’une petite fille, elle ne savait pas ce qu’elle faisait., essayai-je de les calmer.
- Comment pouvez-vous en être sûre ?, me demanda l’un des hommes. A moins que… Vous étiez au courant ?! Vous aussi vous voulez notre fin !
- Vous croyez vraiment qu’on va vous laisser faire ?!
- Il faut se débarrasser d’elles !
- Ouais, passons-les par-dessus bord !
- Nous ne sommes pas des monstres, nous ne pouvons pas les tuer !
- Alors enfermons-les !

Le groupe explosa en cris d’assentiment et plusieurs hommes se ruèrent sur nous pour nous attraper.

- Je ne veux pas… me battre contre vous !, leur lançai-je en tournoyant pour éviter leur prise et en envoyant tout de même quelques coups de pieds ou de paume dans leur sternum pour les repousser.
- Rends-toi !, m’assena Rodriguez. Ou je la jette à la mer !

Je me retournai vers lui et découvris alors qu’il avait attrapé Sue. La petite fille se débattait, mais malgré toute l’énergie qu’elle pouvait y mettre, elle ne parvenait pas à échapper à la prise de l’homme. Je me figeai aussitôt. Les matelots en profitèrent et me plaquèrent au sol, avant de me nouer les mains dans le dos.

- Enfermez-les dans la cale., ordonna le capitaine.
- Vous ne pouvez pas faire cela !, lui criai-je. Nous sommes vos clientes ! Vous ne pouvez pas nous traiter ainsi ! Vous savez très bien que ces enfants ne sont pas responsables !
- Tout ce que je sais, répondit-il froidement, c’est que j’ai un équipage à mener à bon port. Et que vous m’en empêchez.
- Vous êtes pires que des pirates !, hurlai-je alors que l’on nous traînait vers les cales.

Mais les hommes m’ignorèrent et nous jetèrent durement parmi les marchandises avant de rabattre la trappe menant à l’entrepont. Nous fûmes plongées dans le noir.

- Ce sont rien que des méchants !, pleurnicha Sue.
- Vous étiez censée nous défendre, River !, m’accusa Tishie.
- Parce que j’aurais dû les laisser jeter Sue à l’eau ?, grognai-je.

Je me débattis avec la corde qui nouait mes poignets, sans succès. Evidemment, ces hommes s’y connaissaient en nœuds. Je finis par m’arrêter et me contentai de me caler contre une caisse en bois, soufflant un peu.

- Qu’allons-nous devenir maintenant ?, continuait Tishie.
- C’est de ma faute… Tout est de ma faute…, se lamentait Mai.
- J’ai peur !, criait Sue.
- Calmez-vous, ça ne sert à rien de paniquer…, soupirai-je. Ils vont changer d’avis.

Du moins je l’espérais.

Ce ne fut que le soir, du moins quand j’estimai que le soleil devait avoir fini de traverser le ciel, que la trappe se rouvrit. Je clignai des yeux, éblouie par ce fin rai de lumière. Deux jambes apparurent dans l’ouverture et je me levai, prête à maîtriser l’imprudent s’il s’approchait trop. Même sans mes mains, je m’en savais capable. L’homme descendit les marches, une lampe à la main, et je me détendis en le reconnaissant.

- Roano…, hésitai-je.

La trappe fut refermée derrière le médecin, qui se rapprocha rapidement de nous et déposa au sol un petit plat.

- Je vous ai apporté de quoi manger et boire., nous indiqua-t-il avec un sourire maladroit.

Il suspendit la lampe à un crochet du plafond avant de se rapprocher de moi.

- Je suis désolé, j’ai essayé de parler au capitaine, mais il ne veut rien entendre., me souffla-t-il discrètement alors qu’il se débattait avec mes cordes. Vous savez que je vous soutiens, River, mais j’ai les mains liées. Heu, sans mauvais jeu de mot., s’empressa-t-il d’ajouter. Ma parole ne vaut rien contre celles de tous les autres.
- Alors quoi ? Nous allons rester enfermées ici jusqu’à notre arrivée ?, m’énervai-je.
- Je vais encore essayer de convaincre le capitaine.

Il réussit enfin à défaire les nœuds et je remuai les poignets avec délivrance.

- Merci., marmonnai-je.
- On peut sortir ?, demanda Mai.
- Non… Pas encore…, s’excusa Roano avant de s’éloigner. Je suis désolé, je ne peux pas rester. Je vous laisse la lumière. Et je vous apporterai de nouveau de quoi manger demain. Pardon…

Il se détourna et remonta rapidement les marches avant de frapper quelques coups sous la trappe. J’entendis de l’autre côté quelqu’un l’ouvrir et le médecin disparut à notre vue.

- Cet incapable va vraiment réussir à nous sortir de là ?, demanda Tishie avec suspicion.
- Au moins il essaye., répondis-je durement. Mangeons.

Nous partageâmes la nourriture, puis je farfouillai dans la cale, récupérant les restes de voilure pour nous confectionner des couchages de fortune. J’éteignis ensuite la lampe pour économiser la mèche, nous plongeant dans le noir pour dormir.

Je me réveillai plusieurs fois, sans savoir si le matin était là ou si nous étions encore au beau milieu de la nuit. Je restai immobile, sans bouger, écoutant les trois filles s’agiter dans leur sommeil. J’avais du mal à réaliser la succession d’événements qui nous avait conduites jusqu’ici, mais notre situation était déplorable. Une autre fois, lorsque je me réveillai, le petit dragon se tenait à mes côtés, tournant en rond en maugréant.

- Manquait plus ça… La chance de ma vie ? Tu parles… Encore coincé ici… Comme si j’allais pouvoir…
- Mushu ?, l’appelai-je.

Il sursauta et plaça ses petits poings sur ses côtés, me faisant les gros yeux.

- Alors, une idée de comment tu vas te sortir d’ici ?, me demanda-t-il.
- Roano essaye de plaider notre cause…
- Le type indécis qui passe son temps avec les malades ? Si j’étais toi je ne compterais pas sur lui. Il a été enfermé dans la cabine du grand blessé, il n’en sort plus. Je doute qu’il puisse encore parler au capitaine.
- Alors nous attendrons simplement d’arriver…, soupirai-je.
- Vraiment ? Eh bien je te souhaite bien du courage !, ironisa le dragon.

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MessageSujet: Re: La mission de l'assureur   Mer 12 Juil - 20:20

Lorsque les filles se réveillèrent, je regagnai mon corps. L’échange avec Mushu n’avait pas été pour me réconforter, néanmoins je devais faire de mon mieux pour garder une allure un tant soit peu rassurante devant les adolescentes. Je tâtonnai dans l’obscurité pour rallumer la lampe, révélant notre situation toujours aussi triste que la veille. J’essayai d’entretenir le moral des troupes, mais les filles restaient repliées sur elles-mêmes. Alors que les heures s’écoulaient, elles commencèrent à s’agiter de nouveau.

- J’ai faim !, se plaignit Sue.
- Et moi j’ai froid !, enchaîna Mai.
- Je veux voir la lueur du jour !, continua Tishie. Faites quelque chose, River !

Mais j’étais bien incapable de trouver une solution. Je n’avais même pas été vérifier la trappe. Je me doutais que celle-ci avait été bloquée, et même si je parvenais à l’ouvrir, que ferions-nous après ? Nous serions toujours sur le navire, sans moyen d’en partir, et les matelots se montreraient peut-être encore plus cruels. J’essayai d’expliquer la situation aux demoiselles, mais elles refusèrent de m’écouter et bientôt elles se mirent toutes à hurler tout ce qui leur passait par la tête, lançant leur souffrance vers l’équipage, qui devait être bien en peine de les ignorer.

Après seulement une vingtaine de minutes de ce cirque, la trappe s’ouvrit à la volée et un groupe entier pénétra dans la cale.

- Mais vous allez la fermer !, hurla l’un des marins.
- Non !, répliquèrent les sœurs sur le même ton.
- Alors tant pis pour vous.

Ils pointèrent sur nous des couteaux de cuisine, nous intimant de leur obéir si nous ne voulions pas être blessées. J’étais écœurée, incapable d’agir contre ces lâches. En quelques instants, ils nous nouèrent les mains dans le dos et nous bâillonnèrent. Puis satisfaits, ils ressortirent le sourire aux lèvres, nous abandonnant sans état d’âme.

***

Le temps me parut bien long. Le jour suivant, l’équipage oublia de nous nourrir. Ou bien était-ce une privation volontaire ? Je doutai franchement de la réponse. Alors que les filles tentaient encore de temps en temps de se défaire de leurs liens, je sombrai dans un état de demi-veille me permettant à peine de conserver mon énergie. J’essayai de ne pas me laisser complètement engloutir par cette torpeur, surveillant toujours la trappe, au cas où. Au cas où quelqu’un viendrait nous apporter à manger ou nous faire sortir. Au cas où un marin en colère déciderait que notre sort actuel n’était pas une peine à la hauteur de nos ‘crimes’. Je ne savais plus à quoi m’attendre.

Et en effet, ce fut autre chose qui arriva. A un moment incertain, j’avais perdu la notion du temps, un frottement me réveilla en sursaut. Je me redressai, tendant l’oreille pour comprendre d’où venait ce son étrange. Une secousse ébranla la cale et le navire ralentit légèrement. La coque craqua, puis un choc à bâbord bascula légèrement le navire, manquant de me faire chuter. Il y eut un nouveau raclement, déchirant, et le navire trembla. Puis la caravelle roula de nouveau, retrouvant sa position originelle, et se remit à avancer. Tishie se mit soudain à s’agiter, réussissant à émettre quelques gémissements malgré son bâillon. J’avisai son regard terrorisé et cherchai à comprendre l’origine de sa peur, ne sachant pas trop ce que je pourrais faire mais déjà prête à donner tout mon possible. Mes yeux se posèrent alors sur la coque, où un léger trou avait fait son apparition, laissant pénétrer un petit jet d’eau. Alors que je songeais que cela n’était pas encore bien grave, le bois craqua et l’ouverture s’agrandit soudain et l’eau jaillit, nous éclaboussant. En quelques secondes, nous nous retrouvâmes les pieds dans l’eau. Les filles se précipitèrent vers la trappe, grimpant maladroitement les marches, et frappèrent le bois à coups d’épaule pour attirer les marins. Je cherchai une fois de plus à me défaire des cordages qui immobilisaient mes mains, sans résultat. L’eau montait vite, atteignant déjà mes mollets. Aucune réponse, aucun signe de vie ne parvenait de la trappe, qui restait obstinément close. Je parcourus la cale, essayant de trouver quelque chose pour nous aider. J’essayai de bourrer la voile dans le trou de la coque, mais la pression de l’eau ne fit que la rejeter à l’intérieur. Le niveau dépassa mes genoux. Une des filles tomba de l’escalier, et je me précipitai, l’aidant difficilement à se relever. Je fis signe aux autres de descendre, leur montrai du menton une caisse sur laquelle elles pourraient se percher pour gagner un peu de temps. Je m’adossai à la caisse, leur permettant de grimper sur mes genoux et mes épaules pour se hisser. Lorsqu’elles réussirent enfin toutes trois à atteindre le sommet, l’eau atteignit ma taille. Et personne ne venait nous sortir de là. Je calmai ma respiration, eus plus de difficultés que d’habitude à entrer en méditation. Mais bientôt, Mushu apparut perché en haut des marches, me jetant un regard inquiet.

- Que font-ils là-haut ?!, l’interrogeai-je. Dis leur de venir nous sauver !

Le dragon ne se le fit pas répéter et traversa la trappe. Je restai immobile, comptant les secondes jusqu’à son retour, me demandant pourquoi il prenait tant de temps. Enfin sa tête repassa à travers le bois, suivit du reste de son corps écailleux.

- Ils continuent comme avant., m’apprit-il.
- Quoi ?!

Nous étions en train de couler, et ces stupides marins ne s’en rendaient même pas compte ?!

- Attire leur attention !
- Je ne peux pas !, s’écria Mushu. Ils ne me voient pas je te rappelle ! C’est à peine si je peux souffler quelques mots à l’oreille des humains ! Et j’ai essayé ! La cale, les filles, … Je peux dire ce que je veux, ils m’ignorent ! Ils se sentent coupables et doivent penser qu’il s’agit de leur conscience, ils ne m’écoutent pas !

Je réintégrai mon corps, me débattis encore. Le niveau atteignait à présent mes épaules. La faible lueur dispensée par la lampe ne me permettait plus de voir mes pieds. L’eau montait calmement, sans agitation, nous rapprochant doucement de la mort, projetant de petit reflet lumineux sur le plafond. Le plafond. Je relevai la tête, observant la lampe, trop haut pour moi. Si seulement j’avais eu les mains attachées sur le devant plutôt que dans le dos ! L’eau parvint à mon menton et je nageai tant bien que mal jusqu’à un tonneau, me permettant de me rehausser quelque peu. Je continuai de fixer la lampe, imprégnant sa position dans mon esprit. Quelques instants plus tard, la flamme s’éteignit, noyée par la mer. Il ne restait plus qu’une vingtaine de centimètres entre l’eau et le plafond. Nous allions bientôt être privées de notre dernière réserve d’oxygène. Je pris une inspiration puis m’élançai. J’avançai difficilement, seulement avec les jambes, et bus plusieurs fois la tasse. Je touchai finalement de l’épaule la lampe et avançai encore un peu avant de plonger la tête sous l’eau, étendant mon corps à l’horizontal. Mes mains attrapèrent la lampe et je me concentrai pour les remonter peu à peu vers le haut, agrippant finalement le crochet auquel l’objet était suspendu. Je réussis à glisser mes mains de chaque côté, coinçant la corde sur le pic métallique. Je mis toutes mes forces à m’agiter, frottant les cordes contre le vieux métal, sentant peu à peu les brins se rompre. Je relevai la tête, la tournai sur le côté pour réussir à inspirer au-dessus de l’eau. Je poursuivis mon exercice de la dernière chance, jusqu’à ce qu’enfin la corde cède. Je m’enfonçai aussitôt dans l’eau, entraînée par le poids de mes vêtements. J’arrachai mon bâillon et me précipitai vers les filles pour libérer également leur bouche, qu’elles plaquèrent contre le plafond pour respirer encore quelques secondes de plus. Je nageai jusqu’à la trappe, calai mon dos contre le bois et assenai plusieurs à-coups. Un craquement sec finit par retentir et la trappe bascula. Un rai de lumière plongea dans la cale, et je distinguai les demoiselles apeurées. Je pris une grande inspiration et replongeai, nageant rapidement jusqu’à elles. J’attrapai en premier la plus jeune, la traînai le plus rapidement possible et la poussai dans l’entrepont. Elle se mit aussitôt à hurler, criant au secours d’une voix perçante. Je replongeai déjà, et parvins au niveau des deux autres alors que l’eau atteignait le plafond. Je savais très bien que je n’avais pas la force de transporter les deux filles en même temps. Sans réfléchir, j’attrapai la plus proche, Mai, et entamai un demi-tour pour repartir. Tishie me lança un regard de terreur pure, essaya de se raccrocher à moi. Je me détournai, m’élançant vers la trappe. Si je faisais assez vite, si elle ne paniquait pas et conservait sa respiration… j’aurais le temps de la sauver elle aussi. J’étais à mi-chemin vers la sortie quand je vis une silhouette plonger dans la cale et nager à vive allure vers la dernière des sœurs. Un soulagement intense m’envahit et je terminai de traîner Mai vers la trappe. Des mains la saisirent, la tirant à l’extérieur, puis je fus à mon tour soulevée et reposée dans l’entrepont. Je m’effondrai sur le sol, crachotante, le souffle court. Le marin qui avait plongé ressortit avec Tishie et les hommes s’empressèrent de refermer la trappe, qu’ils colmatèrent de leur mieux. Nous étions vivantes.

Les matelots nous autorisèrent à monter sur le pont. J’avais l’impression que, malgré le fait que la caravelle s’enfonçait petit à petit dans les flots, la tension avait diminué. En sortant à l’air libre, je compris aussitôt pourquoi. Là, à quelques dizaines de mètres de nous, une côte apparaissait, nous invitant à débarquer. Tiens donc, Mushu n’avait-il pas jugé cette information assez utile pour me la révéler ? J’allais jusqu’à la proue, quand le navire s’immobilisa brutalement dans un grand craquement de bois, manquant de me faire passer par-dessus le bastingage.

- Ca ne bougera plus !, annonça l’un des hommes après avoir jeté un coup d’œil à la coque. Nous nous sommes échoués.
- Descendez le canot !, ordonna le capitaine. Rodriguez, Luis, allez chercher quelques marchandises que nous pouvons ramener à terre ! Les autres, commencez à emmener les blessés et les malades !

Les matelots se mirent en branle, nous laissant à présent tranquilles, rassurés de s’en être sortis. Deux heures plus tard, nous posâmes pied sur l’île dans un soulagement intense.

- C’est ici que nos chemins se séparent., annonça le capitaine en se tournant vers moi.
- Au plaisir de ne plus vous revoir., répliquai-je.
- Quant à vous, mesdemoiselles, poursuivit-il en se tournant vers mes clientes, vous aurez de mes nouvelles. Ce navire, vous allez me le rembourser jusqu’au dernier berry. Maintenant, foutez-moi le camp.



Enfin à terre ! Il semblerait que le plus dur soit passé pour Song. Du moins c'est ce qu'elle croit, car voilà De nouveaux ennuis en perspective...
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